Le débat sur la loi d’amnistie générale continue de diviser profondément la classe politique, à l’heure où les réunions des commissions parlementaires se poursuivent lundi, pour en débattre. Parmi les dossiers les plus sensibles examinés dans ce cadre figure celui des Libanais ayant trouvé refuge en Israël après le retrait israélien du Liban-Sud, en l’an 2000.
Dimanche, le patriarche maronite, Béchara Raï, a appelé les autorités à inclure dans le projet de loi les anciens réfugiés ayant quitté le Liban après le retrait israélien de 2000, estimant que la loi n° 194 adoptée en 2011 à leur sujet n’avait jamais été concrètement appliquée faute de décrets exécutifs. Quelques jours plus tôt, ce dossier avait également alimenté de vives tensions au sein des commissions parlementaires chargées d’examiner le texte, sur fond de désaccords autour des catégories pouvant bénéficier d’une éventuelle amnistie.
Le sujet a parallèlement été discuté lors d’une réunion tenue, dimanche aussi, au palais de Baabda sous la présidence du chef de l’État Joseph Aoun, en présence de plusieurs députés et responsables politiques, signe de la sensibilité persistante de cette affaire mêlant mémoire de la guerre, justice et réconciliation nationale.
Qui sont les Libanais d’Israël ?
Les «Libanais d’Israël» désignent principalement d’anciens membres de l’Armée du Liban-Sud (ALS), une milice alliée à Israël durant la guerre civile et l’occupation israélienne du sud du pays, ainsi que leurs familles. Après le retrait israélien de mai 2000, des milliers d’entre eux ont quitté le Liban précipitamment, redoutant des représailles et ont trouvé refuge en Israël.
Ils seraient aujourd’hui au nombre d’environ 2.500 à 3.000 personnes, réparties sur le territoire israélien, notamment dans le nord du pays. Beaucoup vivent dans des communautés relativement isolées, avec une intégration incomplète. Chez eux, c’est l’arabe libanais qui est parlé. Dans la sphère publique, c’est à l’hébreu qu’ils s’adonnent.
Leur arrivée en Israël s’inscrit dans un moment de bascule historique. L’ALS, composée de combattants chrétiens maronites, chiites et druzes, avait été créée dans le contexte de la guerre civile et de l’occupation du Liban-Sud. Elle s’est effondrée au moment du retrait israélien, laissant ses membres face à un choix limité. Il s’agissait pour eux d’opter entre rester au Liban et risquer des poursuites pour collaboration ou partir vers Israël avec leurs familles.
Dans les années qui ont suivi, leur statut en Israël est resté ambigu. Certains ont obtenu un statut proche de celui de «nouveaux immigrants», mais beaucoup se décrivent comme des déplacés contraints plutôt que comme des migrants volontaires. Si les premières générations expriment souvent un fort sentiment d’exil et de déracinement, les plus jeunes, eux, sont davantage intégrés, parfois au prix d’une distance culturelle avec le Liban d’origine.
L’amnistie générale au Liban
C’est dans ce contexte historique sensible que s’inscrit aujourd’hui la discussion parlementaire autour d’une éventuelle loi d’amnistie générale. Le texte, toujours débattu en commission, ravive la question du sort des Libanais accusés ou condamnés pour collaboration avec Israël, notamment les anciens membres de l’ALS et certaines personnes restées en Israël.
Sur le plan juridique, la portée d’une telle amnistie dépendrait de sa formulation exacte. Une amnistie générale pourrait, en théorie, effacer certaines poursuites pénales ou condamnations liées à des faits commis pendant la guerre ou l’occupation. Interrogé par Ici Beyrouth sous couvert d’anonymat, un juriste rappelle qu’au Liban, les lois d’amnistie ont toujours été sélectives et politiquement négociées, comme celles adoptées après la guerre civile.
Dans le cas des Libanais d’Israël, la question est particulièrement complexe. Une partie d’entre eux a été condamnée par contumace pour «collaboration avec l’ennemi», un crime lourdement chargé dans le droit libanais. D’autres n’ont jamais été jugés mais restent exposés à des poursuites s’ils revenaient au Liban.
C’est donc dans ce contexte que les défenseurs d’une amnistie élargie avancent un argument de réconciliation nationale. Pour eux, il s’agit de clore les plaies de la guerre et de permettre un éventuel retour de certains exilés. Les opposants, eux, y voient une ligne rouge politique et morale, estimant qu’elle reviendrait à banaliser la collaboration avec Israël, dans un pays où cet acte reste juridiquement et symboliquement parmi les plus sensibles.
À ce stade, aucun consensus ne se dégage et les députés, réunis en commission, travaillent sur un texte encore loin d’un accord final. Ainsi, le sort des Libanais d’Israël dépendra autant des décisions du Parlement que de la capacité du Liban à traiter ses héritages de guerre sans les rouvrir entièrement.




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