Les interminables intermèdes
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La diplomatie des intérims est un trait permanent de la soi-disant diplomatie iranienne si l’on veut bien concéder à l’Iran des mollahs un statut d’État.  Alors que le régime se recommande d’une dystopie islamiste qui rejette l’idée même de l’État territorial et des mandats de souveraineté qui lui sont rattachés, à moins que cela n’arrange ses intérêts de circonstance. L’autre aspect est celui de la politique discrétionnaire qu’il s’autorise pour justifier un interventionnisme idéologique basé sur l’idéal régulateur de l’oumma islamique dans sa version chiite et étroitement lié à la politique impériale du régime iranien. 

Ces registres kaléidoscopiques mutants sont instrumentalisés au bénéfice de la politique putschiste théorisée sous le label des “plateformes opérationnelles intégrées”. À cela s’ajoute un autre paradigme récemment intégré au logiciel du régime, celui du montage d’un ordre altermondialiste conçu conjointement avec les utopies désarmées (Utopia desarmada) des Amériques latines et des autres variants de l’ordre cryptocommuniste dont il se réclame au gré des circonstances. C’est à partir de cette architecture complexe qu’il faudrait aborder ce régime islamiste totalitaire aux visées impériales. 

L’affrontement avec ce régime s’est effectué tout au long des dernières décennies et n'a jamais cessé, de manière frontale ou indirectement. La nature agonistique du régime est inhérente à sa configuration aussi bien idéologique que stratégique et il serait inutile de s’y référer en dehors de la conflictualité qui le définit. Toute subtilité analytique qui tente de l’en distinguer relève du paralogisme. La dynamique guerrière qu’il a lancée à partir du 7 octobre 2024 résume toute la carrière de ce régime et nous renvoie à une évidence première, celle de l’impossibilité d’adopter les schémas classiques de la diplomatie interétatique et de ses modes opératoires.  La sournoiserie de cette diplomatie est loin d’être accidentelle, elle fait partie d’un répertoire d’action dont il use afin de déjouer les politiques qu’il juge compromettantes et qui mettent en danger sa survie. La référence au droit international et à l’arbitrage diplomatique fait partie des manœuvres dont il se sert pour contenir les contraintes occasionnelles. 

La contre-offensive israélienne du 7 octobre 2023 est à l’origine d’un nouveau cycle où il ne s’agit plus de la recherche d’accommodements intérimaires avec le régime iranien, mais du changement du canevas stratégique qui a permis à ce régime de s’imposer comme un intermédiaire obligé sur les plans régional et international. Toute démarche diplomatique qui tente d’occulter le changement de paradigme risque de passer à côté des véritables enjeux de cette ultime dynamique guerrière et de ses implications géopolitiques. Il est impossible de stabiliser le Moyen et le Proche-Orient avec un régime dont la pérennité est redevable aux politiques de déstabilisation inhérentes à sa vision politico-stratégique et à ses doubles théologiques et sotériologiques. Le modus diplomatique transactionnel adopté par le président Trump bute sur des limites imposées par la nature du régime et qui sont difficilement contournables. 

La destruction des plateformes opérationnelles du régime est une étape essentielle dans l’éradication progressive de ce régime, et toute autre perspective ressort à des illusions d’optique. La dynamique devrait être menée à terme si l’on veut un processus de pacification dans cette région qui évolue dans l’apesanteur et l’absence de repères normatifs et systémiques. Toute illusion pacifiste avec le régime iranien peut tourner à tout moment en cauchemar, comme l’attestent les dernières péripéties de la guerre en cours. La paranoïa sécuritaire du régime explique le déchaînement aveugle des attaques balistiques qui se sont étalées sur l’ensemble du Moyen-Orient, à commencer par les pays du Golfe jusqu’au pourtour méditerranéen. 

La tentative de ressusciter les relais stratégiques pulvérisés par les Israéliens en dit long sur le sentiment d’insécurité qui l’habite de manière inhérente. À quoi cela servirait de négocier la sécurité des voies de navigation internationale avec un régime qui entretient un rapport discrétionnaire et sélectif au droit international et à la communauté internationale ? De toute manière, tout engagement pris est sujet à révision et à désengagement unilatéral. Pourquoi reprendre la question de l’enrichissement de l’uranium lorsque les régimes d’inspection de l’agence atomique sont modulés au gré des circonstances et doublés des politiques de sabotage allant dans tous les sens et remettant en cause la paix régionale et internationale ? Autrement, à quoi servent les tractations de contrôle des armes balistiques dès lors que la toile de fond idéologique de l’impérialisme musulman sert d’argumentaire dans les négociations en cours ? 

Tout ce dossier est couronné par la politique de terreur d’un régime qui s’est autorisé le meurtre de 80 000 citoyens en moins d’une semaine sans aucun embarras et avec la complicité d’une communauté internationale. Les arguments de realpolitik qui se recommandent d’une logique prudentielle tournent court parce que l’illusion d’une recherche négociée de paix n’a d’autre “ultima ratio” que la survie du régime, le maintien de son statut d’exception (Ausnahmezustand) et la modulation des relations internationales sur la base aléatoire de ses intérêts mutants. L’évocation du droit international par la Chine et la Russie, la gauche wokiste et les pacifismes douteux, s’effectue à partir d’un déni, celui du régime de terreur qui gouverne l’Iran, cruellement symbolisé par les grues de pendaison qui ponctuent le paysage urbain. 

La défaite de ce régime est une question de court terme, à laquelle il faudrait se remettre après l’échec prévisible des négociations. Il est inacceptable de céder aux conditions posées par un régime dont le seul but est la survie au détriment de la paix et de la réhabilitation de l’État de droit comme les deux pendants de la véritable politique de normalisation dans une région ballotée entre des extrémismes islamiques meurtriers. La défaite de l’État islamique (DAECH) sert de guide et d’exemple à suivre dans le cadre d’une diplomatie de fin de conflits. Or celle-là n’a aucune chance en l’absence d’un nouveau rapport de force qui la rende possible.

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