Les premières négociations entre le Liban et Israël depuis 1993 se sont ouvertes mardi 14 avril à Washington, sous l'égide de Marco Rubio. Deux heures d'échanges qualifiés de «productifs» par le département d'État, un accord de principe pour entamer des pourparlers formels – et, en toile de fond, une question que personne à Beyrouth ne peut esquiver: que va faire le Hezbollah?
Le verrou iranien
La première réponse est aussi la plus sobre. «La décision revient à l'Iran», tranche Marwan El-Amine, journaliste et analyste politique chiite. Donald Trump ambitionne un accord global englobant le nucléaire, les missiles et le dossier régional – ce qui signifie que le sort du Hezbollah se jouera en dernière instance lors des prochaines négociations américano-iraniennes, pas à Beyrouth ni à Washington.
Dans ce cadre, le secrétaire général du Hezbollah Naim Kassem et Wafic Safa, haut responsable de la milice, ont été on ne peut plus clairs: le mouvement ne prend pas les négociations libano-israéliennes en considération et continue de combattre. Le Hezbollah a d'ailleurs illustré cette ligne en revendiquant des tirs simultanés sur plusieurs localités du nord d'Israël un quart d'heure après l'ouverture des pourparlers.
Le repli vers l'intérieur
C'est pourtant le deuxième scénario que Marwan El-Amine juge le plus probable à court terme. Affaibli militairement, le Hezbollah dispose encore de sa carte la plus redoutable: la pression intérieure. «Il va se retourner vers le dedans», résume l'analyste, en évoquant l'éventualité d'un nouveau 7 mai – mais corrigé. En 2008, le mouvement avait commis l'erreur tactique de monter vers la montagne. Cette fois, l'objectif serait Beyrouth-Ouest. En attendant, la mécanique est déjà enclenchée: mobilisation de rue et instrumentalisation du registre de la trahison contre quiconque soutient les négociations.
Ce dernier point trouve une illustration concrète dans un communiqué publié ces derniers jours par le Rassemblement des Libanais chiites. L'organisation dénonce le recours aux tribunaux contre Mahmoud Choeib, militant déplacé de son village de Toul, à Nabatiyé, poursuivi via des plaintes en diffamation montées par des individus qui l'avaient physiquement menacé. Le Rassemblement accuse explicitement le duo Hezbollah-Amal d'utiliser l'État profond et ses relais judiciaires pour harceler l'opposition chiite – une forme de répression rampante qui se substitue à la confrontation ouverte.
L'État absent
Reste le troisième scénario: une saisie des armes par l'armée libanaise, condition sine qua non posée par Netanyahou pour poursuivre les négociations. Sur ce point, Marwan El-Amine est catégorique. «Il n'existe pas d'organisations chiites structurées capables de constituer un contrepoids», dit-il.
L'État est physiquement absent dans les zones à dominante chiite. Les opposants au Hezbollah n'y bénéficient d'aucune protection. Un citoyen chiite a besoin d'un environnement sécuritaire minimal pour qu'une dynamique d'opposition puisse émerger. Cette condition n'est pas présente.
Ce tableau soulève une dernière question, peut-être la plus déterminante pour la suite: la dissidence chiite interne – incarnée par des groupuscules comme le Rassemblement des Libanais chiites ou les Sudistes indépendants – est-elle suffisamment structurée pour peser dans un éventuel processus de désarmement? Pour l'heure, la réponse du terrain est sans ambiguïté: ceux qui s'y risquent le font sans filet, exposés à une machine de coercition qui a su adapter ses méthodes au nouveau rapport de force.



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