Le président du Rassemblement national Jordan Bardella a récemment rencontré l’ambassadeur d’Allemagne en France, Marine Le Pen celui d’Israël et tous deux l’émissaire de Donald Trump à Paris, signes de l’intérêt croissant des chancelleries étrangères pour le parti d’extrême droite français, à un an de la présidentielle.
Longtemps tenu à distance sur la scène diplomatique française en raison de son héritage politique, le Rassemblement national (RN) voit progressivement les portes des ambassades s’ouvrir alors que les sondages placent ses dirigeants parmi les favoris du scrutin de 2027.
Selon des sources concordantes, Jordan Bardella a rencontré en février l’ambassadeur allemand Stephan Steinlein lors d’un entretien discret à Paris, qui n’avait pas été rendu public.
«Oui, ils se sont rencontrés», reconnaît-on au parti à la flamme. Presque banal, à en croire l’entourage du jeune leader nationaliste, qui verrait ainsi «de nombreux ambassadeurs dans le cadre de ses fonctions de président du RN, et de président de groupe au Parlement européen».
Cette rencontre revêt une portée particulière pour Jordan Bardella, qui pourrait devenir le candidat du RN à la présidentielle si la cour d’appel de Paris confirme, le 7 juillet, l’inéligibilité de Marine Le Pen, condamnée fin mars 2025 à cinq ans d’inéligibilité avec application immédiate dans l’affaire des assistants parlementaires européens de son parti.
Déjà champion des sondages, M. Bardella peut en profiter pour faire valoir sa «haute considération pour la relation franco-allemande» et défendre le «dialogue nécessaire» avec ce «partenaire indispensable de la France».
Un voisin qu’il s’agira d’avoir de son côté, avant de se confronter à la Commission européenne d’Ursula von der Leyen, les deux dirigeants du RN ont assuré que leur premier déplacement en cas de victoire serait à Bruxelles.
Quitte à donner quelques gages: selon un participant à cette réunion, la discussion a permis d’identifier «des convergences» sur plusieurs sujets, «notamment la discipline budgétaire» si cruciale outre-Rhin.
Parler à tout le monde
Du côté de l’ambassade d’Allemagne, l’absence de démenti dit toute l’incommodité d’une situation où l’on assume «d’entretenir des contacts avec toutes les forces politiques du pays hôte», tout en se refusant à «commenter la manière dont ces contacts ont lieu et le niveau auquel ils se situent».
Pourtant, selon une autre source diplomatique, les «contacts» étaient établis depuis plusieurs mois au moins, à un «niveau» inférieur.
L’épisode rappelle, dans un autre registre, l’entrevue inédite de Mme Le Pen avec l’Israélien Joshua Zarka mi-avril. «L’ambassadeur a reçu tous les partis sauf LFI», s’était contentée d’indiquer la représentation de l’État hébreu, comme pour minimiser la portée de l’événement.
Mais pour la fille de Jean-Marie Le Pen, le simple écho de cette invitation a parachevé quinze ans de «dédiabolisation» d’un parti passé de fer de lance de l’antisémitisme à «meilleur bouclier des Juifs de France».
Le tout sans même une image, alors que la veille elle posait au côté de l’ambassadeur du Liban, Rabie El Chaar, qui la remerciait pour «l’expression de sa solidarité» avec le pays du Cèdre et son «soutien aux initiatives (pour) instaurer un cessez-le-feu»... avec Israël.
Parler à tout le monde, pour apparaître incontournable. Comme lorsque l’Américain Charles Kushner a fait savoir en décembre qu’il avait reçu Mme Le Pen et M. Bardella, photo à l’appui. Curieux de connaître «leurs vues de ce qui attend la France», l’envoyé de Donald Trump avait «apprécié cette opportunité d’en savoir plus sur le programme économique et social du Rassemblement national».
Peu importe leur volonté affichée de se distancier de l’actuel occupant de la Maison Blanche. Les deux présidentiables avaient eu droit aux mêmes égards, avant eux, que leurs rivaux: l’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron, Édouard Philippe, et l’ex-ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, tous deux candidats déclarés à la présidence de la République.
Par Gabriel BOUROVITCH / AFP
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