UE–Syrie: un rapprochement sous tension migratoire
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L’Union européenne a rétabli lundi dernier son accord de coopération avec la Syrie. Une décision adoptée lors de la visite du ministre syrien des Affaires étrangères, Hassan al-Chibani, à Bruxelles, et qui fait suite à la levée des sanctions contre Damas en 2025.

L’accord, signé en 1977, avait été partiellement suspendu en 2011 à la suite de la répression des manifestations contre Bachar al-Assad. Cette suspension portait sur des dispositions supprimant les restrictions quantitatives à l'importation de certains produits syriens, notamment le pétrole, les produits pétroliers, l'or, les métaux précieux et les diamants.

Selon la Commission européenne, le rétablissement de l’accord «envoie un signal politique clair de l’engagement de l’UE à renouer le dialogue avec la Syrie et à soutenir sa reprise économique». Mais derrière cet objectif économique, l’Union européenne espère aussi favoriser le retour des réfugiés syriens établis en Europe.

Une Europe de plus en plus restrictive

On estime à environ 1,3 million le nombre de réfugiés syriens en Europe, dont la grande majorité, près d’un million, se trouve en Allemagne. Après la chute du président syrien Bachar al-Assad, plusieurs pays européens ont suspendu l’examen des demandes d’asile déposées par des ressortissants syriens, comme la France, l’Allemagne, la Norvège ou encore l’Italie.

Si le traitement des demandes a depuis repris dans plusieurs États membres, on observe un durcissement des décisions et une augmentation des refus. Selon l’Agence de l’Union européenne pour l’asile (EUAA), sur 38.407 demandes d’asile de Syriens, 27.687 ont été refusées en 2025. Selon Reuters, cela correspond à un taux de succès de 28%, alors qu’il était de 90% en 2024.

En Allemagne, le chancelier Friedrich Merz a déclaré fin mars son souhait de rapatrier environ 80% des Syriens présents sur le territoire au cours des trois prochaines années. Une déclaration qui s’explique notamment par l’essor de l’extrême droite dans le pays.

Le nouveau pouvoir syrien plutôt réticent

De son côté, Hassan al-Chibani a affirmé ne pas encourager «le retour des Syriens de manière précipitée et non organisée». «Nous avons prévenu que forcer le retour involontaire et indigne des Syriens conduirait au chaos. La situation en Syrie nécessite la création d'un environnement approprié. Cela nécessite l'implication de la communauté internationale, en particulier de l'Union européenne, pour soutenir le gouvernement syrien dans le processus de reconstruction», a-t-il ajouté.

En effet, la Syrie ne dispose pas actuellement des infrastructures nécessaires pour absorber un retour massif de réfugiés après treize ans de guerre destructrice. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), 12,9 millions de personnes en Syrie restent en insécurité alimentaire. Une partie importante de la population dépend également des transferts financiers envoyés par des membres de leur famille établis à l’étranger. Cela explique la réticence du gouvernement syrien au retour des réfugiés.

Pour les organisations de défense des droits humains, un retour forcé pourrait mettre en danger la vie de milliers de personnes, dans un pays encore marqué par l’instabilité, les destructions et les tensions persistantes.

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