Un été sous haute tension s’annonce pour le transport aérien. À l’échelle mondiale, la saison des voyages estivaux est fragilisée par l’envolée du prix du kérosène — carburant des avions — sur fond de chaînes d’approvisionnement sous pression, dans un contexte géopolitique marqué par les tensions entre l’Iran et les États-Unis. Au-delà de la flambée des tarifs aériens, c’est tout le modèle économique des compagnies qui vacille: l’enjeu n’est plus seulement la rentabilité, mais la pérennité même des activités.
Les compagnies aériennes se réorganisent
La disponibilité du kérosène suscite des inquiétudes croissantes. Malgré l’ouverture des marchés de l’énergie, de grands transporteurs peinent à sécuriser les volumes nécessaires. Face à ces contraintes, ils réajustent leurs opérations afin de préserver, autant que possible, la régularité de leurs vols.
L’Union allemande du transport aérien a ainsi mis en garde contre une baisse sensible du trafic durant la prochaine période de pointe. De son côté, la compagnie néerlandaise KLM a réduit son programme de vols, annonçant l’annulation de 80 rotations aller-retour au départ de l’aéroport de Schiphol, à Amsterdam, au cours du mois prochain. Elle rejoint des transporteurs tels que United Airlines, Lufthansa ou Cathay Pacific, qui ont eux aussi revu leurs capacités à la baisse pour limiter les pertes.
Une capacité mondiale en recul
Selon le cabinet d’analyse aéronautique Cirium, la capacité opérationnelle mondiale pour le mois de mai a été réduite d’environ 3%. Presque toutes les grandes compagnies (19 sur 20) ont diminué le nombre de leurs vols. Le cabinet a également revu ses prévisions de croissance pour l’année: initialement estimée entre 4% et 6%, elle pourrait, dans certains scénarios, se transformer en contraction pouvant atteindre 3%.
Les perturbations ont débuté avec l’escalade des tensions entre l’Iran et les États-Unis. D’abord concentrées au Moyen-Orient, elles se sont progressivement étendues aux grandes compagnies internationales.
+ 60% de dépenses opérationnelles
En avril 2026, le prix du kérosène — premier poste de dépenses d’un transporteur aérien — a atteint 1.900 dollars la tonne, contre 750 dollars avant le conflit, soit bien au-delà des prévisions. Si le prix du pétrole a progressé de 50% depuis le 28 février, celui du kérosène a, lui, parfois bondi de 200% à 250%.
Un avion consomme en moyenne cinq tonnes de kérosène par heure. En février, le coût horaire s’élevait à environ 3.500 dollars; il atteint aujourd’hui près de 9.500 dollars. Résultat: le coût d’exploitation d’un vol a grimpé d’environ 60%, un niveau suffisant pour faire basculer les comptes d’une compagnie aérienne dans le rouge. Le carburant devient ainsi une variable critique dans l’équation de rentabilité.
Des billets tirés vers le haut, mais pas mécaniquement
Cette hausse sera inévitablement répercutée sur les passagers, soit via des surcharges carburant, soit directement sur le prix des billets. Pour autant, une augmentation de 60% du kérosène ne se traduit pas automatiquement par une hausse équivalente des tarifs.
Le carburant représente en effet entre 35% et 40% du prix d’un billet. Sa formation dépend également d’autres facteurs: coûts d’équipage, maintenance, assurances, redevances aéroportuaires, entre autres.
À Beyrouth, une situation sous contrôle… pour l’instant
À l’aéroport international de Beyrouth, les tensions sur l’approvisionnement ne se font pas encore sentir. Le transporteur national MEA utilise près de la moitié des cuves de stockage de carburant d’aviation. Avec la réduction du trafic et le recul du nombre de compagnies desservant la capitale, la consommation a chuté d’environ 70%.
Toutefois, le regroupement des importateurs de carburant au Liban prévient qu’à partir de mai, une hausse des coûts sera inévitable. En cause: la reprise des importations dans des conditions plus onéreuses, notamment en raison du transport entre les raffineries et les points de déchargement.
Des impacts financiers majeurs
Cité par l’AFP, le PDG de United Airlines, Scott Kirby, a alerté sur l’ampleur des répercussions financières. Si les prix actuels du kérosène se maintiennent, ils pourraient alourdir la facture annuelle de la compagnie d’un milliard de dollars. Il avait déjà indiqué, lors d’une précédente conférence financière, une hausse d’environ 400 millions de dollars des coûts de carburant depuis le début du conflit.




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