Quatre mythes et quatre réalités

Le débat qui se déroule aujourd’hui aux États-Unis sur le Moyen-Orient fait émerger un ensemble de perceptions et de contre-perceptions, entre mythes et réalités.

Mythe n°1: Ce conflit aurait pu être évité si la première administration Trump ne s’était pas retirée de l’accord nucléaire de 2015 (JCPOA) avec l’Iran.

En réalité, la saisie par Israël de documents nucléaires iraniens avant le retrait américain de 2018 a révélé que l’Iran disposait: a) d’un programme d’armement nucléaire plus avancé et plus vaste que ce qui avait été précédemment divulgué; b) de plans visant à poursuivre et à dissimuler son programme nucléaire militaire; et c) qu’il avait systématiquement trompé l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), en violation de son adhésion au Traité de non-prolifération des armes nucléaires.

L’Iran n’a jamais renoncé à son objectif de se doter de l’arme nucléaire. Il a bénéficié de l’allègement des sanctions prévu par le JCPOA en sachant que les clauses d’expiration de l’accord («sunset clauses») lui permettraient, à terme, de poursuivre son programme sans restrictions significatives. Le président Obama lui-même avait reconnu que le développement de centrifugeuses avancées permettrait à l’Iran de ne plus avoir de délai de percée nucléaire d’ici 2028.

Ces failles, notamment le fait que l’accord ne traitait pas du soutien iranien à ses alliés et groupes armés dans la région, expliquent pourquoi le JCPOA bénéficiait d’un soutien politique limité aux États-Unis et parmi les partenaires américains du Moyen-Orient. Dans cette lecture, l’Iran a obtenu des fonds lui permettant de renforcer ses capacités militaires et de soutenir ses alliés arabes, en échange d’un modeste report de ses programmes nucléaires.

Mythe n°2: Le conflit a démontré les avantages des alliances de l’Iran avec la Chine et la Russie.

Au contraire, l’expérience iranienne devrait montrer qu’une alliance stratégique avec Moscou ou Pékin est une voie à sens unique. Il peut certes exister des transferts d’armes et des échanges de renseignements en coulisses, mais rien de suffisamment substantiel pour épargner à l’Iran les conséquences stratégiques de ses erreurs d’appréciation, ni pour protéger la vie des responsables iraniens qui ont façonné ces alliances.

Mythe n°3: Les attaques iraniennes contre les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont porté un coup sévère à leurs économies et fragilisé leurs liens avec les États-Unis.

En réalité, ces États font preuve d’une résilience remarquable. Les attaques contribuent à renforcer l’unité de leurs sociétés face à l’Iran et ravivent le sentiment national, tout en consolidant leur volonté de maintenir des liens de sécurité étroits avec les États-Unis.

La plupart des dirigeants du Golfe ne demandent pas à Washington de mettre fin à la guerre à n’importe quel prix. Ils souhaitent plutôt que les États-Unis ne laissent pas le travail inachevé et ne les abandonnent pas aux conséquences qui en résulteraient. Si Washington hésite, ces pays chercheront sans doute à diversifier leurs options stratégiques. Toutefois, les faiblesses de l’Iran ainsi que ses intentions jugées déstabilisatrices apparaissent désormais au grand jour.

Mythe n°4: Les États-Unis font face à de fortes pressions politiques et économiques internes.

La guerre est impopulaire, en partie en raison d’une communication brouillonne de Washington au début du conflit. Les prix de l’essence se situent aujourd’hui autour de leur niveau de 2022, un niveau que les États-Unis ont déjà surmonté. La productivité et la création d’emplois restent orientées à la hausse.

Il est habituel que le parti au pouvoir perde des sièges lors des élections de mi-mandat, et les Républicains s’y préparent cette année. En revanche, aucun scénario réaliste ne permet d’envisager que les démocrates obtiennent une majorité des deux tiers dans les deux chambres du Congrès, seuil indispensable pour passer outre un veto présidentiel ou mener une procédure de destitution jusqu’à une condamnation au Sénat.

Donald Trump a peu de chances de modifier sa ligne en matière de sécurité pour gagner quelques sièges aux élections de mi-mandat.

Réalité n°1: L’Iran sortira de ce conflit plus isolé que jamais.

L’Iran a révélé la nature de sa politique à travers ses attaques contre des pays voisins pourtant pacifiques et ses tentatives de perturber l’économie mondiale. Les événements récents montrent qu’une coexistence avec un Iran doté de l’arme nucléaire n’est pas viable.

Réalité n°2: L’Europe est marginalisée au-delà de ses frontières.

La guerre y est impopulaire, mais la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran constituerait une menace directe pour l’économie européenne, ce qui appelle des initiatives plus actives en matière de diplomatie et de sécurité.

Au contraire, la faible popularité de dirigeants comme M. Starmer au Royaume-Uni (21–23%), M. Macron en France et M. Merz en Allemagne (moins de 20%) limite leur capacité d’action sur la scène internationale, laissant davantage d’espace à d’autres acteurs, comme le Pakistan, pour s’imposer. Les dirigeants impopulaires gouvernent rarement avec une forte autorité.

Réalité n°3: L’Iran joue une stratégie excessive et contre-productive.

Ses ambitions nucléaires et son soutien à des groupes alliés lui ont donné, ces dernières années, une forme de levier, mais Téhéran a sous-estimé la détermination israélienne et américaine.

Les tensions dans le détroit d’Ormuz et les attaques contre les pays du Conseil de coopération du Golfe n’ont ni affaibli les États de la région, ni paralysé l’économie mondiale, ni conduit les États-Unis à renoncer à leur position. En cherchant constamment à durcir le rapport de force, l’Iran semble continuer de croire qu’il peut épuiser ses adversaires et les contourner sans faire de concessions.

Cette posture confirme une lecture récurrente: le régime iranien, qui recourt à la violence et à la pression sur la scène intérieure et extérieure, ne réagit qu'à l'usage de la force et à la pression militaire.

Réalité n°4: Se préparer à un conflit de longue durée.

Ce conflit ne semble pas encore avoir d’issue claire à l’horizon. Il faut s’attendre à une alternance d’initiatives diplomatiques et d’actions militaires, ainsi qu’à une pression américaine constante sur l’Iran, jusqu’à ce que Téhéran considère la négociation comme la seule issue possible. Or, les dirigeants iraniens n’en sont pas encore là. Et même dans ce cas, de longues négociations complexes seraient à prévoir.

Il n’existe pas de solution miracle au problème posé par l’Iran; seule la persévérance et la pression peuvent permettre d’y faire face.

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