Iran: comprendre la stratégie de pression de Donald Trump
©Ici Beyrouth

Donald Trump alterne depuis le début de la guerre entre menaces militaires directes et signaux diplomatiques contradictoires. Après avoir évoqué la possibilité de frappes contre des infrastructures stratégiques iraniennes à l’approche de l’expiration du cessez-le-feu de 15 jours entré en vigueur le 17 avril, il a finalement annoncé sa prolongation sans échéance précise. Dans le même temps, le dispositif de pression maritime dans le détroit d’Ormuz reste en place.

Cette séquence s’inscrit dans la continuité de la doctrine de «maximum pressure», relancée après le retrait américain en 2018 de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, conclu en 2015.

À l’époque, Washington avait rétabli des sanctions massives contre les secteurs bancaire, énergétique et maritime iraniens, provoquant une contraction de près de 6,8% du PIB iranien en 2019, selon le Fonds monétaire international (FMI) et une chute des exportations pétrolières de 2,5 millions de barils par jour à moins de 500.000 barils.

Aujourd’hui, la stratégie américaine poursuit trois objectifs: durcir un futur accord nucléaire, réduire les ressources financières de l’Iran et affaiblir ses relais régionaux.

Une pression économique

Depuis le 13 avril, Washington impose un contrôle renforcé des flux maritimes liés à l’Iran, accentuant la pression sur une économie fortement dépendante des hydrocarbures.

Le choix du détroit d’Ormuz est ainsi hautement stratégique. Large de seulement 39 kilomètres à son point le plus étroit, ce corridor maritime concentre environ 20% du pétrole mondial et plus du quart du commerce maritime mondial de gaz naturel liquéfié, selon l’Agence internationale de l'énergie.

En temps normal, et malgré les sanctions, l’Iran exporte entre 1,3 et 1,7 million de barils par jour, principalement vers la Chine, générant jusqu’à 140 millions de dollars quotidiens.

Aujourd’hui, l’impact du blocus ne se limite pas à la chute immédiate des exportations. Une perturbation prolongée des flux peut rapidement saturer les capacités de stockage terrestres et maritimes iraniennes. Les terminaux pétroliers, notamment sur l’île de Kharg, principal hub d’exportation du pays, risquent de voir leurs réservoirs atteindre leurs limites, tandis que des pétroliers transformés en unités de stockage flottantes demeurent immobilisés en mer.

À mesure que ces capacités se remplissent, certains puits et sites de production peuvent être contraints de ralentir, voire de suspendre temporairement l’extraction. Au-delà du manque à gagner immédiat, ces arrêts forcés peuvent engendrer des pertes techniques et fragiliser certains gisements.

Une telle situation affecterait directement le budget iranien, largement financé par les revenus énergétiques qui alimentent les dépenses publiques, les subventions et les activités du Corps des gardiens de la révolution islamique ainsi que celles des proxies iraniens dans la région.

Une pression sur le nucléaire

La stratégie américaine ne vise pas uniquement l’économie. Washington exige notamment un plafonnement drastique du programme nucléaire iranien, l’arrêt de l’enrichissement à haut niveau et le transfert ou la destruction d’une partie du stock d’uranium enrichi.

Selon les derniers rapports de l’Agence internationale de l'énergie atomique, l’Iran possède plusieurs tonnes d’uranium enrichi, dont une partie à 60%, un niveau proche du seuil militaire de 90%. Les experts estiment qu’en cas de décision politique, le «breakout time» — le temps nécessaire pour produire suffisamment de matière fissile pour une arme — se compte désormais en semaines plutôt qu’en mois.

Une pression politique

Le pari américain repose aussi sur une hypothèse politique: accentuer les fractures internes du régime iranien. Donald Trump a lui-même évoqué un gouvernement «fracturé», laissant entendre que la pression économique et militaire pourrait accentuer les divisions entre conservateurs, pragmatiques et militaires.

Dans ce sens, plusieurs médias américains évoquent désormais un fossé croissant entre une ligne dure incarnée par certains cadres du Corps des gardiens de la révolution islamique, notamment l’ex-ministre de l’Intérieur Ahmad Vahidi, et un camp plus pragmatique représenté par le président Massoud Pezeshkian et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi.

Si les premiers privilégieraient une posture de confrontation pour éviter toute concession perçue comme un aveu de faiblesse, les seconds plaideraient pour une désescalade afin d’obtenir un allègement du blocus.

Reste à savoir si ces fractures sont réelles ou savamment mises en scène. Certains analystes n’excluent pas une stratégie iranienne dans laquelle les diplomates afficheraient une certaine souplesse tandis que les Gardiens de la révolution durciraient le ton pour arracher davantage de concessions.

D’autres y voient au contraire le signe d’une lutte de pouvoir réelle, exacerbée par la pression américaine. Dans les deux cas, Washington semble miser sur l’idée que cet étau économique et militaire finira par faire céder Téhéran.

Or, l’histoire récente montre les limites de cette stratégie américaine. Malgré des années de sanctions, le régime iranien a survécu, adapté ses circuits commerciaux et développé des réseaux de contournement, notamment via la Chine, les Émirats arabes unis et certains intermédiaires asiatiques.

Aujourd’hui, Donald Trump semble poursuivre simultanément trois objectifs: arracher un accord plus dur que celui de 2015, affaiblir durablement l’économie iranienne et réduire la capacité opérationnelle de ses alliés régionaux. Cette stratégie débouchera-t-elle sur une reprise réelle des négociations ou sur une confrontation régionale plus large.

 

 

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