Administration Trump et religieux conservateurs célèbrent les racines chrétiennes de l’Amérique
Des fidèles chrétiens participent à l’événement Roots of Revival au Washington Monument, à la veille de «Rededicate 250: A National Jubilee of Prayer, Praise and Thanksgiving», à Washington, D.C., le 16 mai 2026. ©MATTHEW HATCHER / AFP

Religieux conservateurs et membres de l’administration Trump se retrouvent dimanche à Washington pour un marathon de «prière nationale», destiné, selon la Maison Blanche, à célébrer les racines chrétiennes de l’Amérique mais perçu par certains comme une vitrine quasi officielle pour le nationalisme chrétien.

Ce courant bénéficie d’une plateforme importante depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, que ce soit via les discours de Pete Hegseth, lui-même membre d’une église évangélique ultraconservatrice, sur la guerre en Iran, ou les événements religieux organisés au sein même de la Maison Blanche.

Toute la journée, des membres du clergé, dont de nombreux pasteurs protestants, des évangéliques et des politiques, se relaient pour prier sur la pelouse du National Mall, à deux pas de la Maison Blanche et du Congrès.

Seront honorés «l’histoire» et «les fondations de notre nation, qui a été bâtie sur les valeurs chrétiennes, sur la Bible», a décrit la télévangéliste Paula White, à la tête du «Bureau de la foi» de la Maison Blanche et conseillère spirituelle de Donald Trump, lors d’une intervention dans un webinaire le mois dernier. «Il s’agit véritablement de consacrer à nouveau le pays à Dieu».

«Américains traditionnels»

Une vision critiquée par plusieurs experts, qui réfutent l’idée que les États-Unis aient été fondés comme nation chrétienne.

L’administration Trump fait la promotion d’«une identité américaine ancrée dans le christianisme blanc» ou dans des racines «européennes», affirme Sam Perry, professeur à l’université Baylor (Texas).

Mais ni la Déclaration d’indépendance, ni la Constitution ne mentionnent «la religion, Dieu, ou Jésus», explique Julie Ingersoll, professeure d’études religieuses à l’Université de Floride du Nord. Les seules références se trouvent dans le Premier amendement, qui garantit la liberté de culte, et l’article VI qui «interdit d’exiger une profession de foi religieuse pour accéder à la fonction publique», précise la chercheuse.

Une vingtaine de membres du clergé conservateur, le ministre de la Défense Pete Hegseth ou encore le président de la Chambre des représentants Mike Johnson sont attendus à cet événement inédit devant durer neuf heures.

Le président Donald Trump et le secrétaire d’État Marco Rubio doivent, eux, s’adresser à la foule dans des messages vidéo.

La liste des invités comprend Robert Jeffress, pasteur baptiste du Texas et proche du président Trump, le cardinal Timothy Dolan, ex-archevêque de New York connu pour ses positions anti-immigration et anti-LGBT, ou encore Samuel Rodriguez, pasteur évangélique ayant lu une prière lors de la première investiture de Donald Trump en 2017.

Ils sont tous, à l’exception du rabbin orthodoxe Meir Soloveichik, chrétiens.

Le choix du 17 mai n’est pas un hasard. Il marque une date désignée par le Congrès en 1776 comme journée de «jeûne et de prière» en faveur de la cause révolutionnaire, contre les Britanniques. Moins de deux mois plus tard, le 4 juillet, l’Amérique proclamait son indépendance.

S’il «n’est pas rare de voir un groupe de pasteurs évangéliques se réunir et associer christianisme et nationalisme», il est «très inhabituel» que des membres de l’administration en place y participent, relève Sam Perry.

L’événement de dimanche envoie aussi le message que le christianisme est l’apanage des «Américains traditionnels», face aux autres religions, ou personnes athées, qui sont «mises à l’écart», détaille Julie Ingersoll.

En réalité, explique Sam Perry, «il s’agit moins de la renaissance d’une certaine forme de christianisme que de la promotion d’un mouvement politique utilisant la religion pour justifier certaines positions», notamment anti-immigration.

Par Victoria LAVELLE / AFP

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