Ce constat n’a pas de quoi étonner car il s’agit d’un mode opératoire qui n’a jamais été démenti dans l’histoire des négociations iraniennes, au point de s’interroger sur la finalité de ces pourparlers pour le régime iranien. Qu’est-ce que veut le régime iranien dans les négociations engagées tout au long d’un parcours ponctué par des conflits qui s’inscrivent dans le cadre des stratégies de subversion qu’il a initiées partout au Moyen-Orient ? On n’est sûrement pas dans une démarche de résolution des conflits, on est plutôt dans une logique de conflits reportés, de procrastination, de gain de temps et d’esquive.
Ces traits, loin d’être intérimaires ou occasionnels, relèvent d’un répertoire à partir duquel il faudrait décrypter la politique internationale du régime iranien. Les négociations portant sur les dossiers épineux d’une configuration conflictuelle en constante mutation reproduisent les mêmes blocages et structurent la conduite de ce régime totalitaire quels que soient les enjeux. Les questions du nucléaire, du détroit d’Ormuz, des sanctions économiques, des relais de subversion régionale s’articulent autour d’une problématique centrale, celle de déjouer toutes évolutions militaires ou stratégiques qui compromettent la survie du régime et de sa politique impériale. Il ne s’agit pas de résolution des conflits mais de parer aux menaces qui remettent en cause son pouvoir discrétionnaire aux niveaux régional et international.
Le régime iranien ne veut surtout pas remettre en question sa politique impériale et ses étayages idéologiques, pas plus que les acquis d’une stratégie de subversion qu’il a patiemment montée tout au long de deux décennies. La question du désarmement nucléaire, balistique ou bactériologique n’est nullement à l’ordre du jour. Les scripts de négociation tournent principalement autour des seuils d’enrichissement de l’uranium, de sanctuarisation de la politique impériale qui se méconnaît comme telle, de légitimation de l’interventionnisme régional et du contrôle des passages maritimes internationaux. Ces éléments agissent comme autant d’appoints à une politique impériale auto-validée.
Le régime entend s’imposer en s’appuyant sur un triple arbitraire. Il s'appuie d’une part, sur sa légitimité sacrale à l’intérieur de l’Iran et, d’autre part, sur sa politique de conquête régionale. Il s'appuie également sur les schémas d’un ordre altermondialiste et néo-totalitaire en état de permutation permanente. Or, les trois piliers de la puissance sont non seulement controversés mais partiellement détruits et pâtissant d’entropies évolutives. La légitimité du récit révolutionnaire est une relique d’un passé lointain qui n’a plus rien à voir avec les réalités du pays réel. En effet, la dictature n’a pour legs que le marasme économique, les désastres écologiques, la pauvreté de masse, le chômage, la prolifération des pathologies sociales et la répression sauvage.
C’est à partir de ce contexte de dé-légitimation diffuse qu’il faudrait aborder les enjeux géostratégiques et leurs incidences sur l’avenir du régime. La contreoffensive actuelle du régime essaie de redresser les déséquilibres systémiques induits par la destruction des “plateformes opérationnelles intégrées” qui ont servi de plateforme à la stratégie de subversion régionale. Le régime n’a plus d’autre alternative que le recours au terrorisme, aux guerres civiles, et à la politique de la terre brûlée. C’est dans cette même perspective que s’inscrit la stratégie du désarmement qui vise à contenir la militarisation exponentielle des conflits. Or, le régime iranien ne trouve aucun intérêt aux politiques de désescalade. C’est dans cet esprit même qu’il envisage la question du détroit d’Ormuz comme un levier qui devrait promouvoir sa stature internationale et desservir sa politique de sabotage au croisement des théâtres opérationnels intercontinentaux.
Le contexte libanais est l'épitome des politiques de verrouillage instituées par le régime iranien. Le régime iranien tente par tous les moyens de récupérer la carte de négociation libanaise et de l'annexer à son agenda d'ensemble. La réactivation du front libanais s'est poursuivie sur les multiples fronts de la reprise des conflits avec Israël ainsi qu'au niveau de la contestation de la paix civile. La diplomatie américaine a réussi à séparer les enjeux diplomatiques et à prévenir l'annexion de l'agenda des négociations de l'État libanais. Elle a également mis en œuvre une stratégie de désenclavement et de réhabilitation de l'autonomie politique et stratégique du Liban, alors que le Hezbollah poursuit sa politique de satellisation et de subversion de manière frontale. Le cas de figure du Liban souligne les articulations des stratégies de sabotage mises au point par le régime iranien et leurs incidences sur les schémas de diplomatie en cours et leurs apories.
On voit mal pourquoi il faudrait lui concéder un statut d’exceptionnalité et d’extraterritorialité et l’engager sur cette base, surtout après les revers stratégiques qu’il a subis tout au long des conflits enclenchés à partir du 7 octobre 2023. Contrairement aux analyses qui font état de sa survie comme du gage de sa pérennité, il faudrait se rendre à l’évidence que la paix dépend de la défaite de ce régime meurtrier. Par ailleurs, la diplomatie de fin des conflits n’a d’autre chance d'aboutir que le jour où un traité de capitulation est signé.




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