Alan Greenspan, le «Maestro» incontesté, ébranlé par la crise des subprimes
Le président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, témoigne devant la commission sénatoriale des affaires bancaires, du logement et des affaires urbaines à Washington, le 18 juillet 1990. ©Photo by LUKE FRAZZA / AFP

L’«Oracle», le «Maestro»: Alan Greenspan, qui est entré dans la mythologie financière après une longévité quasi inégalée à la tête de la Réserve fédérale (Fed), a aussi vu sa réputation se ternir avec la crise financière de 2008.

L’énigmatique génie de la finance, qui a régné sans partage sur la politique monétaire américaine pendant 18 ans, de 1987 à 2006, à la présidence de la Fed, s’est éteint lundi à l’âge de 100 ans.

Celui qui avait érigé la déclaration alambiquée en instrument d’influence monétaire est parvenu à inspirer la confiance sur les marchés financiers et à travailler aussi bien avec des présidents américains républicains que démocrates.

«Je dois vous dire que si je semble particulièrement clair, c’est sans doute que vous ne m’avez pas compris», avait-il ironisé dans un discours en 1988. Ses petites phrases ont toutefois souvent fait trembler les marchés financiers, à l’instar de son commentaire sur leur «exubérance irrationnelle» en décembre 1996, en pleine montée de la bulle internet.

Fils d’un courtier en Bourse de religion juive qui quittera rapidement le foyer et d’une vendeuse d’origine polonaise, Alan Greenspan est né le 6 mars 1926 à New York.

Marquant un net penchant pour les mathématiques dès son plus jeune âge, il fréquente aussi une école de musique et tâtera du jazz comme clarinettiste. Mais il choisira rapidement de faire carrière dans la finance.

L’une des influences intellectuelles les plus notables exercées sur lui aura été celle d’Ayn Rand, une romancière-philosophe libertaire (1905-1982) qui fonde le mouvement de «l’objectivisme», prônant les vertus de l’individualisme rationnel et du capitalisme du «laissez-faire».

Ayn Rand était une amie de sa première femme, la peintre Joan Mitchell, épousée en 1952 mais dont il se séparera au bout d’à peine un an. Il ne se remariera qu’en 1997, à 71 ans, avec son amie de longue date Andrea Mitchell (sans rapport avec la précédente), journaliste vedette de la chaîne de télévision américaine NBC.

C’est avec Richard Nixon qu’il entre en politique lorsque, après avoir fondé un cabinet de conseil économique, il est engagé comme conseiller lors de sa campagne présidentielle victorieuse en 1967. Il sera ensuite nommé chef des conseillers économiques de la Maison Blanche en 1974, juste avant que Nixon ne soit contraint de démissionner après le scandale du Watergate.

Cinq mandats à la tête de la Fed

Nommé par Ronald Reagan à la tête de la Fed en 1987, où il succède à Paul Volcker, Alan Greenspan fait face quelques semaines plus tard à l’un des plus grands krachs boursiers de l’histoire, le fameux «Lundi noir» du 19 octobre 1987. La Bourse américaine perd alors plus de 20% en une seule journée.

Grâce à une réaction rapide de la Fed, qui injecte massivement des liquidités pour soutenir le système bancaire, il sort renforcé de cette épreuve.

Républicain assumé, il sera reconduit pour cinq mandats successifs par George Bush père, Bill Clinton puis George W. Bush.

Durant les années 1990, il entretient notamment une relation de travail étroite avec le secrétaire au Trésor Robert Rubin. Ensemble, ils participent à la réduction du déficit budgétaire américain, qui débouche sur des excédents entre 1998 et 2001.

À la fin des années 1990, porté par la révolution internet, le climat économique est particulièrement favorable.

«Il est raisonnable d’affirmer que nous assistons pendant cette décennie aux États-Unis à la démonstration la plus convaincante de l’histoire d’êtres libres opérant dans un marché libre», déclarait-il en 1999.

Lorsque la bulle internet éclate en 2000, Greenspan échappe aux critiques, beaucoup rappelant qu’il avait lui-même mis en garde contre «l’exubérance irrationnelle» des marchés plusieurs années auparavant.

La crise des subprimes ternit son héritage

Lorsqu’il quitte la Fed en 2006, Alan Greenspan publie ses mémoires sous le titre The Age of Turbulence.

Mais deux ans plus tard éclate la crise financière des subprimes, provoquant la plus grave récession depuis les années 1930.

De nombreux économistes lui reprochent alors d’avoir favorisé la dérégulation financière et maintenu des taux d’intérêt trop bas, contribuant à l’explosion de la bulle immobilière américaine.

Convoqué devant le Congrès en 2008, l’ancien patron de la Fed reconnaît lui-même avoir été pris au dépourvu.

«Oui, j’ai trouvé une faille (...) et cela m’a plongé dans un grand désarroi», avait-il admis.

AFP

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