Iraniens et Américains se sont entendus sur des mécanismes visant à faire cesser les affrontements au Liban et à sécuriser le détroit d'Ormuz, ont annoncé lundi les médiateurs pakistanais et qatari, au terme de la première séance de négociations en Suisse destinée à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.
Réunies dans un hôtel de luxe du Bürgenstock, dans les Alpes suisses, les délégations iranienne et américaine ont accompli «des progrès encourageants», ont écrit les gouvernements pakistanais et qatari dans un communiqué conjoint. Elles se sont «mises d'accord sur une feuille de route visant à parvenir à un accord définitif dans un délai de 60 jours, jetant ainsi les bases d'un démarrage immédiat de nouvelles discussions techniques» pour le restant de la semaine.
«La médiation pakistanaise et qatarie a permis des progrès majeurs afin de mettre un terme à la guerre au Liban», a pour sa part affirmé sur X le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, qui fait partie de la délégation de son pays en Suisse.
«Les exportations de pétrole et de produits pétrochimiques ne sont plus restreintes, le blocus est levé, certains avoirs gelés sont débloqués, et un plan de reconstruction et de développement majeur de l'Iran a été lancé», s'est-il félicité, énumérant des points du protocole d'accord signé le 17 juin par Washington et Téhéran.
Les États-Unis, dont la délégation est emmenée par le vice-président JD Vance, n'ont pas réagi dans l'immédiat.
Selon le communiqué du Pakistan et du Qatar, Téhéran et Washington vont mettre en place une «cellule de gestion des conflits» afin de mettre fin aux combats entre Israël et le mouvement pro-iranien Hezbollah au Liban, qui ont fragilisé les négociations.
«Ligne de communication» sur Ormuz
Des affrontements meurtriers entre Israël et le Hezbollah se sont en effet poursuivis vendredi et samedi au Liban, en dépit d'une clause du protocole d'accord prévoyant la fin des hostilités sur tous les fronts. En représailles, Téhéran a annoncé samedi une nouvelle fermeture du détroit stratégique d'Ormuz, par lequel transitait avant la guerre un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures.
À ce sujet, les États-Unis et l'Iran vont mettre en place une «ligne de communication» destinée à prévenir les incidents et les malentendus, «avec l'objectif d'assurer un passage sûr pour les navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz», ont annoncé le Pakistan et le Qatar dans leur communiqué.
Ces annonces ont fait reculer les prix du pétrole. Vers 03h25 GMT, le prix du baril de WTI nord-américain baissait de 0,20 % à 75,70 dollars. Celui du baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, perdait 1,41 % à 79,43 dollars.
La cellule de prévention au Liban sera «le premier test réel», a commenté M. Araghchi.
Possible signe de détente, Israël a annoncé la levée, à partir de lundi matin, de toutes les restrictions de rassemblement liées à la guerre dans le nord du pays, près de la frontière avec le Liban.
Mais l'armée israélienne restera dans le sud du Liban «aussi longtemps que nécessaire», a assuré le Premier ministre Benjamin Netanyahuu. De son côté, le chef du Hezbollah, Naïm Kassem, a refusé toute zone de sécurité israélienne dans le sud de son pays.
Les opérations israéliennes au Liban ont fait 4.106 morts depuis début mars, selon Beyrouth. L'armée israélienne y a recensé 36 militaires tués.
Coup d'éclat iranien
Selon l'agence officielle iranienne Irna, la délégation iranienne a quitté la table des pourparlers en Suisse au bout de seulement une heure et vingt minutes dimanche, en réaction à «la publication d'un message insultant du président des États-Unis». Mais les négociations ont continué par l'intermédiaire des médiateurs.
Le coup d'éclat iranien était dû à un message du président américain Donald Trump sur sa plateforme Truth Social, dans lequel il enjoignait Téhéran d'empêcher ses alliés au Liban, en référence au mouvement chiite du Hezbollah, de «causer des problèmes», sans quoi les États-Unis reprendraient leurs frappes.
«Ils feraient mieux de peser leurs mots ; nos forces armées sont prêtes à leur répondre autrement», avait rétorqué sur X l'influent chef de l'équipe de négociation iranienne, Mohammad Bagher Ghalibaf.
En vertu du protocole d'accord du 17 juin, les deux parties doivent «se garder de menacer d'avoir recours à la force l'une contre l'autre» lors des discussions. Celles-ci doivent aboutir, sous un délai de 60 jours renouvelables, à un accord final destiné à mettre un terme au conflit au Moyen-Orient, déclenché par des frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février et qui a causé des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban.
Les différends portent aussi sur le programme nucléaire de Téhéran, qui empoisonne les relations bilatérales depuis des décennies.
Selon la télévision d'État iranienne, il n'en a pas été question pendant la première session de discussion. Cette même source a affirmé que la délégation iranienne avait refusé de poser pour une photographie avec la délégation américaine, qui outre JD Vance comprend l'émissaire Steve Witkoff et le gendre de Donald Trump, Jared Kushner.
«Nous avons mené des discussions approfondies sur tous les aspects de l'accord sur le nucléaire», a affirmé au contraire dans les premières heures de lundi un haut diplomate américain à Bürgenstock.
AFP



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