L’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Yehiel Leiter, affirme qu’Israël souhaite ouvrir une nouvelle page avec le Liban, mais conditionne toute normalisation durable au désarmement du Hezbollah. Dans un entretien exclusif accordé à This Is Beirut, il dit espérer qu’un jour il pourra se rendre à Beyrouth et s’adresser directement au peuple libanais depuis la capitale.

Selon lui, les discussions en cours entre Israël et le Liban constituent un début de dialogue direct, qui se renforce à chaque nouveau round de négociations. Il estime que la confiance progresse progressivement entre les deux parties, autour d’un objectif commun: dépasser la question du Hezbollah et ouvrir la voie à la paix.

Yehiel Leiter explique qu’Israël a proposé un processus de négociation en deux volets. Le premier serait consacré aux questions sécuritaires et militaires, notamment au renforcement des Forces armées libanaises afin qu’elles puissent faire face au Hezbollah. Le second porterait sur un volet civil, destiné à préparer un accord de paix global, prêt à être mis en œuvre une fois les enjeux sécuritaires réglés.

L’ambassadeur insiste sur le fait qu’Israël ne souhaite pas rester au Liban. Il affirme que la présence israélienne sur le territoire libanais n’a qu’une seule raison: la menace que représente le Hezbollah pour les populations civiles israéliennes. Selon lui, une fois le Hezbollah démantelé, il n’y aurait plus de raison pour que des troupes israéliennes demeurent au Liban.

Il accuse le Hezbollah d’avoir choisi d’entrer dans la guerre aux côtés de l’Iran, alors qu’il aurait pu rester à l’écart. Pour Yehiel Leiter, l’attaque du 7 octobre a profondément modifié la perception israélienne de la sécurité aux frontières: Israël ne peut plus accepter, dit-il, la présence de groupes armés hostiles à proximité de ses communautés civiles.

Leiter affirme également que le Liban est tenu de respecter les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, qui prévoient le désarmement des groupes armés non étatiques. Il conteste l’idée selon laquelle le sud du Liban aurait été libéré de la présence militaire du Hezbollah, affirmant que l’armée israélienne y a découvert des milliers de missiles, de roquettes, de mortiers, des drones d’attaque ainsi que des tunnels menant vers des localités israéliennes.

Il estime que les infrastructures du Hezbollah doivent être détruites, tout en soulignant qu’Israël ne souhaite pas mener une campagne militaire dans l’ensemble du Liban, sauf s’il y était contraint. La solution, selon lui, passe par la formation et l’encadrement des Forces armées libanaises, avec l’appui des États-Unis et du Pentagone. Il insiste sur la nécessité de s’assurer que ces unités ne soient pas infiltrées par des éléments proches du Hezbollah.

Pour l’ambassadeur, le processus devrait être progressif: quartier par quartier, village par village, région par région, jusqu’à ce que le Hezbollah ne constitue plus, selon ses termes, une influence néfaste sur le Liban.

Yehiel Leiter lie directement la question du Hezbollah à l’influence iranienne dans la région. Il décrit le mouvement comme le principal proxy de Téhéran, au même titre que le Hamas à Gaza, les Houthis au Yémen ou encore le régime Assad en Syrie. Il estime que ces réseaux ont été affaiblis, mais pas vaincus.

Dans ce contexte, il met en garde contre tout accord entre les États-Unis et l’Iran qui laisserait à Téhéran la possibilité de maintenir son soutien aux groupes armés régionaux. Selon lui, un éventuel accord avec l’Iran ne doit en aucun cas être lié à la question du Hezbollah au Liban. Il estime qu’un tel scénario condamnerait le Liban et compromettrait toute perspective de paix régionale.

L’ambassadeur évoque également les Accords d’Abraham, qu’il présente comme un modèle possible de coexistence régionale. Il affirme qu’Israël est prêt à conclure des accords similaires avec d’autres pays de la région, mais souligne que cela ne pourra se faire si l’Iran continue de soutenir des organisations armées hostiles à Israël.

