Joseph Aoun à CNN: Nous négocions un accord de non-agression avec Israël
Le président libanais Joseph Aoun lors de l'entretien accordé à la journaliste Christiane Amanpour le vendredi 05 juin 2026 au Palais présidentiel de Baabda ©Palais présidentiel

Le président de la République, Joseph Aoun, a affirmé que le Liban négociait actuellement un accord de non-agression avec Israël, estimant qu’un tel texte pourrait ouvrir la voie à une sortie durable de l’état de guerre entre les deux pays. Dans un entretien diffusé par CNN, dont certains extraits avaient été diffusés vendredi, le chef de l’État a également adressé un message ferme au Hezbollah et à l’Iran, tout en défendant la voie des négociations.

«Nous négocions actuellement un accord de non-agression avec Israël», a déclaré Joseph Aoun, dans cet entretien accordé à la journaliste Christiane Amanpour. «Nous devons mettre fin à l’état de guerre entre le Liban et Israël pour toujours, et cet accord pourrait être la première étape de ce processus», a-t-il ajouté.

Le président libanais a toutefois exclu toute rencontre avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou avant la conclusion d’un accord mettant fin à la guerre.

S’adressant au gouvernement israélien, Joseph Aoun a estimé que l’option militaire ne pouvait pas garantir la sécurité du nord d’Israël. «Israël doit montrer sa volonté de mettre fin à la guerre. Il est temps que la logique l’emporte sur la force», a-t-il poursuivi.

«Il est temps que l’État remplace les milices»

Le chef de l’État a également abordé la question du Hezbollah et du monopole de la force par les institutions. «Il est temps que l’État remplace les milices», a-t-il affirmé, en soulignant que «l’environnement chiite est fatigué», mais qu’il faut lui offrir des alternatives «à travers des institutions publiques fortes».

Revenant sur l’histoire du mouvement chiite, Joseph Aoun a estimé que le Hezbollah était né «en réaction à l’invasion israélienne». Mais, selon lui, «la guerre aurait dû s’achever en 2000», lorsque les armes du Hezb avaient «rempli leur mission». Il a ajouté que le Hezbollah a ensuite commis «des erreurs stratégiques».

Le président libanais a insisté sur le fait que la voie diplomatique restait la seule issue possible. «J’ai servi 42 ans dans l’armée, j’ai vu les horreurs de la guerre et c’est pourquoi je privilégie les négociations. Je ne veux pas que mes enfants ni le peuple libanais vivent ce que j’ai vécu», a-t-il déclaré.

Selon lui, le Hezbollah doit comprendre qu’il n’existe «pas d’autre moyen» de régler le conflit et de «sauver ce qui reste» que la négociation et la diplomatie.

Aoun défend la coordination avec Berry et Salam

Joseph Aoun a par ailleurs défendu la conduite institutionnelle des négociations, affirmant qu’elles relèvent du président de la République selon la Constitution, mais qu’elles sont menées en étroite concertation avec le Premier ministre Nawaf Salam et le président de la Chambre Nabih Berry.

«J’ai d’abord prêté serment de protéger le pays et de préserver la souveraineté de son territoire. Il est de mon devoir de travailler étroitement avec Nabih Berry et Nawaf Salam. Nous travaillons en harmonie et coordonnons nos actions dans les moindres détails», a-t-il déclaré.

Le chef de l’État a également insisté sur l’unité des institutions dans l’objectif de mettre fin à la guerre. «Nous sommes unis pour mettre fin à la guerre», a-t-il assuré, ajoutant que Nabih Berry «représente les chiites. Ce n’est pas seulement le Hezbollah qui les représente».

Message direct à l’Iran

Joseph Aoun a également adressé un message particulièrement ferme à l’Iran, l’accusant d’utiliser le Liban comme carte de négociation dans ses rapports de force régionaux et internationaux.

«Nous souhaitons entretenir de bonnes relations avec l’Iran sur la base du respect mutuel, mais il ne doit pas s’ingérer dans nos affaires ni détruire notre pays pour servir ses propres intérêts», a-t-il déclaré.

Le président libanais a rejeté toute tentative de Téhéran de parler au nom du Liban ou de conditionner les dossiers libanais à ses propres négociations. «Ce n’est pas votre pays, c’est notre pays», a-t-il lancé à l’adresse de l’Iran, estimant que «le peuple libanais paie le prix» de calculs qui ne servent pas ses intérêts.

Il a également jugé «inacceptable» que le Liban soit utilisé comme «carte de négociation» dans les discussions entre Téhéran et Washington.

Ces déclarations interviennent alors que le Liban-Sud reste au cœur d’une séquence diplomatique et militaire tendue, sur fond d’efforts américains pour consolider un cessez-le-feu et ouvrir la voie à un règlement plus large entre le Liban et Israël.
 

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