Israël et l’Iran ont lancé lundi des attaques réciproques après le tir de missiles par la République islamique en direction du territoire israélien, menaçant la trêve en vigueur et les espoirs de Donald Trump de parvenir à un accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.
Après cent jours de guerre et deux mois après l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu déjà très fragilisé, la région menace de s’embraser une nouvelle fois, malgré les appels du président américain à la retenue adressés à Israël.
Jérusalem s’est réveillée au son des explosions et des alertes, ont constaté des journalistes de l’AFP, alors que l’armée faisait état de deux nouveaux barrages de missiles iraniens visant le pays, après deux premières salves la veille.
Quelques heures plus tôt, la télévision d’État iranienne avait fait état d’explosions à Téhéran ainsi que dans les villes de Tabriz (nord-ouest) et d’Ispahan (centre), au moment où l’armée israélienne annonçait que son aviation avait bombardé «des cibles militaires appartenant au régime terroriste iranien dans l’ouest et le centre de l’Iran».
L’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Yechiel Leiter, a précisé que des sites de lancement de missiles sol-sol ainsi que «des infrastructures non liées au secteur énergétique» avaient été visés, accusant l’Iran d’avoir tiré onze missiles balistiques vers son pays lors des deux premières vagues de tirs, tous interceptés selon l’armée.
«Aucun pays qui se respecte ne tolérerait une telle attaque», a martelé le diplomate sur X.
Téhéran a de son côté présenté ces frappes comme un «avertissement», en représailles à un bombardement israélien sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement islamiste pro-iranien Hezbollah, qui a fait deux morts et vingt blessés, en dépit d’une trêve théoriquement conclue entre le Liban et Israël mais largement bafouée.
Pétrole en hausse
C’est la première fois que l’Iran tire des missiles contre Israël depuis le cessez-le-feu du 8 avril. Mais les négociations entre Washington et Téhéran n’ont toujours pas abouti et les deux pays se sont déjà attaqués mutuellement à plusieurs reprises ces derniers jours autour du détroit d’Ormuz, sans perspective de sortie pour une guerre qui a embrasé le Moyen-Orient et fait vaciller l’économie mondiale.
Selon le média Axios, Donald Trump s’est entretenu dimanche soir avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu afin qu’Israël ne riposte pas et qu’une éventuelle signature d’accord avec Téhéran ne soit pas compromise. Aucun compte rendu officiel n’a été publié.
«Nous sommes sur le point de conclure un accord définitif avec l’Iran. Ce sera un bon accord. Je ne veux pas qu’il tombe à l’eau à cause de ce qui se passe actuellement», a-t-il affirmé, selon le journaliste d’Axios Barak Ravid.
Les deux dirigeants avaient déjà eu un échange tendu il y a quelques jours, selon M. Trump, qui s’est dit mécontent de l’offensive israélienne au Liban au moment où il cherche une issue à un conflit devenu très impopulaire aux États-Unis à l’approche des élections de mi-mandat.
Les prix du pétrole, déjà fortement soutenus ces dernières semaines en raison du blocage du détroit d’Ormuz, ont ouvert la semaine en nette hausse. Le baril de Brent a bondi de plus de 4 % pour dépasser les 97 dollars, se rapprochant du seuil symbolique des 100 dollars.
Écoles fermées
Alimentant les craintes d’un embrasement régional, Israël a annoncé avoir détecté un tir de missile depuis le Yémen, où les rebelles houthis s’étaient déjà joints au conflit en soutien à l’Iran avant le cessez-le-feu.
Les Gardiens de la Révolution ont également indiqué avoir ciblé des «groupes terroristes» à Souleimaniyé, dans le Kurdistan irakien. En Arabie saoudite, les services de secours ont brièvement alerté la population dans la province d’Al-Kharj, où se trouve la base américaine de Prince Sultan.
Après ses frappes en Iran, l’armée israélienne a déclaré «rester en état d’alerte élevé et pleinement prête à poursuivre ses opérations sur tous les fronts contre ceux qui menacent» le pays.
Israël a annoncé la fermeture de toutes les écoles du pays, tandis que l’Irak a indiqué avoir temporairement fermé son espace aérien, à l’instar de la Syrie, de manière partielle.
L’Iran a également fermé jusqu’à nouvel ordre son espace aérien dans l’ouest du pays. Les vols à l’aéroport Imam Khomeini de Téhéran, l’un des deux principaux de la capitale, ont été suspendus jusqu’à nouvel ordre, selon l’agence Mehr.
«Une reprise du conflit entre l’Iran et Israël n’est dans l’intérêt de personne», a insisté la cheffe de la diplomatie britannique, Yvette Cooper, sur X, appelant «les deux parties à la retenue et à une désescalade immédiate».
Nucléaire
Ces attaques éloignent encore davantage la perspective d’un accord mettant fin à la guerre déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines.
Dans une interview accordée à Fox News, Donald Trump a regretté les frappes iraniennes sur Israël, estimant qu’elles «ne vont pas aider les négociations», tout en affirmant une nouvelle fois qu’un accord était «très proche».
Les points de blocage demeurent nombreux : le contrôle du détroit d’Ormuz, essentiel pour le commerce mondial des hydrocarbures, le programme nucléaire iranien et son stock d’uranium hautement enrichi, ainsi que le sort des avoirs iraniens gelés à l’étranger sous l’effet des sanctions.
Autre difficulté majeure : la question du Liban. Alors que les États-Unis cherchent à dissocier les dossiers iranien et libanais, Téhéran continue d’affirmer qu’ils sont étroitement liés.
Cité par l’agence Mehr, le conseiller diplomatique iranien Ali Safari a indiqué que les tirs de missiles étaient intervenus «après plus d’un mois de retenue face à des violations répétées du cessez-le-feu» par Israël, qui a récemment intensifié son offensive contre le Hezbollah.
L’agence officielle libanaise ANI a fait état lundi matin de frappes aériennes israéliennes dans la région de Tyr, dans le sud du Liban.
Les frappes israéliennes au Liban ont fait 3.613 morts depuis le début de la guerre le 2 mars, selon le dernier bilan officiel publié dimanche. Côté israélien, 29 soldats et un contractuel civil ont été tués au Liban, selon l’armée.
Par Les bureaux de l'AFP à Washington, Téhéran et Beyrouth



Commentaires