Au Nigeria, les jihadistes sahéliens gagnent du terrain à l’approche des élections
Insécurité croissante au Nigeria: jihadistes et gangs accentuent la pression avant le scrutin de 2026. © YANICK FOLLY / AFP

Le Nigeria fait face à un regain de violence de la part de groupes armés à l’approche des élections prévues l’an prochain, avec des attaques dans le nord-est ayant coûté la vie à des militaires hauts gradés au cours des derniers mois, et les experts mettent en garde contre l’enracinement de jihadistes étrangers dans l’ouest provenant des pays sahéliens.

La nation la plus peuplée d’Afrique est en proie à de nombreux défis sécuritaires, entre une insurrection jihadiste depuis plus de 17 ans dans le nord-est, un conflit entre agriculteurs et éleveurs dans le centre, des violences séparatistes dans le sud-est et des gangs armés appelés «bandits» qui pillent, tuent et kidnappent dans le nord-ouest.

Le président Bola Tinubu, candidat à sa réélection en janvier et dont une grande partie du projet politique repose sur de vastes réformes économiques, a récemment supervisé le déploiement de soldats américains dans le pays afin de soutenir et former les forces armées nigérianes, alors que des flambées de violence attiraient l’attention internationale.

«On observe une augmentation des violences, qu’il s’agisse de meurtres de civils, de militaires, et bien sûr d’enlèvements», a déclaré à l’AFP Mohammed Ali Ndume, sénateur de l’État de Borno (nord-est), épicentre de l’insurrection jihadiste.

Quelque 400 de ses administrés, originaires du village de Ngoshe, sont retenus en captivité par des jihadistes, enlevés plus tôt ce mois-ci, a-t-il ajouté.

«Vitesse supérieure» 

Le conflit jihadiste au Nigeria a débuté en 2009 par les multiples attaques de Boko Haram, atteignant un pic il y a une dizaine d’années. Les forces de sécurité affrontent désormais une multitude de factions jihadistes issues de scissions, parfois rivales.

Selon plusieurs chercheurs, on observe une recrudescence des violences au cours de l’année écoulée, marquée notamment par la mort de deux généraux de brigade au cours des cinq derniers mois.

Deux attentats-suicides à Maiduguri, capitale de l’État de Borno, l’un dans une mosquée en décembre, ont marqué un retour des attaques urbaines meurtrières que beaucoup d’habitants pensaient appartenir au passé.

Selon les données de l’ONG Acled, environ 4.518 personnes ont été tuées en 2025 dans des violences liées au jihadisme, un niveau inédit depuis 2015. Ce chiffre inclut civils, forces de sécurité, groupes armés et jihadistes eux-mêmes.

N. Ndume a attribué en partie la recrudescence des violences à des attaques «de représailles», survenues à la suite de l'état d'urgence déclaré en novembre, qui a vu «l'armée passer à la vitesse supérieure».

Pour Mike Ejiofor, ancien directeur de l'agence de renseignement intérieure du Nigeria, «à l’approche des élections, on observe généralement une recrudescence des attaques». Il ajoute que le gouvernement cherche à contenir la situation, mais qu'il «reste à voir s’il en fait assez».

Depuis 2019, la stratégie adoptée par le Nigeria, consistant à regrouper les forces armées dans des «super-camps» fortifiés, a durablement laissé de vastes zones rurales sans protection suffisante.

Les jihadistes ont su s’adapter à ce dispositif. L’État islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap) mène souvent des attaques contre des villes-garnisons, avec des drones et des équipements de vision nocturne, selon plusieurs chercheurs.

Les jihadistes sahéliens s’implantent 

Le gouvernement a engagé certaines réformes, dont la création d’un corps de gardes forestiers et la fin annoncée de la protection policière pour les responsables politiques et personnalités, souvent accusés de bénéficier de privilèges. Mais selon le chercheur Malik Samuel, cette dernière mesure «n’existe que sur le papier».

En parallèle, des inquiétudes croissantes concernent l’influence de groupes jihadistes sahéliens. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et l’État islamique au Sahel (ISSP), actifs au Mali, au Burkina Faso et au Niger, sont en train de s’implanter dans l’ouest du Nigeria.

Des vidéos récentes montrent des affrontements dans l’État de Kebbi entre ces groupes, même si aucune revendication officielle n’a été faite. Les experts soulignent que ces organisations reconnaissent rarement publiquement leurs rivalités internes.

Selon Wassim Nasr, chercheur au Soufan Center, «les deux groupes sont libres de circuler et d’agir comme ils l’entendent» dans les zones frontalières entre le Niger, le Nigeria et le Bénin. Il estime que l’ISSP cherche à renforcer ses liens avec l’Iswap, actif dans le nord-est du Nigeria.

James Barnett, chercheur sur les conflits nigérians et doctorant à l’Université d’Oxford, estime que «chaque camp se sent relativement à l’aise dans cette zone, au point d’avoir établi une présence suffisamment solide pour défier d’autres groupes».

Toutefois, pour certains chercheurs, la principale menace à leur expansion pourrait ne pas venir des forces de sécurité nigérianes. «La menace la plus importante pour chacun d’eux vient de l’autre», estime Wassim Nasr.

AFP

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