Frappe près de Barakah : ce que l’on sait du site nucléaire émirati visé

Pendant des années, elle avait été présentée comme le symbole d’un Golfe tourné vers l’après-pétrole. Projet colossal ultra-sécurisé, la centrale nucléaire de Barakah, la première du monde arabe, a été brutalement rattrapée par la guerre régionale. Dimanche, une attaque de drones a visé ses abords, dans la région d’al-Dhafra, à l’ouest d’Abou Dhabi. Que s’est-il exactement passé?

Selon les autorités émiraties, trois appareils entrés par la frontière occidentale ont été détectés. Deux d’entre eux ont été interceptés. Le troisième, en revanche, a atteint une zone extérieure de la centrale, provoquant un incendie au niveau d’un générateur électrique situé en dehors du périmètre intérieur du site nucléaire. Dans un communiqué publié par le service de presse du gouvernement local de la capitale, les autorités ont affirmé qu’aucun réacteur n’avait été touché, qu’aucune fuite radioactive n’avait été détectée et que les opérations se poursuivaient normalement. De son côté, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a indiqué suivre la situation de près, tout en confirmant que les systèmes de sûreté nucléaire n’avaient pas été affectés.

Si, à l’heure actuelle, aucune revendication officielle n’a été publiée, plusieurs responsables occidentaux évoquent l’implication possible de groupes armés pro-iraniens opérant en Irak.

Au-delà du choc immédiat provoqué par cette attaque et des premières assurances données par les autorités, l’incident remet en lumière un site dont la portée dépasse largement le seul cadre énergétique. Pour comprendre ce qui a été visé et surtout ce que représente réellement Barakah au niveau de la région, il faut revenir sur la genèse et les caractéristiques de cette centrale hors norme, devenue en quelques années l’un des projets les plus sensibles du Moyen-Orient.

La vitrine nucléaire des Émirats

La centrale nucléaire de Barakah n’est pas une infrastructure ordinaire. Située dans la région d’al-Dhafra, à environ 53 kilomètres au sud-ouest de la ville d’al-Dhannah, sur les rives du Golfe, elle constitue la première centrale nucléaire du monde arabe et l’un des projets énergétiques les plus ambitieux jamais lancés par les Émirats arabes unis.

Le projet a été confié en 2009 à un consortium sud-coréen dirigé par Korea Electric Power Corporation (KEPCO), après l’attribution d’un contrat initial évalué à environ 20 milliards de dollars. Au fil des années, les coûts ont toutefois fortement augmenté, certaines estimations évoquant un coût total ayant dépassé les 30 milliards de dollars. Le financement a reposé sur un mélange de fonds souverains émiratis, de crédits à l’exportation sud-coréens et de financements bancaires internationaux.

Barakah comprend quatre réacteurs nucléaires de type APR-1400, une technologie sud-coréenne à eau pressurisée considérée parmi les plus modernes actuellement en service. Les travaux ont débuté en 2012 pour le premier réacteur, tandis que le quatrième et dernier réacteur a été raccordé au réseau électrique émirati en mars 2024.

À pleine capacité, les quatre réacteurs doivent produire environ 5.600 mégawatts d’électricité et générer près de 40 térawattheures par an, soit environ un quart des besoins électriques des Émirats arabes unis. Les autorités présentent la centrale comme un pilier de leur stratégie de transition énergétique et de réduction des émissions carbone dans le cadre de l’objectif de neutralité climatique à l’horizon 2050.

Aujourd’hui, la centrale est exploitée par Nawah Energy Company, filiale de l’Emirates Nuclear Energy Corporation (ENEC). Le combustible nucléaire est importé, principalement dans le cadre d’accords internationaux supervisés par l’AIEA et par les États-Unis, qui avaient soutenu le programme nucléaire civil émirati comme modèle de développement nucléaire sous contrôle international strict.

Ainsi conçue comme un projet énergétique d’ampleur, la centrale nucléaire de Barakah se retrouve désormais projetée au cœur de la confrontation. Avec elle, c’est toute la question de la protection des infrastructures critiques dans le Golfe qui s’impose comme enjeu central, à la frontière entre sécurité énergétique, stabilité régionale… et risque d’escalade.

 

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