Ils sont très discrets. Mais lorsque ce conflit s’achèvera, par un accord, un statu quo ou une dégradation supplémentaire, Pékin et Moscou pourraient bien sortir parmi les principaux bénéficiaires.
C’est l’une des incidentes de cette crise. Les États-Unis et Israël frappent, l’Iran dit caracoler de victoire en victoire. Et pendant ce temps, la Chine sécurise ses approvisionnements énergétiques.
Les chiffres sont connus, mais leur lecture a changé avec la guerre. Depuis le durcissement des sanctions occidentales contre Téhéran , la Chine absorbe l’essentiel des exportations pétrolières iraniennes, autour de 80 %, soit plus d’un million de barils par jour. Une partie de ce brut est achetée à « prix d’ami » par des raffineries indépendantes. Officiellement, ces flux n’existent pas, les statistiques chinoises n’enregistrent plus d’importations iraniennes directes depuis 2022. Dans les faits, les cargaisons transitent via des circuits détournés, souvent réétiquetées ailleurs. Tout le monde le sait et…se tait.
La hausse des prix du pétrole joue aussi en faveur de Pékin, mais d’une autre manière. Elle accélère la bascule vers l’électrique sur de nombreux marchés dans le monde, ce qui profite directement aux constructeurs de voitures chinois qui se frottent les mains. Goûtez l’ironie. Pékin se retrouve fournisseur de la transition énergétique mondiale pendant que l’Occident se bat pour rouvrir un détroit.
Tout cela commence à sérieusement énerver les américains qui ont accusé la Chine de fournir des composants de missiles à l’Iran. Donald Trump est même allé jusqu’à menacer d’imposer à Pékin des droits de douanes faramineux. Le gouvernement chinois nie et appelle à…la sagesse!
Côté russe, la logique est différente, mais tout aussi pernicieuse. Moscou maintient un soutien calibré à Téhéran. Les échanges militaires entre les deux pays ne datent pas de cette crise : drones contre munitions, composants et renseignements. La mer Caspienne, cette mer intérieure inaccessible aux flottes occidentales, joue ici un rôle clé, comme voie de transit protégée des regards extérieurs. Avant même l’escalade actuelle, ces circuits étaient déjà actifs, notamment dans le cadre de la guerre en Ukraine.
La Russie n’a aucun intérêt à une défaite iranienne, mais pas davantage à une confrontation directe avec les États-Unis. Elle ajuste donc son implication, en maintenant un niveau d’aide suffisant pour éviter l’effondrement, sans franchir un seuil qui l’exposerait frontalement. Et « bonus » appréciable pour Moscou, chaque tension supplémentaire au Moyen-Orient détourne une partie de l’attention et des ressources occidentales du front ukrainien.
C’est dans ce contexte que l’offre de médiation de Vladimir Poutine prend tout son sens. Le Kremlin s’est dit prêt à faciliter un règlement entre Washington et Téhéran. Le coup russe classique. S’imposer comme interlocuteur incontournable dans un conflit auquel on a, directement ou indirectement, contribué.
Moscou redevient un passage obligé sans avoir pris de risque majeur. Pékin consolide ses intérêts économiques sans engagement militaire prouvé.
Plus le conflit dure, plus leurs rôles deviennent difficiles à contourner.
Pendant que Washington négocie une sortie de conflit, d’autres dynamiques se poursuivent dans l’ombre. Les flux énergétiques s’adaptent et les circuits logistiques contournent les sanctions. Certains commencent même à faire les plans de futurs pipelines et gazoducs qui passeraient par des contrées moins sujettes à des crises à répétition que les nôtres.
Les absents ne le sont qu’en apparence. Et pour l’instant, ils avancent. A peine masqués.




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