Le guide suprême iranien défie les États-Unis, coup de chaud sur le pétrole
Une femme tient un portrait du guide suprême iranien Mojtaba Khamenei lors d’un rassemblement en soutien à l’Iran sur la place Tahrir de Bagdad, le 2 avril 2026. ©Photo by AHMAD AL-RUBAYE / AFP

Le guide suprême iranien a affirmé jeudi que les États-Unis avaient subi une «défaite honteuse» face à son pays, en pleine remontée des tensions qui ont fait brièvement bondir les cours du pétrole à 126 dollars le baril, un niveau inédit depuis 2022.

Si un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril, les États-Unis imposent un blocus des navires iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du détroit d’Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

Alors qu’un haut responsable américain a évoqué une possible prolongation de cette mesure «pendant des mois», la République islamique a de nouveau défié son ennemi.

«Deux mois après le plus grand déploiement militaire et l’agression menés par les tyrans de ce monde dans la région, et après la défaite honteuse des États-Unis, un nouveau chapitre s’ouvre» pour le Golfe et le détroit d’Ormuz, a lancé le guide suprême, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, dans un message écrit. Blessé dans des frappes, il n’a pas été vu en public depuis sa nomination.

«Frappes douloureuses» 

Le président iranien Massoud Pezeshkian a dénoncé lui le blocus américain comme un «prolongement des opérations militaires».

Côté américain, l’armée se targue pourtant du succès de cette opération, avec des dizaines de pétroliers empêchés selon elle de quitter l’Iran.

Le président américain Donald Trump a jugé le blocus «un peu plus efficace que les bombardements», dans un entretien avec le site américain Axios. Mais selon le même média, le président américain devait être briefé jeudi par l’armée sur de possibles nouvelles actions militaires.

Israël, qui avait attaqué l’Iran avec les États-Unis le 28 février, a prévenu qu’il pourrait «devoir agir à nouveau», afin que Téhéran ne «redevienne pas une menace», selon le ministre de la Défense, Israël Katz.

Le commandant de la Force aérospatiale du Corps des Gardiens de la Révolution, armée idéologique de l’Iran, Majid Moussavi, a de son côté averti sur la télévision d’État que même une «brève» opération ennemie entraînerait «des frappes douloureuses, prolongées et étendues».

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Malgré la trêve et de premières discussions le 11 avril à Islamabad, la diplomatie n’a pas retrouvé ses droits.

«Plus grave crise énergétique» 

Face à la perspective d’un enlisement du conflit, le Brent, la référence mondiale du pétrole brut, a brièvement dépassé jeudi les 126 dollars, un sommet depuis début 2022 lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Après ce coup de chaud, le baril a reflué autour de 114 dollars peu avant 16H30 GMT.

En Iran, si la vie a repris son cours, entre cafés bondés et promeneurs profitant du temps printanier, des habitants oscillent entre détresse et fatalisme, sur fond de détérioration de la situation économique et d’affaiblissement de la monnaie.

«C’est tellement démoralisant», témoigne Morteza, un informaticien téhéranais joint par une journaliste de l’AFP à Paris: «la République islamique est toujours en place, des innocents ont vu leurs vies détruites lors de cette guerre», dit-il alors que plane la menace d’une reprise des hostilités.

«Les États-Unis cherchent probablement une action militaire décisive qui obligerait l’Iran à capituler. Cela ne fonctionnera pas», a prévenu sur X Danny Citrinowicz, chercheur à l’Institut d’études de sécurité nationale de l’université de Tel-Aviv. «Ce que 40 jours de frappes soutenues n’ont pas réussi à obtenir ne sera pas soudainement réalisé» par de nouvelles attaques.

Pendant que les négociations piétinent, les répercussions du blocage d’Ormuz se font chaque jour un peu plus sentir pour l’économie mondiale, entre pénuries rampantes, poussées d’inflation et révisions à la baisse de la croissance.

«Le monde est confronté à la plus grave crise énergétique de son histoire», a jugé le patron de l’Agence internationale de l’Énergie, Fatih Birol.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres s’est lui aussi alarmé de «l’étranglement» de l’économie planétaire en raison de la paralysie du détroit.

Et la Banque centrale européenne (BCE) a averti de «l’intensification» des risques pour l’inflation et la croissance en zone euro.

AFP

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