Le pape, une voix qui porte face aux bouleversements technologiques et sociétaux
Le pape Léon XIV s’adresse à la foule sur la Piazza Nicola Calipari lors d’une visite pastorale dans la communauté de la «Terre des feux», le 23 mai 2026. ©Filippo Monteforte / AFP

De la révolution industrielle à l’intelligence artificielle (IA), le Vatican a régulièrement pris position pour accompagner et encadrer les grands bouleversements technologiques et civilisationnels.

Avec la publication lundi de l’encyclique «Magnifica humanitas» («Humanité magnifique») consacrée à la protection de la personne humaine à l’ère de l’IA, Léon XIV, premier pape nord-américain, s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs en répondant aux mutations de son époque.

Révolution industrielle 

La première grande réponse structurée de l’Église à un bouleversement technologique remonte à la fin du XIXᵉ siècle lorsqu’en 1891, en pleine révolution industrielle, Léon XIII publie l’encyclique Rerum Novarum («Des choses nouvelles»).

Face à l’urbanisation rapide, l’essor des usines et la précarisation du prolétariat, le pape entend proposer une voie entre capitalisme libéral et socialisme révolutionnaire. Il défend à la fois la propriété privée et les droits des travailleurs, notamment la possibilité de s’organiser collectivement.

Cette encyclique pose ainsi les fondements de la «doctrine sociale» de l’Église catholique, articulée autour des principes de dignité de la personne, de solidarité et de bien commun.

Peu après son élection en mai 2025, Léon XIV avait expliqué avoir choisi son nom en référence à Léon XIII et à cette doctrine. Sa nouvelle encyclique a d’ailleurs été signée le 15 mai, 135 ans jour pour jour après celle de son lointain prédécesseur.

Médias de masse 

Au milieu du XXᵉ siècle, l’Église se trouve confrontée à un autre type de révolution: presse, radio, cinéma et télévision transforment profondément la diffusion de l’information et le rapport au réel.

Dans ce contexte, le Concile Vatican II (1962-1965), grande phase de réforme et d’ouverture, adopte en 1963 le décret Inter Mirifica. Pour la première fois, ces nouveaux médias sont considérés comme un enjeu central de la vie sociale et culturelle.

L’Église y reconnaît leur rôle dans la formation de l’opinion publique et appelle à un usage responsable, tant du côté des producteurs que des publics. Elle insiste sur la nécessité d’une information fiable et complète, appelant à éviter toute forme de «préjudice spirituel» ou de «scandale par leur mauvais exemple».

Ce texte marque une évolution importante: plutôt que de se tenir à distance, le Vatican choisit d’investir ces nouveaux espaces, encourageant notamment la création de médias catholiques.

Crise des missiles 

Publiée en avril 1963, quelques mois après la crise des missiles de Cuba (octobre 1962), l’encyclique «Pacem in Terris» («Paix sur Terre») de Jean XXIII intervient alors que le monde est au bord de la guerre nucléaire.

Le pape y exhorte, au nom de «la justice, la sagesse» et «le sens de l’humanité», à arrêter «la course aux armements» et à abandonner la doctrine de la dissuasion militaire.

Le texte prône «la proscription de l’arme atomique» et «le désarmement dûment effectué d’un commun accord et accompagné de contrôles efficaces».

Contrôle des naissances 

Dans l’encyclique «Humanae vitae» («De la vie humaine»), promulguée par Paul VI en 1968, l’Église réaffirme sa position sur le mariage et la régulation des naissances, dans une période marquée par la transformation des mœurs et du cadre familial et les progrès scientifiques en matière de contraception dans les sociétés occidentales.

Avec ce texte, l’un des plus controversés de l’histoire récente de l’Église catholique, le Vatican entend poser des limites à l’intervention technique dans la transmission de la vie. L’Église continue de s’opposer fermement à toute forme de contraception volontaire, même si le recours aux méthodes naturelles pour espacer les naissances est toléré.

Cette prise de position marque un point de bascule sur les enjeux bioéthiques liés aux progrès scientifiques. Elle sera ensuite développée par Jean-Paul II (1978-2005) notamment sur les questions liées à la procréation médicalement assistée, à l’embryon ou à la fin de vie.

Internet et réseaux sociaux 

À partir des années 1990, l’informatique et Internet ouvrent une nouvelle phase de transformation, marquée par la numérisation des échanges et l’émergence d’un espace public global.

Jean-Paul II voit dans Internet un moyen inédit de communication et de diffusion. Le Vatican encourage une présence active en ligne, tout en appelant à un usage responsable.

Benoît XVI approfondit cette réflexion en insistant sur les risques propres à l’univers numérique: fragmentation des relations, primat de l’immédiateté et difficulté à distinguer l’information fiable.

Avec l’essor des réseaux sociaux, le Vatican alerte aussi sur la polarisation des débats et la diffusion de contenus trompeurs, notamment sous le pontificat du pape François (2013-2025).

Avec l’encyclique Laudato Si’ (2015), le pape argentin critique aussi les dérives d’un modèle technico-économique jugé responsable de la crise écologique.

AFP

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