La révolution silencieuse de la consommation au Liban
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La consommation des ménages est en net recul. Cette faiblesse de la demande s’explique par une inflation toujours orientée à la hausse.

Au fil des crises économiques et financières successives, le Liban a développé une certaine capacité d’adaptation. Mais il s’agit d’une économie essentiellement «défensive», qui reste loin d’être immunisée contre les effets d’un conflit régional prolongé et d’une guerre entre le Hezbollah et Israël, soulignent plusieurs experts économiques.

Dans ce contexte, l’économie libanaise tient encore, portée par plusieurs facteurs de soutien dont les effets montrent toutefois des signes d’essoufflement croissant : la prédominance des transactions en espèces, les transferts des expatriés, la flexibilité des circuits d’importation et des saisons touristiques capables d’apporter des flux de devises étrangères.

Le Liban n’achète plus comme avant

Si les déplacements internes ont contribué à une redistribution géographique de la demande, ils n’ont pas compensé le ralentissement général du marché.

«Le panier de la ménagère n’est plus aussi varié qu’avant. On achète ce dont on a besoin, pas ce qu’on désire», confie François, la cinquantaine, qui explique reporter régulièrement certains achats d’un mois à l’autre afin de respecter son budget mensuel. «Faire ses emplettes au supermarché est devenu un exercice comptable fastidieux», ajoute Nadine, mère de famille.

Dans les rayons des grands supermarchés de Jounieh, le constat revient avec insistance : ce n’est plus la qualité du produit qui prime, mais son prix, selon les témoignages recueillis lors d’interviews rapides sur place.

Spéculation et pratiques monopolistiques

Au Liban, les crises prennent souvent une dimension exacerbée, alimentées par une spéculation persistante et l’absence de mécanismes de contrôle réellement efficaces. Comment expliquer, sinon, qu’un même produit puisse voir son prix augmenter de 10% chez un commerçant et de 20% chez un autre ?

À chaque escalade sécuritaire, les conséquences ne se limitent pas aux destructions matérielles ni au ralentissement de l’activité économique. Un phénomène plus préoccupant refait systématiquement surface : celui de l’économie de guerre, où la crise devient un terrain propice à des profits exceptionnels réalisés au détriment du pouvoir d’achat des citoyens.

Le pays semble ainsi s’enfoncer dans une phase économique de plus en plus complexe et périlleuse, marquée par une accélération de l’inflation, une érosion continue du pouvoir d’achat et un élargissement des pratiques monopolistiques.

Le Liban en situation de stagflation

En d’autres termes, le Liban semble désormais pris dans une situation de stagflation, combinant inflation élevée et récession économique. Ce contexte a profondément modifié les habitudes de consommation : les ménages ont réduit leurs achats, et dans certains cas, ils ont peur de consommer par crainte de l’avenir. La demande a nettement reculé, un phénomène visible dans l’ensemble des secteurs.

Sur le plan macroéconomique, l’agence de notation Moody’s prévoit une contraction de l’économie libanaise de l’ordre de 14% cette année, après une timide reprise de 4% enregistrée l’an dernier.

Ces prévisions se révèlent plus pessimistes que celles du ministre des Finances, Yassine Jaber, qui estime que le recul du PIB devrait se situer entre 7% et 10%, en raison notamment de l’impact du conflit en cours.

De son côté, l’Administration centrale des statistiques indique que l’inflation annuelle a atteint 20,02% en avril 2026, contre 17,26% en mars, soit son plus haut niveau depuis septembre 2024. En glissement mensuel, les prix ont progressé de 3,04 % entre mars et avril.

Les hausses les plus marquées concernent les catégories «Produits alimentaires et boissons non alcoolisées» (+17,97%), «Boissons alcoolisées et tabac» (+10,56%) et surtout «Logement, eau, électricité, gaz et autres combustibles» (+26,3%).

Dans ce contexte, si la guerre devait se prolonger, le scénario le plus probable serait celui d’une économie qui continue de fonctionner en apparence, mais à un coût plus élevé, avec une croissance plus faible et une pression accrue sur les ménages et les petites entreprises — plutôt qu’une économie capable d’absorber le choc sans pertes durables.

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