Trump et Netanyahou: une alliance résiliente malgré les coups d'éclat ?
Ce montage de photos réalisé le 3 juin 2026 montre (de gauche à droite) le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à Jérusalem le 19 mars 2026 et le président américain Donald Trump à Morristown, dans le New Jersey, le 22 mai 2026. ©Ronen Zvulun / AFP

Les sorties verbales de Donald Trump contre Benjamin Netanyahou ces dernières semaines ont relancé un débat récurrent: la relation américano-israélienne traverse-t-elle une crise sans précédent, ou s'agit-il d'un nouvel épisode d'une dynamique conflictuelle bien connue? Les avis divergent fortement, révélant des lectures contradictoires d'une même série d'événements.

Une colère présidentielle qui n'est pas inédite

Le déclencheur de cette controverse est connu: Axios a rapporté que Trump aurait qualifié Netanyahou de «complètement fou» lors d'un appel téléphonique, lui reprochant ses frappes sur Beyrouth alors que les négociations avec l'Iran touchaient à leur fin. Interrogé directement sur ces propos, Trump a confirmé les avoir tenus lorsqu'on lui a demandé s'il avait bien traité Netanyahou de «complètement fou» et affirmé l'avoir aidé à éviter la prison.

Le Jerusalem Post relativise toutefois la portée de cet incident en le replaçant dans un historique de frictions récurrentes. Le journal souligne que les désaccords entre Israël et Washington, comme entre Trump et Netanyahou personnellement, ne sont pas inhabituels, et que ce qui frappe est la manière dont ces épisodes sont systématiquement présentés comme les signes d'une rupture imminente, avant que la relation ne retrouve son équilibre antérieur. 

Le quotidien rappelle notamment qu'il y a un an presque exactement, après l'annonce d'un cessez-le-feu avec l'Iran, Téhéran avait tiré des missiles balistiques sur Israël; Netanyahou avait alors voulu envoyer un message de fermeté à l'Iran et avait dépêché des avions de chasse pour bombarder Téhéran, provoquant la fureur de Trump qui lui avait ordonné d'annuler l'attaque.

Pour le Jerusalem Post, trois constantes se dégagent de ces épisodes à répétition: Trump exprime périodiquement ses frustrations envers Netanyahou en des termes très directs, ces sorties sont systématiquement interprétées comme la preuve d'une rupture stratégique, et la relation se révèle chaque fois plus résiliente que ce que suggèrent les grands titres. Le journal va jusqu'à établir un parallèle avec une interview de 2021, où Trump, encore furieux que Netanyahou ait félicité Joe Biden après l'élection de 2020, avait lâché des propos très durs à son endroit, sans que cela n'empêche leur rapprochement ultérieur une fois Trump revenu à la Maison-Blanche.

Des intérêts qui divergent structurellement

Le Washington Institute adopte une approche plus analytique en reconnaissant la réalité des tensions tout en les expliquant par la nature même de l'alliance. Le think tank note que les États-Unis et Israël ont des intérêts complémentaires mais non identiques, une différence qui s'explique en grande partie par le fait que la position de chacun dépend de l'endroit où il se trouve. 

Concrètement, pour le citoyen américain lambda, le succès se résume à la baisse des prix de l'essence et à l'élimination de la menace nucléaire iranienne, alors que pour un Israélien, la réussite implique aussi la sécurité face aux roquettes, missiles et drones iraniens et du Hezbollah, qui ne représentent qu'une menace indirecte limitée pour les États-Unis.

Le Washington Institute rappelle également que ce type de friction n'a rien de nouveau, citant les exemples de Gerald Ford face à Yitzhak Rabin en 1975 et de Ronald Reagan face à Menachem Begin en 1982. Il insiste toutefois sur un fait marquant: la guerre contre l'Iran constitue le premier conflit depuis des décennies où l'armée américaine a opéré de concert avec un partenaire quasiment à égalité, Israël ayant pris en charge une part substantielle des frappes contre des cibles en Iran.

L'Atlantic Council, de son côté, identifie plusieurs lignes de fracture précises plutôt qu'une simple querelle de personnalités. Le centre de recherche observe que, malgré une coordination étroite entre dirigeants et armées américains et israéliens depuis les premiers jours de la guerre, les intérêts, objectifs et contraintes politiques des deux camps ont de plus en plus divergé, transformant un écart autrefois modeste en un fossé qui ne se comblera pas facilement. 

Sur la question du Liban en particulier, l'institut relève que l'idée que la capacité d'Israël à se défendre contre le Hezbollah soit limitée afin de ne pas perturber les négociations américano-iraniennes est extrêmement difficile à accepter pour les Israéliens, d'autant que les priorités américaines dans ces négociations tendent à reléguer au second plan les objectifs sécuritaires israéliens.

L'Atlantic Council souligne par ailleurs un enjeu électoral non négligeable des deux côtés: les élections de mi-mandat américaines sont désormais à moins de cinq mois, et la guerre est désormais rejetée par environ 60% de l'opinion publique américaine, tandis que Netanyahou, qui s'est longtemps présenté comme le meilleur allié de Trump, aborde une campagne électorale difficile à l'automne.

Vers une rupture durable ou un simple accroc ?

Haaretz adopte la position la plus tranchée, évoquant ouvertement une dégradation durable. Le quotidien israélien estime que les diatribes publiques de Trump et l'accord américano-iranien, dont les responsables israéliens ne pouvaient être plus mécontents, montrent clairement que les deux dirigeants se dirigent rapidement vers une rupture qui aura des répercussions considérables, tant à l'intérieur de leurs pays respectifs que sur la scène mondiale. Le journal pointe en particulier les frappes israéliennes sur Beyrouth comme le point de bascule, ainsi que les critiques venues de l'aile droite américaine elle-même.

Un constat commun émerge malgré tout: les intérêts américains et israéliens, sans être incompatibles, ne se confondent plus aussi facilement qu'auparavant. Que cela débouche ou non sur une refonte durable de l'alliance reste, à ce stade, une question ouverte.

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