Dix jours. C’est la durée du cessez-le-feu annoncé. Dix jours, pas un de plus pour l’instant. Et déjà, des milliers de familles, malgré les mises en garde, reprennent la route du sud, valises sur le toit.
Certains villages sont accessibles. D’autres restent interdits. La ligne de démarcation entre le retour et l’impossible n’est pas encore tracée.
Le feu s’est tu. Provisoirement. Personne ne dit que c’est la paix. Tout le monde sait que c’est une trêve.
La semaine prochaine, Israéliens et Libanais devraient se retrouver à Washington. Deux délégations, une même table, sous parrainage américain. Ce n’est pas rien. Mais ce n’est pas encore tout. La situation peut basculer dans un sens comme dans l’autre. En quelques heures ou en quelques mots mal choisis.
L’État libanais a pris une décision courageuse, dissocier l’avenir du Liban du dossier iranien. Ne plus laisser Téhéran tenir le stylo à la place de Beyrouth. L’Idée est de ne plus subordonner la souveraineté nationale aux calculs d’une République islamique qui a ses propres guerres à mener. C’est peut-être la petite chance du moment.
Car au bout du chemin, il y a une solution et une seule. que personne ne peut esquiver indéfiniment. Le Liban, du fait de l’aventurisme de la milice illégale n’a pas le choix. Il doit signer la paix sinon il n’y aura aucune récupération des territoires. Et un accord de paix, ce n’est pas forcément une normalisation. Loin de là.
La paix, c’est la fin de l’état de guerre. La reconnaissance mutuelle de la souveraineté. Le silence des armes inscrit dans le droit international. C’est ce qu’ont signé l’Égypte en 1979 et la Jordanie en 1994 avec Israël, mais sans aller plus loin.
La normalisation, c’est autre chose. Ce sont les vol directs, l’accord commercial, les affaires, les investissements, le touriste israélien à Beyrouth et le Libanais à Tel Aviv. C’est ce qu’ont accepté les Émirats, Bahreïn, le Maroc et le Soudan dans les Accords d’Abraham de 2020. Une intégration dans la vie ordinaire.
Pour le moment le Liban peut envisager la première, pour faire passer la pilule auprès des adeptes des «victoires divines», qui sont à l’affût de la moindre faille pour provoquer des troubles internes.
Parce que, au milieu de ce fragile élan, une grande question demeure, c’est le Hezbollah. La milice continue de refuser toute négociation directe entre le Liban et Israël. Autrement dit: une organisation armée, illégale, s’oppose à ce que l’État applique ce que la Constitution lui permet. Le président de la république a parfaitement le droit inaliénable d’entamer des discussions de paix. Le Liban souverain veut avancer. Une partie du Liban, de plus en plus minoritaire, veut l’en empêcher. Et cette partie-là n’a pas désarmé. Pas encore.
Cela dit, cette fois, il n’y a plus de tergiversations possibles. Le désarmement du Hezbollah est une exigence internationale, pour tout accord durable, de Washington, aux Européens en passant par les pays arabes. La milice pro-iranienne peut-elle continuer à l’ignorer, s’engouffrer dans une fuite en avant et faire semblant que rien n’a changé? À quel prix? Celui d’une nouvelle guerre? Celui d’un conflit armé interne? Personne ne le sait.
Dix jours. La montre tourne.




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