Entre menaces israéliennes visant la banlieue sud de Beyrouth, intervention directe de Donald Trump auprès de Benjamin Netanyahou, médiation conduite par Marco Rubio, consultations engagées par Joseph Aoun et Nabih Berry avec les différents acteurs concernés et reprise des négociations entre Libanais et Israéliens à Washington, les dernières quarante-huit heures ont été d’une intensité politique remarquable. Ces événements interviennent à la veille d’un quatrième cycle de pourparlers prévu mardi entre Beyrouth et Tel-Aviv, dans un contexte où les États-Unis et l’Iran poursuivent parallèlement leurs discussions en vue d’une possible sortie de crise.
Menace directe sur Beyrouth
La semaine débute par une proposition américaine visant à encadrer une désescalade progressive. Dans la nuit de dimanche à lundi, le secrétaire d’État Marco Rubio présente aux responsables israéliens et libanais un cadre de réduction graduelle des hostilités, qu’il envisage comme une étape intermédiaire vers un arrêt plus large des combats. Ce dispositif prévoirait une diminution progressive des frappes et des tirs, conditionnée à des engagements réciproques vérifiables entre les parties, sans exiger dans l’immédiat un cessez-le-feu global formel.
Or, la réalité du terrain évolue dans le sens inverse. Une intensification marquée des opérations israéliennes est observée au Liban-Sud. Plus de quarante localités sont touchées, notamment autour de Tyr et dans plusieurs villages de la région, causant des dégâts importants et faisant plusieurs blessés.
Dans le même temps, le Hezbollah revendique plusieurs tirs de missiles et de roquettes contre des positions militaires dans le nord d’Israël, affirmant agir en riposte à l’avancée des forces israéliennes dans le sud du pays.
La situation se détériore encore plus lorsque les autorités israéliennes accusent le Hezbollah de nouvelles violations du cessez-le-feu et annoncent leur intention d’étendre leurs opérations.
Le point de bascule intervient avec un communiqué conjoint, lundi, du Premier ministre israélien et du ministre de la Défense, Israel Katz, dans lequel l’État hébreu annonce envisager des frappes sur la banlieue sud de Beyrouth. Des appels à l’évacuation provoquent alors des mouvements de panique dans plusieurs quartiers de Dahiyé.
Le message israélien marque un durcissement net de la doctrine affichée, la zone ne bénéficiant plus d’un statut particulier. « S’il n’y a pas de calme dans le nord d’Israël, il n’y aura pas de calme à Beyrouth », déclare alors Israel Katz, tandis que Benjamin Netanyahou affirme que les infrastructures du Hezbollah dans la capitale libanaise ne sont désormais plus « hors limites ».
Trump revendique une désescalade
C’est alors que le président américain s'invite personnellement dans le dossier.
Affirmant avoir mené des discussions avec Benjamin Netanyahou et, chose inédite, le Hezbollah, il annonce publiquement que les deux parties ont accepté de « cesser tous les tirs » et présente cette évolution comme une avancée diplomatique majeure.
De son côté, la présidence libanaise déclare qu'un mécanisme prévoyant l'arrêt des frappes israéliennes sur Beyrouth en échange d'un arrêt des attaques du Hezbollah a été accepté dans son principe.
Néanmoins, et quelques heures seulement après ces déclarations, les hostilités reprennent. Dans la nuit de lundi à mardi, des tirs de roquettes sont signalés en direction du nord d’Israël. Le Hezbollah revendique une attaque contre un char israélien dans la région de Hadatha et contre plusieurs positions militaires, tandis que l’armée israélienne poursuit ses frappes dans plusieurs villages du sud du Liban, notamment Marouaniyé, Yater, Mansouri et Siddiqine.
Berry entre en scène
À ce stade, le rôle du président de la Chambre, Nabih Berry, devient central.
À ce stade de la crise, le rôle du président de la Chambre, Nabih Berry, devient central dans les échanges entre les différentes parties. Habitué à jouer les intermédiaires entre l’État libanais, le Hezbollah et les canaux diplomatiques internationaux, il est sollicité pour relayer et clarifier la position de la mouvance chiite auprès des médiateurs américains.
Selon Ali Hamdane, conseiller proche du chef du Parlement, Nabih Berry aurait transmis à l’administration américaine un message indiquant que le Hezbollah se dit prêt à envisager un cessez-le-feu global et immédiat, à condition qu’il soit appliqué de manière simultanée par l’ensemble des acteurs concernés.
Toujours selon M. Hamdane, le président de la Chambre rejette toute formule limitée à une stabilisation de la situation autour de Beyrouth, qui laisserait néanmoins les combats se poursuivre dans le sud du pays. Il plaide au contraire pour un arrêt complet des hostilités sur tous les plans, terrestre, aérien et maritime, ainsi que pour la fin des destructions dans les villages du Liban-Sud.
Pour l'heure, les frappes de grande ampleur contre la banlieue sud semblent avoir été évitées. Or, cette « accalmie » dans la capitale demeure strictement circonstancielle, suspendue à une conjoncture extrêmement instable, d’autant que le ministre israélien de la Défense a affirmé, mardi, que l’activité militaire en territoire libanais se poursuivra en toutes circonstances, qu’aucun tir ne restera sans réponse ciblée sur la banlieue sud de Beyrouth et que les autorités libanaises ainsi que les parties concernées ont été averties qu’aucune attaque contre les localités israéliennes ne resterait sans riposte directe sur Dahiyé.




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