Les impasses incontournables, que faire ?
©Ici Beyrouth

La scène moyen-orientale fait face à des impasses incontournables qui se répètent quelles que soient les dynamiques politiques en cours. Constater seulement l’absence de toutes formes de concertation et de médiation régionales pour se rendre à l’évidence d’un paysage politique où règnent l’arbitraire et les rapports de force en état de mutation permanente. Il est inutile de faire référence à la Ligue arabe ou à toute autre forme de fédération régionale, pas plus qu’aux instances d’arbitrage international. Cela est vrai dès lors que ces instances renvoient à des dictatures tribales, religieuses ou militaires ne disposant d’aucun lien de civilité et de citoyenneté propres aux États de droit. Comment l’absence des liens électifs caractéristiques des États de droit peut-elle renvoyer à autre chose que les rapports de force et la violence comme médiateurs relationnels et instances de régulation dans un ensemble régional qui se structure sur la base de conflits aux nouages multiples, non reconnus et non susceptibles d’arbitrage rationnel ? 

Les négociations entre les États-Unis et l’Iran butent principalement sur l’absence d’une plateforme diplomatique et d’une grammaire à partir de laquelle la négociation peut procéder. Or comment un échange est-il capable d’évoluer en l’absence d’une règle commune ? Cette dernière pourrait aider à l’amortissement des rapports de force au bénéfice d’un mécanisme de négociation établi sur la réciprocité morale et la gestion des conflits d’une manière un tant soit peu rationnelle. L'arbitraire des volontés est la seule instance à laquelle nous renvoient les dynamiques de conflit dans cette région du monde. Dès lors que la question du nucléaire, des voies maritimes mondiales, des sanctions internationales, des guerres par procuration dans leurs versions civile, interétatique, panislamique, des régimes de militarisation des conflits, est abordée de manière unilatérale sur la base des desseins exclusifs du régime iranien, de sa survie et de la reconnaissance de sa suzeraineté, il est inutile d’attendre quoi que ce soit d’une diplomatie étriquée et tronquée au point de départ. 

Comment faire évoluer une négociation entre des politiques de puissance que tout oppose et où la réconciliation ne figure nulle part dans le script diplomatique ? Il s’agit d’un scénario d’arrêt des hostilités dans un contexte où les rapports de force peuvent et doivent trancher dans des conflits et sur des enjeux irréconciliables. On ne voit pas comment mettre fin à une guerre qui doit être remportée afin que la voie diplomatique puisse reprendre ses droits. Le fait de minimiser l’importance des acquis militaires et stratégiques de la coalition américano-israélienne, et de pinailler sur la survie du régime iranien, relève non seulement du déni des réalités mais également de la malveillance de certaines mouvances idéologiques et politiques aux États-Unis et au sein de l’Union européenne. 

Les œillères idéologiques semblent prévaloir sur l’analyse des enjeux et des dynamiques en cours. Autrement, l’hypothèse des contre-alliances ne semble pas fonctionner et on ne voit pas comment l’Iran va pouvoir déjouer la dynamique fatale qu’il a engagée depuis le 7 octobre 2023. La survie du régime est mal desservie au stade où nous en sommes, il aurait fallu se saisir en temps opportun pour sauver ce qui pouvait l’être. Sachant que l’enrayage de la dynamique iranienne a déjà infléchi le cours des événements de manière irréversible, tout le reste est question de temps. Les régimes totalitaires ne sont pas acteurs de négociation, la seule manière de s’y prendre dans leur cas est de les défaire.

Le cas du Liban s’inscrivant dans la même trame conflictuelle bute sur les mêmes difficultés dans la mesure où le Hezbollah et ses alliés se refusent à toute négociation qui s’effectuerait en dehors de leur emprise. Le refus catégorique qu’ils opposent aux négociations tient moins au principe qu’à la qualité des négociateurs. Leur perte de contrôle de la politique étrangère de l’État libanais les amène à en contester la représentation. Ils revendiquent la représentation et veulent en tout état de cause imposer l’agenda des négociations et définir les finalités qui leur sont assignées. 

La relance de la dynamique guerrière à partir du Sud-Liban ne relève pas d'une coïncidence ; elle fait suite à la politique obstructionniste du régime iranien et au mécanisme de déraillement des négociations dans leur ensemble. Ce qui explique la détermination du régime iranien à vouloir annexer l’agenda libanais. L’État libanais face aux verrouillages multiples opposés par les mouvances chiites est sommé de trancher dans ses choix, ne serait-ce que pour contenir la violence en cours et préparer la voie à une négociation d’ensemble qui met fin aux cycles de violence qui dominent le paysage libanais depuis plus de sept décennies. 

Le pouvoir exécutif fait face à ses contradictions internes. Il est également confronté aux impensés d’une culture de l’adversité cultivée à l’endroit d’Israël et des Juifs. Le contexte politique est marqué par les clivages idéologiques et stratégiques qui dominent les théâtres politiques libanais et régional, ainsi que par l'incapacité du pouvoir libanais à se donner une autonomie morale et opérationnelle. La réponse ambiguë à l’invitation du président américain répercute ces contradictions et leur fait écho à toutes les étapes de l’élaboration et de la mise en œuvre de cette démarche diplomatique controversée. La préemption des négociations et la poursuite des dynamiques guerrières nous posent des défis significatifs. Elles nous projettent dans des scénarios de reconfiguration géostratégique et géopolitique où des mutations s'opèrent et de nouveaux paradigmes se mettent en place. L’ennui est que le pouvoir libanais démontre son incapacité au réajustement et à aborder la question à partir de nouveaux prémisses et d’une démarche de rupture.

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