Les pays signataires du traité de non-prolifération nucléaire (TNP) se réunissent à l'ONU à partir de lundi avec peu d'espoir d'avancées au moment où les tensions entre les puissances nucléaires font craindre une nouvelle course à l'arme atomique.
En 2022, lors de la dernière conférence de révision de ce traité considéré comme la pierre angulaire de la non-prolifération, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait déjà averti que l'humanité était «à un malentendu, une erreur de calcul de l'anéantissement nucléaire.
La situation est loin de s'être arrangée depuis.
«Je crois qu'il y a un sentiment partagé de crise» de tous les États parties au traité, a commenté vendredi Izumi Nakamitsu, haute représentante de l'ONU pour le désarmement.
«Nous n'avons plus aucun accord bilatéral de contrôle des armes entre les deux plus grandes puissances nucléaires», a-t-elle souligné, en référence à l'expiration en février du traité New Start entre la Russie et les États-Unis.
Selon le dernier rapport de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), les neuf États dotés de l'arme atomique (Russie, États-Unis, France, Royaume-Uni, Chine, Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord) possédaient 12.241 ogives nucléaires en janvier 2025, dont 90% entre les mains des États-Unis et de la Russie.
Et «nous commençons à voir une augmentation quantitative des capacités nucléaires dans tous les États nucléaires», s'est inquiétée Izumi Nakamitsu. Elle a déploré «l'inversion» de la tendance au désarmement amorcée à la fin de la guerre froide, portée par les «tensions et la compétition entre États nucléaires».
Les pays du G7 se sont par exemple dits «préoccupés» vendredi par «l'important renforcement et la modernisation des arsenaux nucléaires de la Chine et de la Russie».
Donald Trump a, lui, indiqué son intention de mener de nouveaux essais nucléaires parce que «d'autres pays le font aussi».
Et le président Emmanuel Macron a présenté en mars une évolution majeure de la dissuasion nucléaire française, prévoyant notamment une augmentation de l'arsenal (290 têtes actuellement).
Intelligence artificielle
«Il est évident que la confiance s'érode, à la fois au sein du TNP et en dehors», commente auprès de l'AFP Seth Shelden, de la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN), lauréate du prix Nobel de la paix.
Le TNP, entré en vigueur en 1970 et signé par la quasi-totalité des États de la planète à l'exception notamment d'Israël, de l'Inde et du Pakistan, vise à empêcher la propagation des armes nucléaires, à favoriser un désarmement complet et à promouvoir la coopération pour l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire.
Alors que les décisions lors des conférences d'examen du traité sont prises par consensus, les deux précédentes avaient échoué à adopter une déclaration politique finale. En 2015, en raison de l'opposition notamment des États-Unis, principal allié d'Israël, à la création d'une zone exempte d'armes nucléaires au Moyen-Orient ; en 2022 à cause du blocage russe lié notamment à des références à la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia occupée par la Russie.
Les sujets de friction susceptibles de bloquer tout consensus cette année sont légion, de la guerre en Ukraine au programme nucléaire iranien, sans oublier le programme nucléaire de la Corée du Nord (qui s'est retirée du TNP en 2003).
Même en cas de troisième désaccord consécutif, le traité «ne va pas imploser du jour au lendemain», a noté Christopher King, secrétaire général de la conférence. Mais avec cette «attitude dangereuse», il risque au fil du temps de «s'effilocher».
Autre sujet sensible qui pourrait s'inviter à cette conférence d'ici le 22 mai : l'intelligence artificielle, alors que certains réclament aux puissances nucléaires un engagement à un contrôle humain des armes nucléaires.
«Nous ne sommes pas encore dans un monde où l'IA elle-même a le doigt sur le bouton, nous n'avons pas Skynet», note Seth Shelden, en référence au tout-puissant système informatique des films «Terminator».
«Mais nous voyons l'évolution d'un nouveau type de dystopie où l'IA fait désormais partie des systèmes nucléaires d'alerte précoce et d'aide à la décision (...), ce qui pourrait augmenter le risque d'utilisation accidentelle ou intentionnelle d'armes nucléaires"», met-il en garde.
Amélie Bottollier-Depois, avec AFP



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