Turquie: «douleur infinie» aux funérailles des jeunes victimes d’une tuerie
Des familles de victimes attendent devant la morgue d’un hôpital à Kahramanmaraş, le 15 avril 2026, après qu’un adolescent de 13 ans a ouvert le feu dans une école de la ville. ©ORHAN ERKILIC / AFP

Yusuf, onze ans, tremble, en sanglots. Son ami Bayram, dix ans, a été tué mercredi dans sa salle de classe avec sept camarades et leur enseignante, une tuerie inédite en Turquie.

«Notre douleur est infinie. Ces enfants sont comme les nôtres, et ils étaient tous innocents», confie Vezir Yücel, le père de Yusuf, venu assister jeudi aux funérailles de quatre des jeunes victimes de la tuerie perpétrée par un adolescent de 14 ans, auxquelles se sont pressées plus d’un millier de personnes à Kahramanmaras (sud).

«Yusuf et Bayram jouaient au football dans la même académie depuis un an et demi. Ils jouaient aussi aux jeux vidéo ensemble. C’était un enfant bien élevé, très travailleur», confie Vezir Yücel, les yeux rougis, en serrant son fils contre lui.

Autour d’eux, l’émotion est d’autant plus forte que la Turquie, pourtant habituée aux drames en tous genres — séismes, catastrophes minières, attentats — n’avait jamais connu une telle tuerie dans une enceinte scolaire.

«Nous sommes profondément tristes. Nous ne les connaissions pas mais jamais une telle chose ne devrait arriver à des enfants», abonde Leyla Naz Kurtgoz, une étudiante de 19 ans venue avec sa mère.

D’autant, souligne-t-elle, que «tous ces enfants étaient des survivants» du séisme de magnitude 7,8 de février 2023 qui avait meurtri Kahramanmaras, une cité de 500.000 habitants construite à flanc de montagne.

Près de 13.000 personnes avaient perdu la vie dans la ville et sa province, épicentre du tremblement de terre qui avait fait plus de 53.000 morts en Turquie.

«Ces enfants avaient déjà beaucoup souffert à cause du tremblement de terre, c’est pourquoi nous sommes effondrées», ajoute Leyla Naz Kurtgoz, en pantalon et veste noires.

«Apocalyptique»

À dix mètres de là, les cercueils des jeunes victimes — toutes âgées de 10 et 11 ans — sont alignés sur le parvis d’une grande mosquée, chacun recouvert d’un drapeau turc.

Un père et son jeune fils au visage poupon, hissé sur un tabouret, refusent de s’éloigner d’un des cercueils, celui de Zeynep, 10 ans. D’autres proches, effondrés, viennent coller leur visage une dernière fois sur les cercueils voisins.

Dans l’assistance, un homme d’âge mûr, venu seul, fond soudain en larmes tandis qu’un imam récite une prière mortuaire.

«Tout s’accumule: le tremblement de terre en 2023, le Covid avant ça et désormais ce massacre. Mentalement, nous sommes au plus bas», résume Ilker Bas, 18 ans, entouré de trois amis.

Eux non plus ne connaissaient pas directement les victimes mais «tout le monde est bouleversé», dit-il.

Une professeure de biologie d’un lycée de la ville, les yeux dissimulés derrière d’épaisses lunettes noires, confie sa «peine indicible», inquiète aussi que cette tuerie puisse en inspirer d’autres.

Assise seule à l’entrée du grand cimetière de Kahramanmaras où plusieurs des jeunes victimes ont été inhumées jeudi après-midi, Nilgün Ruci a les yeux rivés au sol.

Mercredi à la mi-journée, cette femme au foyer de 55 ans a accouru vers l’école Ayser Çalik de Kahramanmaras en entendant des coups de feu retentir.

«C’était apocalyptique, des gens couraient partout à la recherche de leurs enfants», raconte-t-elle en essuyant une larme d’un revers de main.

En arrivant devant l’établissement, elle aperçoit la fille d’une de ses voisines, grièvement blessée.

«Elle avait reçu une balle dans une jambe et une autre à l’épaule», explique-t-elle.

«J’ai d’abord cru qu’elle s’était évanouie mais aujourd’hui, j’ai appris qu’elle était décédée».

 

Rémi Banet / AFP

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