Ni guerre ni paix : l’équation impossible entre Washington et Téhéran

La première semaine de ce mois de mai aura illustré, avec une brutalité particulière, toutes les contradictions qui paralysent les négociations entre Washington et Téhéran. Depuis le cessez-le-feu du 8 avril, aucune des deux parties n'est formellement sortie du cadre de trêve, mais les incidents se sont multipliés dans le détroit d'Ormuz au point de rendre cette accalmie presque théorique. 

Le 4 mai, des forces américaines ont détruit six embarcations iraniennes et intercepté missiles et drones, tandis que les Émirats arabes unis signalaient de nouvelles attaques sur leur territoire. Le 7 mai, des destroyers américains et des positions iraniennes sur l'île de Qeshm ont échangé des tirs, sans que ni Washington ni Téhéran ne prononcent officiellement la rupture. Trump a qualifié ces accrochages de simples escarmouches sans gravité.

C'est dans ce contexte d'hostilité rampante que «Project Freedom», opération américaine visant à guider les navires bloqués à travers le détroit, a été lancé le 3 mai, puis suspendu dès le lendemain. Selon plusieurs médias, l'Arabie saoudite aurait fait savoir à Washington qu'elle ne tolérerait plus l'usage de ses bases aériennes si l'opération se poursuivait, Mohammed ben Salmane ayant refusé de se laisser convaincre lors d'un appel téléphonique avec Trump. 

Un mémorandum en quatorze points au cœur des discussions

La diplomatie a brièvement semblé prendre le dessus. Selon Axios, Washington et Téhéran seraient proches de s'entendre sur un mémorandum d'une page, quatorze points en tout, négocié par Steve Witkoff et Jared Kushner, envoyés de Trump, à la fois directement et via des médiateurs. 

Le document prévoirait un gel de l'enrichissement iranien, la levée progressive des sanctions américaines, la restitution de milliards de dollars d'avoirs gelés et une réouverture graduelle du détroit d'Ormuz sur une période de trente jours, ouvrant la voie à des négociations plus détaillées à Islamabad ou à Genève. 

Sur la durée du moratoire sur l'enrichissement, les positions restent éloignées : l'Iran proposait cinq ans, les États-Unis exigeaient vingt, et la fourchette de négociation tourne autour de douze à quinze ans, selon Axios.

Le 10 mai, l'Iran a transmis sa réponse via le Pakistan. Selon Al Jazeera, Téhéran a décrit sa réponse comme «réaliste et positive», précisant qu'elle portait sur la fin des hostilités, la sécurité maritime dans le Golfe, le programme nucléaire et la levée des sanctions. 

La balle est désormais dans le camp américain. Mais Trump, dans la soirée du même jour, a balayé la proposition sur Truth Social, la qualifiant de «totalement inacceptable» et accusant l'Iran de «jouer à des jeux depuis quarante-sept ans».

Quatre scénarios pour un avenir incertain

L'économiste et ancien conseiller économique de l'administration Clinton, Nouriel Roubini, a esquissé dans les colonnes du média Project Syndicate quatre trajectoires possibles à partir de cette situation. Le premier scénario, celui d'une négociation aboutissant rapidement à la réouverture du détroit, est jugé peu probable, car le régime iranien peut endurer la pression économique du blocus bien plus longtemps que Trump ne peut se permettre de laisser l'inflation grimper avant les élections de mi-mandat. 

Le deuxième scénario est celui du statu quo actuel : une trêve qui se prolonge sans accord, avec un coût économique mondial croissant. Roubini estime qu'il ne peut durer plus de deux à trois mois avant de basculer vers une issue ou une autre.

Le troisième scénario envisage une escalade militaire totale destinée à forcer la reddition ou l'effondrement du régime : ce serait, selon Roubini, la meilleure issue pour l'économie mondiale, à condition que l'Iran capitule effectivement. 

Mais le quatrième scénario, celui d'une escalade incontrôlée, avec des frappes iraniennes massives sur les infrastructures énergétiques du Golfe et un maintien du blocus d'Ormuz, ferait bondir le baril au-delà de 200 dollars et plongerait l'économie mondiale dans une stagflation comparable aux années 1970.

Du côté de l'enjeu nucléaire, le Council on Foreign Relations rappelle que l'Iran conserve assez de matière fissile enrichie à 60 % pour construire environ douze armes nucléaires si le régime décidait de franchir le cap de la militarisation. Le Carnegie Endowment souligne pour sa part que la guerre a paradoxalement durci la conviction iranienne de ne jamais céder sur le droit à l'enrichissement, certains cercles allant jusqu'à rouvrir le débat sur la militarisation – une option que l'opinion publique iranienne semble désormais moins hostile à envisager.

Le Pakistan joue un rôle de médiateur discret mais déterminant. Islamabad pousse Téhéran à «trouver un terrain d'entente», selon Al Jazeera, conscient de l'impact direct du blocus du détroit sur ses propres approvisionnements énergétiques. Le Qatar, la Turquie, l'Arabie saoudite et la Chine sont également en contact étroit avec Téhéran. 

Les prochains jours s'annoncent décisifs : Trump doit se rendre en Chine mercredi, et Pékin, principal importateur de pétrole iranien, a tout intérêt à une désescalade rapide.

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