Yehiel Leiter rejette par ailleurs l’idée d’une escalade israélienne. Il affirme qu’Israël ne fait que répondre aux attaques du Hezbollah, notamment aux tirs de drones, de mortiers, de missiles et de roquettes. Il prévient que si le Hezbollah pense être à l’abri d’une réponse israélienne à Beyrouth, il se trompe. Selon lui, aucun membre d’une organisation considérée par Israël comme terroriste ne bénéficie d’une immunité, où qu’il se trouve.

Malgré ce ton ferme, l’ambassadeur affirme qu’Israël ne cherche pas à affaiblir le Liban. Au contraire, dit-il, Israël souhaite voir un État libanais fort, capable de reprendre le contrôle de son territoire et de faire face aux groupes armés. Il compare la situation actuelle à l’époque où l’OLP était implantée au Liban, affirmant qu’Israël était alors intervenu pour mettre fin à cette présence armée.

Selon lui, le Hezbollah occupe aujourd’hui le Liban, tandis que l’armée libanaise n’a pas encore les moyens suffisants pour y mettre un terme. Il affirme toutefois percevoir une volonté nouvelle chez les autorités libanaises, notamment à travers les déclarations du président Joseph Aoun, de sortir de cette situation.

Yehiel Leiter dit comprendre que la majorité des Libanais souhaitent le retrait d’Israël du territoire libanais. Mais il affirme qu’ils veulent également voir le Hezbollah écarté, car ils savent, selon lui, que la présence israélienne n’est liée qu’à la sécurité d’Israël.

L’ambassadeur dit aussi voir dans le gouvernement libanais un partenaire. Il salue le fait que les discussions se poursuivent malgré les menaces du Hezbollah, qu’il accuse d’intimider les autorités libanaises. Il affirme qu’Israël souhaite approfondir ces négociations afin que l’État libanais soit pleinement préparé à affronter et à vaincre le Hezbollah, avec l’aide des États-Unis et du CENTCOM.

Au-delà du volet sécuritaire, Yehiel Leiter esquisse la perspective d’une nouvelle relation entre Israël et le Liban. Il évoque des échanges commerciaux, touristiques, culturels et éducatifs, et estime que le Liban pourrait redevenir la “Suisse du Moyen-Orient”. Il affirme qu’Israël dispose d’une économie dynamique et d’une expertise en matière de développement, qu’il pourrait partager dans le cadre de projets de reconstruction, notamment dans le sud du Liban.

Il cite également les Émirats arabes unis comme un partenaire potentiel de tels projets, estimant que la reconstruction du Liban ne devrait pas se limiter à restaurer ce qui existait auparavant, mais viser à construire quelque chose de plus avancé pour les générations futures.

Sur la question du retrait israélien, Leiter refuse d’évoquer un calendrier précis ou des indicateurs concrets. Il répète que le cœur du problème reste le désarmement du Hezbollah. Selon lui, Israël quittera le Liban dès que le Hezbollah ne représentera plus une menace. La question de la Ligne bleue, ajoute-t-il, pourra être discutée dans le cadre des négociations, mais elle n’est pas, selon lui, le sujet principal.

Enfin, Yehiel Leiter adresse un message direct à la communauté chiite libanaise. Il affirme qu’Israël ne la considère pas comme ennemie et dit comprendre sa souffrance. Mais, selon lui, cette souffrance est causée par le Hezbollah et par l’Iran, non par Israël. Il appelle les chiites libanais à se détacher du Hezbollah et de l’influence iranienne.

Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas, selon lui, d’un conflit entre Juifs et chiites, ni entre Israéliens et chiites. Il cite l’exemple de l’Azerbaïdjan, pays à majorité chiite avec lequel Israël entretient de bonnes relations. Il affirme que l’héritage intellectuel, religieux et humain de l’islam chiite mérite d’être reconnu et partagé, mais que cela ne pourra se faire qu’une fois le Hezbollah mis de côté.

Pour Yehiel Leiter, la paix entre Israël et le Liban reste donc possible. Mais elle dépend, selon lui, d’une condition centrale: le démantèlement du Hezbollah et la restauration de l’autorité pleine et entière de l’État libanais.

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