Actrice majeure du cinéma français, Nathalie Baye a bâti une carrière rare, entre exigence d’auteur et succès populaires, sans jamais sacrifier sa singularité. Discrète, libre, intensément présente à l’écran, elle laisse une filmographie foisonnante et l’image d’une femme demeurée fidèle à elle-même, jusqu’au bout, sans céder aux modes.
Elle a tout joué, sans céder à la facilité. Les battantes et les cabossées, le cinéma d’auteur comme les comédies populaires. Aussi discrète que solaire, la Française Nathalie Baye, décédée à l’âge de 77 ans, s’est imposée comme une actrice incontournable, star sans l’être.
Audacieuse, elle a su casser son image classique et sage pour donner libre cours à sa fantaisie et s’offrir une filmographie luxuriante. De François Truffaut (La Nuit américaine...) à Xavier Dolan (Juste la fin du monde), en passant par Bertrand Blier (Notre histoire), Tonie Marshall (Vénus Beauté ) et Claude Chabrol (La Fleur du mal).
Elle a fait un petit tour à Hollywood, campant la mère de Leonardo DiCaprio dans Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg, joué avec Josiane Balasko les déjantées dans le remake français d’Ab Fab, fait un tabac dans les comédies potaches à très gros succès Alibi.com 1 et Alibi.com 2 et perfectionné son excellent anglais dans Downton Abbey 2, suite de la série télévisée britannique qui a conquis le monde.
Quatre César et une Volpi
Aimée des cinéphiles comme du grand public, elle a été maintes fois récompensée aux César. Raflant la statuette trois années de suite, de 1981 à 1983: meilleur second rôle dans Sauve qui peut (la vie) de Godard et Une étrange affaire de Granier-Deferre; meilleure actrice pour La Balance de Bob Swaim. Puis à nouveau sacrée en 2006 pour Le Petit Lieutenant. Sans oublier la Coupe Volpi à la Mostra de Venise pour Une liaison pornographique.
«La célébrité n’est pas forcément un but, le succès, oui», disait celle qui a toujours détesté le tapage et les paillettes et opté pour la «notoriété douce».
Port altier mais simplicité, voix douce presque chuchotante, elle avait ce petit quelque chose en plus dont Bertrand Tavernier, qui l’a dirigée dans Une semaine de vacances, disait: «C’est bien au-delà de la photogénie. Elle sait se faire aimer par la lumière.»
Elle brille aussi sur les planches, de Tchekhov à Marivaux, ou seule en scène dans Zouc par Zouc. Ainsi qu’à la télévision, jouant son propre rôle dans la série Dix pour cent.
Née le 6 juillet 1948 à Mainneville, dans le nord-ouest de la France, Nathalie Baye, fille d’artistes-peintres bohèmes, grandit à Paris puis à Menton, sur la Côte d’Azur.
«J’ai dû me construire dans la déconstruction de mes parents, drôles mais en souffrance. En perpétuelle crise d’adolescence.»
Détestant l’école, en raison de sa dyslexie et de sa dyscalculie, elle arrête à 14 ans et intègre un cours de danse à Monaco. «La danse m’a structurée, rendue solide.» Se voyant ballerine, elle poursuit son rêve un an à New York. De retour à Paris, elle pousse la porte du cours Simon. Conquise, elle intègre ensuite le Conservatoire.
«La danse, je me faisais violence tout le temps. Alors que jouer m’a procuré tout de suite un bien-être.»
Elle débute au théâtre, pensant ne pas avoir sa place au cinéma. «Pour moi, c’était fait pour des bombes...» Sa rencontre avec Truffaut changera tout.
«Toi, tu es une vraie, il faut que tu apprennes à te protéger», lui souffle un jour Romy Schneider. Un conseil que celle qui souffre aussi d’une claustrophobie maladive applique à la lettre dans sa vie privée.
Johnny, père de Laura
Elle se cuirasse. Tente de maintenir à distance les paparazzis qui traquent, dans les années 1980, le couple qu’elle forme un temps avec «l’idole des jeunes», le chanteur Johnny Hallyday, père de sa fille unique Laura Smet, devenue actrice elle aussi.
Un duo détonnant. «On a bien ri ensemble, disait-elle. Johnny n’était pas ce qu’on imaginait, il était beaucoup mieux que ça.»
«Elle l’a intellectualisé, lui l’a popularisée», résumait Dominique Besnehard, son ex-agent.
Elle a aussi partagé la vie d’un autre écorché vif, l’acteur Philippe Léotard, de Pierre Lescure, qui fut notamment président du Festival de Cannes, et de l’homme politique Jean-Louis Borloo. Mais, farouchement indépendante, elle ne s’est jamais mariée.
«J’ai un besoin d’air parfois compliqué à vivre pour les autres.»
Elle a également toujours chéri sa liberté de ton. Elle signe en 2023 la tribune de soutien à Gérard Depardieu, mis en examen notamment pour viols depuis 2020, et se contrefichait de son âge: «Le mieux pour avancer, c’est de s’en tamponner!»
«Ma plus grande fierté, c’est d’avoir réussi à être en accord avec mes petits rêves», revendiquait celle qui, discrète jusqu’au bout, est décédée vendredi soir à son domicile, selon ses proches, de la maladie à corps de Lewy, une maladie neurodégénérative.
Avec AFP



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