Il a longtemps été l'intermédiaire incontournable des négociations irano-américaines avant de tomber en disgrâce. Le sultanat d'Oman a été brutalement écarté par Donald Trump des derniers pourparlers, Washington critiquant sa trop grande proximité avec Téhéran.
Surnommé «la Suisse du Moyen-Orient» en raison de sa neutralité, le discret pays du Golfe, qui partage le détroit d'Ormuz avec l'Iran, avait notamment favorisé l'accord nucléaire de 2015 dont Trump s'est retiré trois ans plus tard.
Mais lorsque le président américain a annoncé avoir trouvé une entente avec la République islamique pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, il a cité une demi-douzaine de pays impliqués dans les discussions, dont les monarchies du Golfe… à l'exception notable du sultanat.
«Le modèle d'Oman a toujours reposé sur la triangulation, consistant à maintenir simultanément des canaux de communication ouverts avec Téhéran, Washington et les pays du Golfe», résume H. A. Hellyer, analyste au Royal United Services Institute.
«Ce qui a changé, poursuit-il, c'est la tolérance» de l'administration américaine envers un interlocuteur qui s'est gardé de nommer l'Iran quand il a condamné les frappes sur son territoire et dans la région, tout en fustigeant des bombardements américains «illégaux» sur l'Iran.
Un passé de médiateur
Oman cultive une politique de neutralité qui lui a permis de jouer un rôle de médiateur dans divers conflits et différends au fil des ans.
Il a ainsi été le premier pays du Golfe à accueillir un dirigeant israélien en 1994. Le sultanat a également organisé sur son sol des pourparlers entre les Houthis, rebelles yéménites soutenus par l'Iran, et l'Arabie saoudite, qui elle appuie le gouvernement du Yémen.
Et après son rôle dans le pacte nucléaire de 2015, il a joué le médiateur lors de plusieurs cycles de négociations avec l'Iran sous le mandat actuel de Trump.
Une mission mise à rude épreuve, alors que ces pourparlers ont été à chaque fois interrompus par des frappes américaines sur la République islamique, en juin 2025 puis fin février dernier.
Le ministre omanais des Affaires étrangères a alors appelé les États-Unis à cesser ses frappes, jugeant que Téhéran n'avait pas d'autre «option rationnelle» que de répliquer, dans une tribune publiée en mars dans The Economist.
Puis en pleine guerre, le sultan d'Oman, Haïtham ben Tariq, a félicité pour sa nomination au poste de guide suprême l'ayatollah Mojtaba Khamenei, après la mort de son père Ali Khamenei dans l'offensive israélo-américaine.
Dans la foulée, c'est le Pakistan, soutenu par l'Égypte, la Turquie et l'Arabie saoudite, qui a pris la tête des négociations, le Qatar jouant aussi un rôle de plus en plus important.
«Employés des Iraniens»
En début de semaine, un haut responsable de l'administration Trump a expliqué à des journalistes que Washington avait «écarté» les Omanais du processus car «nous avions le sentiment qu'ils faisaient preuve d'une grande duplicité, presque comme s'ils étaient des employés des Iraniens».
Le mois dernier, Donald Trump avait menacé à la surprise générale de «pulvériser» le sultanat d'Oman, s'il tentait de prendre le contrôle du détroit d'Ormuz aux côtés de l'Iran.
Et le ministre américain des Finances, Scott Bessent, avait brandi la possibilité de sanctions contre Mascate en cas de mise en place d'un système de péage avec Téhéran pour emprunter la voie maritime. Il a précisé plus tard que l'ambassadeur d'Oman avait nié avoir de telles intentions.
Dans le cadre de l'accord irano-américain qui vient d'être signé, Oman et l'Iran définiront, en concertation avec d'autres États du Golfe «l'administration future et les services maritimes dans le détroit» conformément au droit international.
Épargné par Téhéran
«Je ne pense pas qu'Oman ait +pris parti+ pour l'un des deux camps», estime de son côté Alan Eyre, un ancien diplomate américain qui avait participé aux négociations de l'accord sur le nucléaire de 2015.
Et selon lui, Mascate n'a pas perdu totalement les faveurs de Washington, qui entretiendra des relations avec Oman si le sultanat «peut lui être utile».
Si l'attitude du sultanat lui a attiré les foudres des États-Unis, elle l'a peut-être protégé des frappes de représailles iraniennes.
Oman a été le pays du Golfe le moins touché pendant la guerre, les attaques y étant rares et espacées. Son aéroport est même devenu la planche de salut de ceux fuyant le conflit, la plupart des aéroports du Golfe subissant des frappes régulières.
Une grande partie du littoral du sultanat peut en outre servir à éviter le détroit d'Ormuz. Les ports de Sohar et de Duqm font figure de sites stratégiques au moment où les pays du Golfe sont en quête d'alternatives.
Par Aya Iskandarani / AFP

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