Il n'a pas été vu en public depuis sa nomination comme guide suprême début mars, sa santé est incertaine et l'étendue de son pouvoir reste floue, mais Mojtaba Khamenei jouerait désormais un rôle plus actif selon Washington.
Il est tout à fait impliqué», a déclaré mercredi le président américain Donald Trump, alors qu'il avait auparavant mis en doute le fait même qu'il soit vivant. Le secrétaire d'État Marco Rubio a lui aussi parlé de «signes montrant que (Mojtaba Khamenei) s'impliquait de plus en plus, à un certain niveau».
Depuis qu'il a succédé à son père, tué au premier jour des frappes israélo-américaines le 28 février, le dirigeant de 56 ans s'est exprimé à une douzaine de reprises dans des déclarations écrites, dont la plus récente, une diatribe contre «l'ennemi malveillant», a été lue jeudi.
Le président Massoud Pezeshkian et le chef d'état-major des armées, le général Ali Abdollahi, ont rapporté l'avoir rencontré, même si aucune image n'a été diffusée.
"Les rouages du régime peuvent être opaques, mais il semble que Mojtaba et son cabinet y jouent un rôle, même s'ils restent pour l'instant en retrait», analyse Arash Azizi, maître de conférences à«l'université de Yale.
«Il faudra du temps à Mojtaba pour établir un contrôle plus direct, s'il le souhaite», anticipe-t-il.
À l'instar de ses précédents messages, sa déclaration de jeudi reprend la rhétorique farouchement anti-américaine et anti-israélienne de son père, accusant les États-Unis et Israël de tenter de semer la «division» parmi les Iraniens après avoir subi un «revers cuisant».
«Proche» d'acteurs influents
Il s'exprimait à l'occasion de la commémoration de la mort il y a 37 ans du fondateur de la République islamique, Rouhollah Khomeini. Mais il n'est pas apparu, alors que son père ne manquait quasiment jamais ce rendez-vous, une chaise vide avec son portrait lui avait d'ailleurs été réservée.
Ses mots ont été lus par l'imam de la prière du vendredi à Téhéran, et ses précédentes déclarations avaient été diffusées par la télévision d'État.
Plusieurs responsables iraniens ont confirmé que Mojtaba Khamenei avait été blessé dans une frappe, mais des versions contradictoires circulent quant à son état de santé.
«Le rôle de Mojtaba Khamenei est flou. Il est très improbable qu'il dispose à l'heure actuelle du même degré d'influence que son père», souligne auprès de l'AFP Thomas Juneau, professeur à l'Université d'Ottawa.
Mais «il est établi qu'il est proche de nombreux acteurs importants», notamment des figures clés du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).
Selon l'expert, le pouvoir semble être concentré dans les mains d'un «comité informel», composé de commandants des Gardiens et d'une poignée de personnalités politiques de premier plan, dont le président du Parlement, Mohammed Bagher Ghalibaf, lui-même ancien commandant du CGRI et négociateur en chef dans les discussions avec les États-Unis.
Pouvoir plus fragmenté
Malgré son absence de la scène publique, les autorités ont veillé à ce que Mojtaba Khamenei reste présent dans l'esprit des Iraniens.
Des affiches géantes ont été accrochées à Téhéran, présentant les trois portraits de Rouhollah Khomeini, d'Ali et de Mojtaba Khamenei, dans le but manifeste de vanter la continuité du pouvoir.
«À mesure que la situation sécuritaire se normalise et que son état de santé s'améliore, je m'attends à ce qu'il joue un rôle plus important», commente Farzan Sabet, chercheur de l'Institut des hautes études internationales de Genève.
Selon lui, il «supervise l'orientation générale de la politique, y compris au niveau des négociations avec Washington».
Reste à savoir si Mojtaba Khamenei reproduira le règne de son père, qui a exercé une emprise totale sur le pouvoir pendant plus de 35 ans, tout en composant avec des rivalités d'appareil.
Contrairement à la structure verticale du pouvoir en vigueur sous son père, «l'autorité est probablement exercée de manière plus fragmentée et diffuse» d'après l'analyste, Mojtaba n'étant potentiellement qu'un acteur parmi d'autres dans un système où les Gardiens de la Révolution sont amenés à jouer un rôle prépondérant.
«Mojtaba n'a pas l'autorité de son père. Il ne semble pas avoir la capacité de jouer le rôle de médiateur principal et d'arbitre final du système», conclut Thomas Juneau.
Stuart Williams avec AFP



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