Cadence effrénée pour Léon XIV au deuxième jour de sa visite en Guinée équatoriale
En visite en Guinée équatoriale, Léon XIV enchaîne les étapes d’un déplacement intense marqué par des messages sur les droits humains et la gouvernance. ©Photo by ALBERTO PIZZOLI / AFP

Visite d'une prison, messe, multiples vols et rencontres: pour son deuxième jour en Guinée équatoriale, le pape Léon XIV arpente mercredi ce pays verrouillé et régulièrement accusé d'atteintes aux droits humains, lors d'une journée à la cadence effrénée.

Le souverain pontife est arrivé dans la matinée à Mongomo, fief du clan présidentiel, près de la frontière avec le Gabon, où il célèbrera une messe à laquelle une centaine de milliers de fidèles sont attendus, puis il visitera une école.

«Nous sommes ici unis avec ceux du Gabon, ceux de Guinée, pour accueillir le Pape Léon XIV», se réjouit Elena Rosario, étudiante de 32 ans venue assister à la messe au sein de la basilique.

Quarante-quatre ans après Jean-Paul II, Léon XIV est arrivé mardi dans ce pays pétrolier de 2 millions d'habitants à 80% catholiques, héritage de la colonisation espagnole.

Il est dirigé depuis 1979 par Teodoro Obiang Nguema, 83 ans, détenteur du record mondial de longévité au pouvoir - hors monarchies.

Situation des détenus 

Mercredi après-midi, le pape se rendra à Bata, la capitale économique située sur les rives du golfe de Guinée, où il rencontrera des détenus dans l'une des trois prisons du pays, pointés du doigt pour de multiples atteintes aux droits humains.

Dans un rapport en 2023, le département d'État américain faisait état de cas de torture, d'une surpopulation extrême et de conditions sanitaires déplorables dans les prisons équatoguinéennes.

La situation des détenus alarme régulièrement les ONG. «Des centaines de détenus finissent enfermés pendant des années, à l'issue de procès entachés d'irrégularités, dans des prisons parmi les plus tristement célèbres du monde», estimait, en 2021, Amnesty International.

Après ces rencontres, le pape rendra hommage aux victimes d'un tragique accident qui avait endeuillé la ville de Bata en 2021, faisant plus d'une centaine de morts et près de 600 blessés.

Une série d'explosions avait ravagé un camp militaire et de nombreux quartiers d'habitations aux alentours, après qu'un incendie avait atteint des dépôts de munitions.

En fin d'après-midi, Léon XIV rencontrera des familles et des jeunes dans un stade.

«Droit» et «justice» 

Le chef de l'Église catholique doit composer avec un équilibre diplomatique délicat : soutenir les fidèles sans être perçu comme un soutien au pouvoir équatoguinéen, accusé d'autoritarisme et d'atteintes aux droits humains.

Attendu sur les terrains sensibles du pluralisme politique et des libertés publiques, Léon XIV a appelé mardi, devant les autorités, à se mettre «au service du droit et de la justice» et a dénoncé «la colonisation des gisements pétroliers et miniers, au mépris du droit international et de l'autodétermination des peuples».

La Guinée équatoriale s'est considérablement enrichie depuis la découverte d'importants gisements de pétrole au début des années 1990. La production d'hydrocarbures représentait 46,1% du PIB et plus de 90% des exportations du pays en 2024, selon la Banque africaine de développement.

Mais «les revenus pétroliers financent des modes de vie somptueux pour la petite élite entourant le président, tandis qu'une grande partie de la population vit dans la pauvreté», estime Human Rights Watch.

«Pleine forme» 

Depuis le début de sa tournée marathon de 11 jours dans quatre pays d'Afrique, le pape américain enchaîne messes, discours, vols, rencontres, cérémonies et bains de foule, soumettant sa délégation et les journalistes à un tempo endiablé, sous une chaleur tropicale étouffante.

A 70 ans, Robert Francis Prevost, relativement jeune pour un souverain pontife, affiche un dynamisme qui tranche avec la santé déclinante de son prédécesseur argentin François, décédé il y a un an à 88 ans.

«Il est en pleine forme, je ne sais pas comment il fait», a confié à l'AFP mardi un membre de sa délégation.

Un défi physique d'autant plus exigeant que le pape s'exprime en plusieurs langues - français, anglais, portugais, espagnol - et doit célébrer des messes dans la chaleur humide de l'Afrique centrale tout en se pliant aux protocoles réservés aux chefs d'Etat, le tout avec un emploi du temps serré.

Après un périple de 18.000 km débuté en Algérie et poursuivi au Cameroun puis en Angola, le pape achèvera sa tournée jeudi par une messe en plein air au stade de Malabo, avant de rentrer à Rome.

AFP

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