Le 11 juin restera comme l'une des journées les plus déconcertantes depuis le début de la guerre entre les États-Unis et l'Iran. En l'espace de quelques heures, Donald Trump a menacé de frapper Téhéran «très fort ce soir», évoqué la saisie de l'île pétrolière de Kharg, puis annoncé un «grand règlement» du conflit sans que l'Iran ne confirme quoi que ce soit de définitif.
Une journée de volte-face
La matinée commence par une publication sur Truth Social dans laquelle Trump écrit que l'armée iranienne a été «complètement vaincue» et que Téhéran «paiera le prix» de sa lenteur à négocier. Il menace de prendre «le contrôle total» des industries pétrolières et gazières iraniennes, et d'annexer l'île de Kharg, qui assure 90% des exportations pétrolières iraniennes, «dans un futur pas trop lointain».
Dans un entretien accordé à Fox News dans la matinée, il nuance lui-même sa menace: «Je ne sais pas si l'Amérique a l'estomac pour ça, honnêtement. Je ne veux pas de soldats sur le terrain», confie-t-il.
En parallèle, le Commandement central américain (CENTCOM) a annoncé de nouvelles frappes contre plusieurs cibles en Iran, qualifiées d'actes de «légitime défense». L'Iran réplique en ciblant des bases américaines au Koweït, à Bahreïn et en Jordanie. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, avertit sur les réseaux sociaux que les «décisions impulsives» de Washington créeront «un bourbier sans fin».
Puis, en début d'après-midi, le revirement. Trump publie sur Truth Social que les discussions «ont été portées au plus haut niveau de la direction iranienne et approuvées», annule les frappes prévues pour le soir et promet que «l'heure et le lieu de la signature seront annoncés prochainement».
Devant les journalistes dans le Bureau ovale, il déclare : «Nous venons de conclure un grand règlement de la guerre avec l'Iran».
Un accord que Téhéran ne confirme pas
La réaction internationale est immédiatement prudente. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaei, déclare en direct à la télévision d'État que le texte est «en grande partie finalisé», mais pointe «les contradictions de la position américaine» comme source de turbulences. Il précise que les médiateurs qataris et pakistanais «restent actifs» mais qu'aucune décision finale n'a été prise.
Le bureau de Netanyahou, pris de court par l'annonce – il n'en avait pas été informé à l'avance, selon le Times of Israel – déclare sobrement qu'Israël «n'est pas partie prenante à l'accord émergent entre les États-Unis et l'Iran».
Selon Axios, le mémorandum prévoirait que l'Iran s'engage à ne pas acquérir l'arme nucléaire et dilue son uranium enrichi à 60% sur sol iranien sous supervision de l'AIEA. Il inclurait également la réouverture du détroit d'Ormuz sans frais sous un mois, la levée du blocus naval américain, et une dérogation temporaire de soixante jours aux sanctions sur les exportations pétrolières iraniennes. Les questions nucléaires, précise Axios, ne sont pas encore finalisées.
Le Liban, variable d'ajustement d'un accord introuvable
C'est sur le volet libanais que les divergences sont les plus profondes. L'Iran a fait de l'arrêt des combats au Liban une condition explicite de tout accord avec Washington, selon l'AP. Netanyahou, lui, poursuit ses opérations : le 11 juin, l'armée israélienne est en position d'attaquer Nabatiyé, l'un des principaux bastions du Hezbollah dans le sud du Liban, et a établi un «contrôle opérationnel» sur la zone du Wadi Salouki, à une dizaine de kilomètres de la frontière, selon le Times of Israel.
Trump a beau avoir dit dès le 7 juin que Netanyahou «n'aura pas le choix» d'accepter tout accord conclu avec Téhéran. Et d’ajouter: «c'est moi qui donne les ordres». Le Premier ministre israélien, lui, continue d'avancer sur le terrain.
Une analyse de la Brookings Institution souligne une réalité que Beyrouth connaît mieux que quiconque: un accord Washington-Téhéran, aussi bien ficelé soit-il, ne dispense pas de l'effort de construction étatique. L’armée libanaise a démontré sa capacité opérationnelle – ses campagnes contre Daech en sont la preuve –, mais elle reste contrainte par des salaires insuffisants et un sous-équipement chronique qu'aucun cessez-le-feu ne corrigera du jour au lendemain.
C'est précisément pourquoi Brookings insiste sur la nécessité d'un engagement américain soutenu en matière de renforcement des capacités de l'armée et de déploiement progressif de l’armée libanaise dans les zones libérées, sans quoi le vide laissé par le retrait israélien risque d'être comblé non par l'État, mais par d'autres.
L'équation libanaise illustre ainsi le paradoxe central de la diplomatie trumpienne: la rapidité avec laquelle Washington cherche à conclure un accord-cadre est précisément ce qui en compromet la durabilité. Un MOU signé dans les prochains jours ne réglera pas la question du Hezbollah. Il pourrait même, selon Brookings, lui offrir un répit dont il saura tirer parti.



Commentaires