Petites gens et crise systémique
©Ici Beyrouth

Les esprits étriqués, les opportunistes, les marchands de populisme dicté par ‘ce que veulent entendre les auditeurs’, ainsi que les ignorants en matière économique, se sont tous accordés, depuis l’effondrement survenu il y a six ans, à rejeter le fait que le pays traverse une crise systémique.

 


Partant, quelques principes fondamentaux méritent d’être rappelés:

- Le terme ne renvoie évidemment pas au système politique, mais plutôt au système financier et économique.

- Qualifier une crise de systémique ne détermine ni la partie responsable ni celle qui doit assumer les pertes qu’elle engendre.

- L’origine de la crise ne détermine pas sa classification, mais bien l’ampleur et la nature de ses répercussions.

- Toute crise monétaire, financière ou bancaire peut se transformer en crise systémique, mais l’inverse n’est pas forcément vrai.

- Les crises systémiques présentent plusieurs niveaux, tant par l’ampleur des dégâts causés au système financier et économique que par l’étendue des secteurs touchés.

Malgré la clarté de ces éléments, les gouvernements successifs continuent de nier la nature réelle de la crise. Ils se contentent d’observer les affrontements entre déposants et banques, comme des acteurs neutres tentant d’arbitrer un différend entre deux parties, alors que la réalité est tout autre.

Ce déni délibéré a contribué à compliquer davantage la situation et à empêcher l’adoption de solutions qui auraient pu être mises en œuvre moyennant un coût raisonnable.

Dans cette confusion généralisée, les gouvernements, soutenus par une cohorte de défenseurs complaisants, se sont retranchés derrière la position du Fonds monétaire international, qui refusait de qualifier la catastrophe de crise systémique, pour des raisons évidentes.

En effet, le Fonds, engagé dans des négociations de financement, ne souhaitait en aucun cas que l’État s’engage dans des contributions susceptibles d’affecter sa capacité à rembourser un éventuel prêt accordé par le FMI. Les intérêts en jeu ont ainsi trouvé, dans cette position, un rempart derrière lequel poursuivre le déni et l’obstination.

Aujourd’hui, toutefois, le voile est tombé sur les contradictions de l’État et des bénéficiaires du système. Dans un rapport publié en mai 2026 dans une série de documents de recherche intitulée «Crises bancaires systémiques», le Fonds monétaire international a inclus le Liban parmi les pays ayant traversé ce type de crise.

Dès lors, une question se pose: comment l’État compte-t-il réagir face à cette nouvelle réalité, alors qu’il apparaît désormais plus royaliste que le roi? Le Fonds monétaire a fini par reconnaître la nature de la crise, tandis que notre État continue de chercher, dans les dictionnaires, des formulations alternatives pour contourner la réalité, en parlant dans ses projets de loi de «crise globale» ou de «crise collective».

Mais la vérité est ailleurs: le Liban fait face à une crise de morale, de responsabilité et de courage, dans un État incapable d’affronter la réalité de facto.

 

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