Pendant plus de trente ans, sous la tutelle du régime Assad, la Syrie considérait le Liban comme une simple extension géographique, une «province» syrienne. Le Grand Liban était présenté comme une erreur historique, une vision inculquée jusque dans les manuels scolaires. Cette doctrine politique a longtemps pesé sur le pays, jusqu’à la chute du régime baasiste et l’effondrement des ambitions syriennes sur le Mont-Liban.
Mais les velléités d’ingérence n’ont pas disparu: elles ont simplement changé de main. L’influence iranienne s’est imposée, transformant le Liban en terrain d’affrontement indirect. Pour Téhéran, il ne s’agit pas de défendre l’État libanais ni sa population, mais d’utiliser son territoire comme base avancée contre Israël et comme levier dans les négociations avec Washington. Le Liban n’est pas perçu comme une nation souveraine, mais comme une carte stratégique dans un jeu régional.
Ceux qui voient dans l’Iran un protecteur du Liban se trompent. Les missiles tirés en réponse aux frappes israéliennes ne traduisent pas un attachement au pays, mais une logique de dissuasion au service des intérêts iraniens. La règle des relations internationales reste immuable: les États n’ont pas d’amis, seulement des intérêts. Et le jour où un grand compromis se dessinera, Téhéran n’hésitera pas à sacrifier ses leviers, y compris l’appareil militaire du Hezbollah, patiemment construit depuis quarante ans.
Qu’a fait l’Iran pour empêcher l’avancée israélienne au Sud-Liban, la destruction de dizaines de villages et l’exode de leurs habitants? Quelle contribution réelle à la souveraineté libanaise, alors que ses dirigeants bafouent les usages diplomatiques et soutiennent ouvertement une faction contre les décisions du gouvernement? La République islamique reproduit, à sa manière, les pratiques du régime syrie : instrumentaliser le Liban comme base avancée, sans jamais affronter Israël directement, comme en témoigne le silence syrien sur le plateau du Golan.
Le précédent syrien s’est soldé par l’effondrement du régime Assad. Aujourd’hui, l’histoire pourrait bien se répéter avec l’Iran.



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