Suspendue à la dernière minute. Tel a été le sort de la frappe militaire d’ampleur qu’avait prévue de mener Donald Trump, mardi, à l’encontre de l’Iran. Lundi, le président américain est revenu, in extremis, sur sa décision, à la demande des dirigeants du Qatar, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, qui, selon lui, jugent qu’un accord est possible.
Dans la foulée, il a affirmé, devant les journalistes, qu’un accord avec la République islamique restait «très probable». Il a, dans ce sens, ajouté qu’il préférerait parvenir à un tel résultat sans recourir à des attaques, se disant satisfait de ce qu’il a décrit comme des signaux «encourageants» dans les discussions avec Téhéran, sans toutefois en préciser la teneur.
Dans un message publié séparément sur sa plateforme Truth Social, il a toutefois maintenu la pression en rappelant que les États-Unis restaient prêts à lancer une «attaque totale et à grande échelle contre l’Iran à tout moment», en cas d’échec des négociations.
C’est dire que nous nous trouvons, une fois de plus, confrontés à l’habituelle mécanique politique de M. Trump, désormais bien identifiée, presque ritualisée, où la pression maximale s’accompagne toujours d’une porte entrouverte vers la négociation.
Le Golfe, médiateur réel ou prétexte politique ?
Au vu des derniers développements, le rôle des pays du Golfe interroge. Présentés comme des acteurs ayant influencé la décision américaine, ils apparaissent comme des relais diplomatiques capables de peser sur le cours de la guerre. Une lecture qui mérite d’être nuancée, comme le précise le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU et spécialiste des relations internationales.
Interrogé par Ici Beyrouth, il estime que la suspension de la frappe ne relève pas d’une pression décisive exercée par les monarchies du Golfe, mais plutôt d’un positionnement politique américain. «La demande des pays du Golfe est un prétexte», explique-t-il, en soulignant que Donald Trump serait, avant tout, «dans une impasse» et chercherait à en sortir par tous les moyens.
Selon l’expert, le président américain sait que des frappes ne permettraient pas d’obtenir un accord avec l’Iran. «Il cherche donc à maintenir un espace de négociation ouvert», note-t-il. Dans cette logique, la référence aux pays du Golfe remplirait surtout une fonction politique interne, celle de montrer qu’il tient compte des avis extérieurs, tout en cherchant en réalité à éviter le recours aux attaques.
Le général Trinquand va plus loin en relativisant le poids réel de ces États dans la prise de décision américaine. «On ne peut pas parler d’un véritable poids diplomatique structurant à ce niveau-là». D’après lui, les monarchies du Golfe partagent, certes, un intérêt objectif à éviter une escalade, mais leur capacité à infléchir une décision militaire américaine reste limitée.
Il rappelle d’ailleurs que, dans des épisodes précédents de tensions régionales, ces mêmes pays avaient déjà exprimé des réserves sans être nécessairement suivis par Washington, illustrant ainsi les limites de leur influence réelle sur les choix stratégiques américains.
Une stratégie de pression sans issue claire ?
En l’absence de progrès tangibles sur le dossier nucléaire iranien, les déclarations américaines évoquant des avancées ne reposent, selon le général Trinquand, sur aucun élément vérifiable. D’autant plus que Téhéran ne laisse apparaître aucune concession significative, ce qui renforce l’impression d’un dialogue bloqué malgré les déclarations publiques.
Dans ce contexte, la dynamique actuelle pourrait déboucher non pas sur un accord structurant, mais sur une forme de statu quo instable. «Ça finirait probablement par un mauvais accord», estime notre interlocuteur, évoquant un scénario dans lequel l’Iran conserverait ses capacités de négociation et ses leviers stratégiques, notamment autour du détroit d’Ormuz, sans véritable résolution du dossier nucléaire.
Quoi qu’il en soit, qu’il s’agisse d’une annulation, d’un report ou d’une simple réévaluation stratégique, chaque signal envoyé dans le dossier iranien réactive une même question fondamentale. Trump cherche-t-il à éviter la guerre, ou à mieux la préparer si la négociation échoue ?




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