Call of Duty, Battlefield, Arma 3, la guerre s’est imposée comme l’un des thèmes majeurs de l’industrie des jeux vidéo. Elle est ainsi le décor principal des jeux de type FPS (jeu de tir à la première personne) où le joueur voit l’action à travers les yeux du protagoniste et a pour objectif d’accomplir des missions en tirant sur des ennemis.
Si certains FPS s’inscrivent dans des univers parallèles ou futuristes avec comme ennemis des zombies ou des monstres, d’autres se tiennent dans un cadre historique bien réel. Une mise en scène du passé qui n’échappe pas aux récits nationaux des États. Dans un monde de plus en plus connecté, le jeu vidéo est devenu un outil pour les États dans la guerre de l’influence, une véritable arme de soft power.
Une hégémonie américaine
Les États-Unis se sont imposés depuis plusieurs décennies comme le leader des jeux vidéo de guerre. Nombre d’entre eux ont eu pour décor la Seconde Guerre mondiale, mettant en avant l’héroïsme américain contre l’Allemagne nazie, comme Medal of Honor: Allied Assault ou encore les trois premiers jeux de la série Call of Duty.
Dès la fin des années 1990, l’armée américaine va s’intéresser au potentiel des jeux vidéo. En 1999, le colonel Casey Wardynski met au point le concept d’America’s Army, un jeu visant à attirer de nouvelles recrues. Financé par le gouvernement américain, le jeu a été lancé en 2002 et a connu plusieurs mises à jour et nouvelles versions jusqu’en 2013.
La particularité du jeu est que le joueur incarne toujours un soldat de l’US Army et qu’il possède un lien qui renvoie vers le site de recrutement de l’armée américaine. America’s Army constitue ainsi le premier jeu vidéo utilisé à grande échelle par un État comme une plateforme de communication stratégique et de recrutement.
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Une stratégie qui s’est révélée payante selon une étude du Centre français de recherche sur le renseignement publiée en 2025 : plus de 20 millions d’utilisateurs ont été recensés et « 30% des Américains âgés de 16 à 24 ans » ont eu « une impression plus positive de l’armée grâce au jeu ».
La mise en scène des idéaux américains se retrouve également dans les jeux produits par d’autres éditeurs, comme dans les séries cultes Battlefield ou Call of Duty. Les joueurs y incarnent souvent des soldats américains qui « défendent le monde libre » avec un héroïsme sans faille contre des ennemis sanguinaires dont la nationalité varie selon les préoccupations américaines.
Des ennemis désignés
Jusqu’à la fin des années 2000, c’est le soldat allemand de l’Allemagne nazie qui est l’antagoniste privilégié. Il est ensuite remplacé par les soldats russes et les anciennes républiques soviétiques. Au fur et à mesure des guerres, les nouveaux ennemis deviennent tour à tour des talibans, des terroristes islamistes, des Iraniens ou même des Chinois.
Dans Battlefield 3 sorti en 2011, par exemple, le joueur va participer à une opération américaine d’ampleur en Iran en raison d’une menace nucléaire décrite comme imminente. Puis dans Battlefield 4 (2013), le joueur affronte l’amiral Chang Wei, qui prépare un coup d’État en Chine soutenu par la Russie. Ces jeux vont être interdits en Iran et en Chine qui dénoncent « une invasion culturelle » américaine et l’idée selon laquelle les États-Unis auraient le droit d’intervenir dans le monde pour « restaurer l’ordre ».
En 2019, le jeu Call of Duty : Modern Warfare présente la Russie comme une puissance occupante d’un pays fictif nommé Urzikistan (qui ressemble beaucoup à la Syrie) où elle commet de nombreuses exactions. Un des épisodes du jeu nommé « l’autoroute de la mort » va provoquer l’ire de la Russie, car il fait référence à un bombardement de la coalition menée par les États-Unis lors de la première guerre du Golfe, mais en l’attribuant aux Russes.
En 2022 sort le jeu Call of Duty : Modern Warfare II dans lequel on retrouve une société militaire privée russe, rappelant le groupe Wagner, ou encore une frappe de missile contre un officier iranien nommé Ghorbrani, qui rappelle physiquement l’ancien commandant de la Force Al Qods des gardiens de la révolution iraniens, Qassem Soleimani.
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Si les éditeurs de jeux vidéo s’inspirent fortement de la situation géopolitique, ils travaillent aussi parfois avec l’armée américaine. C’est le cas d’Atomic Games qui a conçu au début des années 2000 des programmes de simulation pour le Corps des Marines. À la suite de ce projet, l’éditeur va lancer le développement du jeu Six Days in Fallujah.
Annoncé initialement en 2009, il retrace la deuxième bataille de Falloujah en 2004 dans la peau d’un soldat américain. Le jeu va être dénoncé notamment par des vétérans et des associations anti-guerre, qui estiment qu’il décrit des évènements trop récents et véhicule un récit pro-américain au mépris des victimes civiles.




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