Quel bilan à l'issue de l'épidémie d'hantavirus déclarée sur un bateau de croisière ? Sans avoir dégénéré en crise sanitaire majeure, l'épisode a permis de mieux connaître ces infections d'origine animale, mais de nombreuses inconnues demeurent.
L'épidémie est-elle finie?
On en voit le bout. Les derniers passagers du navire MV Hondius, où plusieurs cas se sont déclarés en avril et mai, vont sortir d'isolement après six semaines où la maladie était encore susceptible d'apparaître chez eux.
En France, ce sera le cas dimanche pour quatre Français encore à l'hôpital. Une cinquième passagère, tombée malade, reste hospitalisée en réanimation mais «va mieux», selon le directeur général de la Santé, Didier Lepelletier, qui s'exprimait jeudi devant des parlementaires.
Dans d'autres pays, les dates choisies sont semblables: en Australie, la période de confinement s'achèvera mardi.
Sans nouveau cas d'ici là, «on pourra considérer que l'épisode est probablement terminé», résume à l'AFP la virologue Nicole Tischler, présidente de la Société internationale de l'hantavirus.
Quel bilan?
Au total, 13 cas ont été recensés, tous présents sur le MV Hondius, dont trois morts.
Deux décès ont eu lieu sur le bateau: un Néerlandais, en avril, et une Allemande, en mai.
La troisième personne, l'épouse du premier, est morte fin avril en Afrique du Sud, après avoir quitté le navire.
Pour le premier décès, le lien avec l'hantavirus n'est pas prouvé avec certitude, puisqu'aucun test virologique n'avait été effectué, mais il apparaît probable au vu de l'épidémie qui a suivi.
Quels enseignements?
Ces cas ne sont qu'une poignée par rapport aux dizaines de milliers de cas d'infections à l'hantavirus recensés chaque année dans le monde.
Mais ces derniers sont, la plupart du temps, issus d'une infection directe par un animal, généralement un rongeur.
L'inquiétude portait ici sur le risque d'une transmission d'un humain à l'autre: la souche en cause ici, dite des Andes, est la seule connue pour permettre une telle contamination.
Au final, le bilan est rassurant.
Les cas sont restés circonscrits au bateau et, même dans ce cadre, ils apparaissent limités.
«Les conditions étaient vraiment un accélérateur de particules virales», a résumé jeudi le chercheur Xavier Lescure, infectiologue à l'hôpital Bichat (AP-HP), lors d'un point de presse organisé par l'institut ANRS-MIE, y voyant la preuve que «la transmission est faible».
Et ces cas n'ont pas apporté de «nouveauté particulière» au tableau clinique des infections issues d'hantavirus présents sur le sol américain.
Ces derniers causent des infections pulmonaires dont la mortalité est estimée entre 30 et 40%.
Quelles zones d'ombre?
Le faible nombre de cas n'a néanmoins pas permis de grandes avancées dans la connaissance de ces infections, pour lesquelles aucun traitement n'existe.
«On ignore notamment si la transmission n'a lieu qu'après l'apparition des symptômes, ou si elle peut débuter dans les jours précédents», note Mme Tischler, espérant que l'on en apprenne plus sur la nature des contacts entre personnes infectées sur le navire.
Le doute demeure aussi sur la manière dont le premier cas s'est contaminé.
Il est probable que ce soit au contact d'un rongeur en Argentine, mais les autorités sanitaires du pays n'ont pas pu pour l'heure déterminer où se trouvait ce foyer animal.
La réponse a-t-elle été adaptée?
Plusieurs pays, comme la France, ont fait le choix politique d'une réponse stricte.
Les cas contacts y ont été confinés à l'hôpital jusqu'au bout des six semaines jugées à risque.
«Ca a été vraiment une ligne de conduite qu'on a tous partagée: politiques, administration centrale, experts», a assuré M. Lepelletier, alors que des patients ont contesté sans succès ces mesures en justice et que d'autres pays, comme le Royaume-Uni, ont permis à leurs ressortissants d'être isolés à domicile.
«Le but du jeu, c'était vraiment qu'on ait la sécurité maximale autour des contacts», s'est défendu M. Lepelletier, admettant néanmoins que «les hantavirus ne représentent pas aujourd'hui un risque sanitaire très important en France».
Reste, à l'instar d'autres experts, qu'il voit dans cet épisode une nouvelle illustration des risques liés aux «zoonoses», les maladies transmises à l'humain par l'animal, dont l'essor ces dernières années est bien documenté, du Covid au mpox en passant par les infections transmises par les moustiques: paludisme, chikungunya, dengue…
Julien Dury / AFP



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