Les milliards gelés de l’Iran au cœur des négociations avec Washington
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Des dizaines de milliards de dollars bloqués depuis parfois plusieurs décennies pourraient bientôt revenir dans les caisses de Téhéran. Alors que les négociations irano-américaines se poursuivent, la question des avoirs gelés de la République islamique est devenue l'un des enjeux les plus sensibles des discussions.

Le mémorandum d’accord signé la semaine dernière par l’Iran et les États-Unis prévoit, dans son onzième point, que Washington s’engage «à rendre entièrement disponibles les fonds gelés ou soumis à des restrictions», selon des modalités qui restent encore à négocier.

Si de nombreuses zones d’ombre entourent ce processus, une éventuelle restitution de ces fonds constituerait une véritable bouffée d’oxygène pour la République islamique. Leur déblocage pourrait contribuer à relancer une économie éprouvée par des décennies de sanctions internationales et davantage fragilisée encore par la guerre.

Des avoirs conséquents

S’il n’existe aucun recensement officiel de l’ensemble des avoirs iraniens gelés à l’étranger, leur montant est généralement estimé entre 100 et 120 milliards de dollars. Ces actifs correspondent principalement à des fonds bloqués dans des banques étrangères à la suite des sanctions américaines visant l’Iran. Ils comprennent également des biens immobiliers, diverses propriétés ainsi que des investissements financiers.

Une partie de ces avoirs est gelée depuis la fondation de la République islamique en 1979. Cette année-là, le président américain Jimmy Carter avait rompu les relations diplomatiques avec Téhéran et interdit les importations de pétrole iranien. Environ 11 milliards de dollars d’actifs iraniens avaient alors été bloqués.

La majeure partie des fonds gelés aujourd’hui découle toutefois du retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 et du rétablissement des sanctions en 2018. Ces sommes proviennent essentiellement des revenus tirés des exportations de pétrole iranien vers des pays tels que la Chine, l’Inde, le Japon ou encore la Corée du Sud.

Selon un décompte du Wall Street Journal daté de juin 2026, la Chine concentre à elle seule entre 20 et 50 milliards de dollars d’avoirs iraniens. Vient ensuite l’Irak avec environ 15 milliards, puis l’Inde (7 milliards), la Corée du Sud (7 milliards), et le Qatar (6 milliards). Près de 8 milliards supplémentaires seraient répartis entre plusieurs pays, dont le Japon, Oman, le Luxembourg et les États-Unis.

Depuis plusieurs années, ces avoirs constituent un important levier diplomatique pour Washington. Ils ont notamment occupé une place centrale dans les négociations ayant conduit à l’accord nucléaire de 2015, mais aussi lors de discussions plus ponctuelles, comme l’échange de prisonniers conclu entre les deux pays en 2023.

Une mise en œuvre incertaine

Malgré la signature d’un mémorandum d’accord par les États-Unis et l’Iran, le dégel des avoirs iraniens à l’étranger reste une question épineuse et dépend de la bonne poursuite des négociations entre les deux parties. Or les différends restent nombreux entre les Américains et les Iraniens à ce sujet.

Le président américain Donald Trump a ainsi affirmé mardi que les fonds concernés seraient placés «sous séquestre», resteraient sous contrôle américain et serviraient exclusivement à financer l’achat de produits en provenance des États-Unis.

«L'argent et/ou les sanctions que le Trésor américain est en train de lever sont placés sous séquestre, contrôlés par les États-Unis, et seront utilisés pour l'achat de nourriture et de fournitures médicales, exclusivement en provenance des États-Unis, y compris du maïs, du blé et du soja produits par nos formidables agriculteurs américains», a-t-il déclaré sur Truth Social.

Le vice-président américain JD Vance, qui a participé dimanche aux pourparlers irano-américains en Suisse, avait évoqué lundi un éventuel mécanisme de contrôle pour s'assurer que les avoirs iraniens ne financeraient pas le «terrorisme», laissant entendre que leur déblocage pourrait être assorti de conditions, notamment des contrats agricoles avec les États-Unis.

«Si des avoirs iraniens venaient un jour à être débloqués, ils serviraient à enrichir les agriculteurs américains tout en nourrissant le peuple iranien», avait-il indiqué aux journalistes.

Téhéran rejette toutefois catégoriquement cette interprétation. «L'Iran est le seul pays à décider du sort des avoirs qui vont être débloqués» et «aucun autre pays ni aucune autre entité n'aura son mot à dire sur la manière dont ces avoirs doivent être utilisés par l'Iran», a déclaré l'ambassadeur iranien auprès de l'ONU, Ali Bahreini, lors d'une conférence de presse à Genève.

«Je rejette donc toute affirmation selon laquelle un autre pays aurait un rôle à jouer pour influencer ces décisions ou ces processus», a-t-il insisté.

À l’issue des négociations tenues en Suisse, l’Iran a indiqué mardi avoir conclu avec les Américains un accord pour le déblocage «immédiat» de 12 milliards d’avoirs gelés. Ceux-ci seront libérés «en deux tranches de 6 milliards», a détaillé auprès de l'agence de presse gouvernementale iranienne Irna le chef de la délégation iranienne en charge des discussions techniques, Kazem Gharibabadi.

Ali Bahreini a indiqué que les avoirs devraient être débloqués «très prochainement». Il a reconnu que «certaines dispositions techniques doivent être prises par les États-Unis et le Qatar, car les avoirs ont été gelés par les États-Unis et au moins une partie de ces avoirs se trouve au Qatar».

Les États-Unis et le Qatar ont «un rôle à jouer, mais ce rôle se limite à ces aspects techniques du déblocage des avoirs», a relevé M. Bahreini. «En revanche, l'Iran ne leur permet certainement pas d'exercer une influence plus large sur les autres processus, qui concernent l'achat et l'importation de matières premières. C'est une décision qui revient à l'Iran, et à lui seul», a-t-il martelé.

Si le dégel total des avoirs iraniens à l’étranger demeure incertain, leur libération progressive pourrait néanmoins offrir un répit bienvenu à l’économie iranienne. Cela permettrait ainsi à Téhéran d’augmenter la valeur de sa monnaie nationale et de réduire l’inflation qui a atteint en mai un niveau jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale.

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