Ahmadinejad, pion secret du plan de changement de régime en Iran?
L'ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad fait le signe de la victoire après avoir déposé sa candidature à la prochaine élection présidentielle iranienne, à Téhéran, le 2 juin 2024. ©Atta Kenare / AFP

Le New York Times a révélé lundi une information inédite sur les coulisses de la guerre déclenchée contre l'Iran: Washington et Tel-Aviv avaient secrètement identifié Mahmoud Ahmadinejad, l'ancien président iranien (2005-2013), comme l'homme susceptible de diriger un gouvernement de transition à Téhéran après la chute du régime des mollahs. 

Un choix paradoxal

Le choix d'Ahmadinejad a de quoi surprendre. L'homme est connu pour avoir appelé à «rayer Israël de la carte», avoir nié l’Holocauste et soutenu ardemment le programme nucléaire iranien durant ses deux mandats. Pourtant, selon des responsables américains cités par le New York Times, c'est précisément lui que les Israéliens avaient consulté en amont du conflit, dans l'espoir qu'il incarne une alternative gouvernementale crédible face au régime théocratique.

Ce paradoxe s'explique par la trajectoire politique récente de l'ancien président. Après avoir quitté le pouvoir, Ahmadinejad s'est progressivement transformé en critique ouvert de la direction iranienne, accusant les responsables du régime de corruption et de mauvaise gouvernance. Disqualifié à trois reprises des élections présidentielles – en 2017, 2021 et 2024 – par le Conseil des gardiens, il vivait sous surveillance étroite du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), assigné à résidence dans le quartier populaire de Narmak, à Téhéran-est.

Un «jailbreak» israélien qui tourne mal

Le premier jour de la guerre, le 28 février, l'armée de l'air israélienne a frappé le poste de sécurité situé à l'entrée de la rue menant au domicile d'Ahmadinejad. L'objectif déclaré, selon des responsables américains briefés sur l'opération: neutraliser les membres du CGRI qui assuraient simultanément sa garde et sa surveillance, afin de le «libérer» de son assignation à résidence. Une opération que le New York Times décrit, en reprenant les termes d'un article de The Atlantic publié en mars, comme «une opération de jailbreak».

L'ancienne frappe n'a pas atteint tous ses objectifs. Ahmadinejad a survécu, mais blessé. Selon un proche du dirigeant cité par le New York Times, cette mésaventure l'a profondément refroidi vis-à-vis du plan de changement de régime. Depuis lors, sa localisation et son état de santé demeurent inconnus. Les agences de presse iraniennes avaient dans un premier temps annoncé sa mort, avant de démentir.

Un plan en trois étapes, une réalité tout autre

Le projet israélien était structuré en trois phases successives: frappes aériennes combinées et élimination des chefs du régime, déstabilisation politique via des campagnes d'influence et une offensive kurde, puis effondrement du régime suivi de l'installation d'un «gouvernement alternatif». La première phase s'est en partie matérialisée – Khamenei a été tué le 28 février lors d'une frappe sur son complexe de Téhéran – mais les deux phases suivantes ne se sont pas concrétisées.

Le New York Times note que ce plan reflète une double erreur d'appréciation de la part de Washington et Tel-Aviv: une sous-estimation de la résilience du régime iranien d'une part, et une surestimation de leur capacité à imposer un successeur de leur choix d'autre part. Des sources au sein de l'administration Trump avaient elles-mêmes exprimé des doutes sur la viabilité de l'option Ahmadinejad.

En filigrane de ce plan, la logique vouliat que se reproduise au Moyen-Orient ce qui avait fonctionné au Venezuela, où la capture de Nicolás Maduro avait ouvert la voie à une transition gouvernementale coopérative avec Washington. Le président américain aurait envisagé qu'Ahmadinejad joue en Iran le rôle de Delcy Rodriguez à Caracas. Une analogie que des responsables américains, selon le New York Times, jugeaient eux-mêmes peu convaincante.

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