Dans un Liban épuisé par les crises économiques, institutionnelles et sociales, beaucoup de jeunes ont fini par considérer la politique comme un espace fermé, réservé aux mêmes figures et aux mêmes équilibres traditionnels. Entre frustration, émigration et perte de confiance dans l’État, une génération entière semblait s’éloigner progressivement de la vie publique.
Pourtant, au milieu de cette désillusion collective, certaines initiatives réussissent encore à ouvrir une brèche d’espoir. C’est précisément ce qu’a tenté de faire la deuxième édition du “Youth Mock Parliament – YMP II”, une expérience qui mérite aujourd’hui une attention particulière tant par son ampleur que par les chiffres qu’elle affiche.
Car contrairement aux activités jeunesse classiques limitées aux conférences ou aux débats théoriques, le projet YMP II a choisi une approche beaucoup plus ambitieuse : plonger les jeunes Libanais dans une véritable simulation parlementaire inspirée du fonctionnement démocratique réel.
Campagnes électorales, candidatures, débats, bureaux de vote, élections électroniques, commissions parlementaires, rédaction de propositions de loi, votes… tout a été pensé pour offrir aux participants une immersion concrète dans le travail politique et législatif.
Et les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Plus de 35 000 jeunes se sont inscrits au projet, tandis qu’environ 17 000 électeurs ont effectivement participé au scrutin, avec un taux de participation dépassant les 51 %. Dans un pays où même les élections officielles souffrent souvent d’une forte abstention, cette mobilisation constitue un indicateur particulièrement parlant.
Elle démontre qu’une partie importante de la jeunesse libanaise n’a pas renoncé à l’idée de participer à la vie publique. Au contraire : lorsque les jeunes sentent qu’ils peuvent jouer un rôle réel, ils répondent présents.
Autre élément majeur du projet : la forte participation des femmes.
Dans une région où les femmes continuent souvent à lutter pour obtenir une représentation politique équitable, YMP II a offert une image différente. Les jeunes femmes y ont occupé une place de premier plan, non seulement comme participantes, mais aussi comme candidates, organisatrices, oratrices et actrices du débat public.
Cette présence massive ne représente pas un simple détail statistique. Elle traduit une évolution profonde dans la manière dont la nouvelle génération conçoit la politique. Une politique moins dominée par les logiques traditionnelles de pouvoir et davantage fondée sur la compétence, au dialogue et à la participation.
Le succès de cette expérience est d’autant plus significatif qu’il intervient dans un contexte libanais extrêmement fragile. Le pays traverse une crise de confiance sans précédent envers ses institutions. Beaucoup de jeunes considèrent désormais l’émigration comme leur seul horizon possible.
Dans ce climat, voir des milliers de jeunes consacrer du temps, de l’énergie et de l’implication à une expérience démocratique constitue déjà, en soi, un signal positif.
Bien sûr, un parlement simulé ne changera pas à lui seul la réalité politique du Liban. Mais il peut contribuer à former une nouvelle culture politique. Une culture fondée sur la participation plutôt que le repli, sur le débat plutôt que sur la violence verbale, et sur la citoyenneté plutôt que sur les appartenances étroites.
L’un des messages les plus importants de YMP II réside peut-être précisément là : la jeunesse libanaise ne manque ni d’idées ni de compétences. Ce qui lui manque souvent, ce sont les espaces qui lui permettraient d’exister politiquement.
En donnant cette opportunité à des milliers de jeunes issus de différentes régions et sensibilités, le projet a montré qu’il est encore possible de reconstruire un lien entre la nouvelle génération et la chose publique.
Et dans un Liban qui cherche désespérément une nouvelle classe dirigeante capable de sortir le pays de l’impasse, cette expérience pourrait bien représenter plus qu’une simple simulation. Elle pourrait être le début d’une préparation sérieuse à la relève politique de demain.



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