Téhéran veut garder le contrôle d'Ormuz, fin du round de négociations
Un navire arraisonné près du détroit d’Ormuz se dirige vers l’Iran dans un contexte de tensions. ©VARIOUS SOURCES / AFP

Téhéran a répété mardi vouloir garder le contrôle sur le détroit d'Ormuz, tandis que s'est achevé le cycle de négociations avec les États-Unis entamé ce week-end en Suisse afin de tenter de mettre un terme à la guerre au Moyen-Orient.

Ces discussions ont permis de poser «les bases très solides pour aboutir à un accord final réussi», s'est félicité lundi le vice-président américain JD Vance, alors que Washington annonçait dans la foulée une suspension de deux mois des sanctions visant le pétrole iranien.

Le responsable américain, ainsi que le négociateur iranien Mohammad Bagher Ghalibaf, ont quitté lundi le complexe hôtelier du Bürgenstock, dans les Alpes suisses, au terme d'un marathon de 18 heures, laissant à des diplomates le soin de poursuivre sur place des discussions «techniques».

Celles-ci se sont également achevées et les pourparlers se poursuivront ultérieurement au sein de groupes de travail, a indiqué mardi la diplomatie iranienne à l'agence officielle Irna.

En attendant, M. Ghalibaf a réaffirmé que les conditions dans le détroit d'Ormuz ne reviendraient pas à celles d'avant-guerre et que cette voie maritime resterait «administrée» par son pays, selon des propos rapportés mardi par Irna.

Le passage d'Ormuz, par lequel transitent habituellement 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux, était libre de tout contrôle avant le déclenchement, le 28 février, de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran.

Mais «l'administration du détroit d'Ormuz ne redeviendra jamais ce qu'elle était avant la guerre», a assuré M. Ghalibaf, martelant que «l'Iran administrera» ce passage stratégique.

L'Iran a par ailleurs annoncé mardi avoir conclu en Suisse avec les Américains un accord prévoyant le déblocage «immédiat» de 12 milliards de dollars d'avoirs iraniens gelés.

Ces fonds seront libérés «en deux tranches de 6 milliards», a précisé à Irna le chef de la délégation iranienne chargée des discussions techniques, le vice-ministre des Affaires étrangères Kazem Gharibabadi.

M. Vance avait toutefois souligné que son pays veillerait à ce qu'un éventuel déblocage des avoirs iraniens «ne serve pas à financer le terrorisme».

Ghalibaf à Oman

Le cycle de négociations entamé ce week-end en Suisse nourrit les espoirs d’un règlement durable du conflit et a fait retomber le cours du baril de Brent de la mer du Nord sous la barre des 80 dollars, loin des plus de 126 dollars atteints au paroxysme de la guerre.

Les négociations, où le Pakistan et le Qatar jouent un rôle de médiation, doivent aboutir à un document final sous un délai de 60 jours renouvelables.

Parallèlement, des discussions techniques organisées en Suisse dans le cadre des pourparlers entre Téhéran et Washington se sont achevées par la création de plusieurs groupes de travail. Selon le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, quatre groupes ont été mis en place pour travailler sur «la levée des sanctions», «le nucléaire», «la reconstruction et le développement économique» de l’Iran, ainsi qu’un groupe chargé du suivi des engagements pris par les deux parties.

Dans ce cadre, le président iranien, Massoud Pezeshkian, doit effectuer une visite d’État à Islamabad mardi, selon la diplomatie pakistanaise.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio est pour sa part attendu de mardi à jeudi aux Émirats arabes unis, à Bahreïn et au Koweït, selon son ministère.

Et l’équipe de négociateurs iraniens, emmenée par M. Ghalibaf, s’est rendue de son côté à Oman pour parler précisément de la gestion du détroit d’Ormuz, selon l’agence de presse Irna.

Pressé de mettre un terme à un conflit qui pèse sur le pouvoir d’achat de ses citoyens, Washington a multiplié les gestes envers Téhéran.

Concernant le pétrole, principale ressource de la République islamique, «toutes les transactions» concernant la production, la vente et le transport d’hydrocarbures d’origine iranienne «sont autorisées jusqu’au 21 août», a détaillé le ministère américain des Finances.

Selon M. Vance, Téhéran a en contrepartie accepté d’inviter à nouveau des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ce que l’Iran n’a pas confirmé.

«Premier test réel»

Mises en place par l’accord de 2015 déchiré par M. Trump en 2018, ces inspections avaient été suspendues par l’Iran après les bombardements israélo-américains de ses installations en juin 2025.

Les inspecteurs de l’AIEA n’ont depuis pas pu visiter les sites touchés, laissant planer le doute sur l’état des stocks d’uranium hautement enrichi de la République islamique, un point de contentieux majeur avec Washington.

Téhéran a toujours nié chercher à se doter de l’arme nucléaire, tout en restant inflexible sur son droit à exploiter une filière nucléaire civile complète.

Sur le front libanais, que Téhéran a insisté pour associer aux discussions, une «cellule de gestion des conflits» va être mise en place pour faire cesser les combats entre Israël et le mouvement pro-iranien Hezbollah, qui a entraîné le Liban dans la guerre début mars.

Lundi, le président libanais Joseph Aoun a ainsi fait savoir avoir reçu un appel de M. Vance au sujet de «la consolidation du cessez-le-feu au Liban, l’arrêt de l’escalade militaire israélienne et les mesures à prendre à cet égard».

L’offensive au Liban, destinée selon Israël à prévenir les attaques du Hezbollah, a fait plus de 4.100 morts selon les autorités et plus d’un million de déplacés.

Pour le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, le respect de ce cessez-le-feu sera «le premier test réel» de la solidité du protocole d’accord américano-iranien.

AFP

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