Enfin, une année décisive pour le Liban

Pour la première fois depuis des décennies, le Liban vit une année décisive. Avec le revirement spectaculaire de la situation en Iran, du régime Assad et de leur relais libanais, le pays retrouve des marges de liberté longtemps perdues. Or, la liberté se définit avant tout par la capacité de choisir.

Avec la restauration de la souveraineté, les Libanais se retrouvent face à une décision fondamentale: celle de la guerre ou de la paix. Depuis les années 1980, Téhéran et Damas ont privé les Libanais et leurs institutions politiques de cette capacité de décision, faisant du Liban un théâtre de leurs affrontements avec Israël. La famille Assad, les dirigeants iraniens et les appareils sécuritaires qui les entourent ont accepté de mener leurs guerres jusqu’au dernier Libanais. Le cycle de violences qui en a résulté avec Israël est tristement familier à tous les Libanais, tout comme son lourd tribut humain, social et économique.

Avec un Hezbollah affaibli pour l’instant, Téhéran et Damas ne sont plus en mesure d’imposer ces décisions. Le pouvoir de décision revient désormais à l’État libanais, en phase avec la volonté du peuple libanais. Bien entendu, la liberté implique aussi la responsabilité: les dirigeants et les citoyens libanais sont désormais confrontés non seulement à la liberté de choisir, mais aussi au poids des conséquences de leurs choix.

Heureusement, les dirigeants libanais semblent être à la hauteur de ces choix et privilégient l’option de la paix, qui s’impose avec évidence. Bien entendu, une telle orientation n’a de sens que si le Hezbollah cesse de contester les décisions de l’État et rompt avec un cadre hérité de l’Iran et de la Syrie.

L’un des enseignements du cessez-le-feu de novembre 2024 est qu’un simple rôle américain de «surveillance» n’a peut-être pas suffi à accompagner efficacement l’armée libanaise dans sa mission. Malgré des années d’assistance américaine et le soutien politique récent du président de la République et du gouvernement, l’armée pourrait avoir besoin d’un appui plus soutenu.

Plusieurs modèles peuvent être envisagés. L’un d’eux pourrait consister en un rôle consultatif plus actif, sans participation aux opérations militaires, assuré par des officiers américains intégrés au quartier général de l’armée libanaise et à ses commandements sur le terrain, non pas pour prendre des décisions ou agir, mais pour fournir des conseils immédiats, des informations et un appui, afin de renforcer la capacité de l’armée à mettre en œuvre les instructions reçues des dirigeants civils libanais.

Un choix plus large s’impose toutefois aux Libanais: souhaitent-ils vivre dans un état de paix ou dans un état de guerre permanent avec leur voisin du sud? Un récent sondage a mis en évidence un soutien marqué à la paix dans certaines communautés, notamment chez les chrétiens et les druzes, tandis qu’une position opposée se dessine au sein de la communauté chiite libanaise.

La complexité démographique du Liban a donné lieu à des formules de partage du pouvoir qui, pour fonctionner, exigent des compromis. Mais les choix de guerre ou de paix se prêtent difficilement au compromis: il s’agit, par nature, d’une décision binaire. Les «compromis» apparents, comme un retour à l’armistice de 1949, reviennent en réalité à entériner le statu quo, fait d’une succession de cessez-le-feu et de cycles de violences qui ont coûté aux Libanais comme aux Israéliens des vies et des moyens de subsistance.

Renoncer à la paix avec Israël revient à condamner le Liban à répéter les cycles de conflit qu’il traverse depuis des générations, au bénéfice de l’Iran et du régime Assad.

L’ironie de la situation tient au fait que ceux qui s’opposent à la paix exercent en réalité un double droit de veto. Non seulement ils bloquent toute perspective de paix, mais ils empêchent aussi les autres communautés, une majorité de Libanais si les sondages sont exacts, d’exercer, elles, un droit de veto sur la guerre.

Un tel paradoxe ne peut durer pour aucun État.

Pour ma part, je n’ai jamais été aussi confiant dans la capacité du Liban à faire les bons choix, mais le pays ne peut être laissé seul dans un moment aussi critique. Les États-Unis ont plusieurs rôles essentiels à jouer pour maintenir cette dynamique.

Il s’agit tout d’abord de veiller à ce que tout accord avec l’Iran mette durablement un terme à sa capacité d’exporter la violence et d’intimider ses voisins.

Deuxièmement, maintenir un engagement et une pression au plus haut niveau afin d’aider Israël et le Liban à ouvrir une nouvelle page dans leurs relations, fondée sur la sécurité et la paix pour les deux parties.

Troisièmement, renforcer la coordination avec Riyad et les autres États de la région afin d’accompagner le Liban, avec le soutien saoudien, sur la voie du rétablissement de sa stabilité et de sa souveraineté, à son propre rythme et selon ses priorités.

Quatrièmement, soutenir activement l’armée libanaise afin de rétablir le monopole de l’État sur les armes.

Cinquièmement, amener les Israéliens à comprendre qu’il est dans leur intérêt de faire savoir au peuple libanais, par les paroles comme par les actes, qu’ils aspirent à une paix et à une sécurité durables avec un État libanais exerçant pleinement sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire.

Sixièmement, encourager dès à présent une mobilisation humanitaire internationale en faveur des Libanais les plus éprouvés.

«Liban» et «optimisme» sont deux mots rarement associés. Pourtant, les Libanais semblent aujourd’hui déterminés à saisir les opportunités qui se présentent. Une question essentielle demeure toutefois: le Liban choisira-t-il la paix? Dans le cas contraire, que répondra-t-il aux générations futures condamnées à revivre les cycles de violence qu’ont connus leurs ancêtres?

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