L'aventure nucléaire iranienne ne commence pas avec les mollahs. En 1957, le Shah Mohammad Reza Pahlavi signe avec Washington un accord de coopération civile dans le cadre du programme américain «Atomes pour la paix». Téhéran crée son organisation de l'énergie atomique en 1974, avec l'ambition affichée de construire vingt-trois réacteurs d'ici la fin du siècle. La France et l'Allemagne sont partenaires, les États-Unis fournisseurs. L'Iran a signé le traité sur la non-prolifération dès 1968. Tout semble en ordre.
La révolution islamique de 1979 brise cet élan. Khomeini juge l'arme nucléaire contraire à l'islam. Les partenaires occidentaux se retirent, le chantier de Boushehr est abandonné. Mais après la guerre meurtrière contre l'Irak, Téhéran tire une leçon stratégique: l'isolement est mortel. Dès les années 1980, le régime relance discrètement un programme clandestin, avec le concours de la Chine, puis de la Russie, et du réseau de prolifération pakistanais.
La crise de 2002 et les premières tractations européennes
En août 2002, l'organisation d'opposition iranienne Moudjahidines du peuple révèle l'existence de deux installations secrètes: un site d'enrichissement à Natanz et un réacteur à eau lourde à Arak. L'Agence internationale de l'énergie atomique est prise de court. La communauté internationale exige des explications.
C'est la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni – le trio européen dit E3 – qui prennent l'initiative diplomatique. En octobre 2003, l'accord de Téhéran est signé: l'Iran suspend volontairement l'enrichissement et accepte des inspections renforcées. Un an plus tard, l'Accord de Paris prolonge cette suspension en échange d'une promesse de partenariat civil. L'atmosphère est prudente mais ouverte.
Elle vole en éclats à l'été 2005. L'élection de Mahmoud Ahmadinejad signale un durcissement radical. Téhéran reprend l'enrichissement à Ispahan, les Européens suspendent les pourparlers, Washington refuse tout dialogue direct. La confrontation entre les deux camps s'installe durablement.
La décennie des sanctions et de l'impasse
Face à l'accélération du programme iranien, le Conseil de sécurité de l'ONU adopte en 2006 une première résolution de sanctions. Un nouveau cadre de négociation se met en place: les cinq membres permanents du Conseil auxquels s'ajoute l'Allemagne forment le groupe des six grandes puissances. Plusieurs offres d'incitations sont présentées entre 2006 et 2008; aucune n'aboutit. L'Iran, qui enrichit désormais à 20%, campe sur sa position souverainiste.
En septembre 2009, nouveau choc: Barack Obama, Nicolas Sarkozy et Gordon Brown révèlent l'existence d'une installation souterraine à Fordo, construite en secret près de Qom. Un accord d'échange de combustible négocié à Genève est accepté puis rejeté par Téhéran sous pression interne. En 2012, l'Union européenne instaure un embargo pétrolier. Les sanctions américaines visent la Banque centrale iranienne. Le programme Stuxnet sabote des centrifugeuses. Des scientifiques nucléaires sont assassinés. Les négociations sont au point mort.
L'accord du siècle, puis son naufrage
L'élection de Hassan Rouhani en juin 2013 ouvre une fenêtre inédite. Pour la première fois depuis 1979, les présidents américain et iranien s'entretiennent par téléphone. En novembre 2013, un accord intérimaire est conclu à Genève : gel de l'enrichissement contre allègement partiel des sanctions. Après deux ans de négociations intenses, le Plan d'action global conjoint – dit accord de Vienne – est signé le 14 juillet 2015. L'Iran accepte des contraintes strictes sur quinze ans; en échange, les sanctions internationales sont levées. L'accord est salué comme une percée historique.
Il ne survit pas au retour de Donald Trump. En mai 2018, Washington se retire unilatéralement et rétablit l'ensemble des sanctions. L'Iran tient un an, puis réduit progressivement ses engagements : dépassement des seuils d'enrichissement, installation de centrifugeuses avancées, enrichissement poussé jusqu'à 60%. Les pourparlers de relance menés à Vienne entre 2021 et 2022 sous l'administration Biden échouent à franchir la ligne d'arrivée.
La guerre et l'impasse actuelle
En avril 2025, Trump adresse une lettre au Guide suprême Ali Khamenei et fixe un délai de soixante jours pour parvenir à un accord. Cinq rounds de pourparlers indirects se tiennent à Oman et à Rome. Mais le délai expire sans résultat. Le 13 juin 2025, Israël frappe les installations nucléaires iraniennes dans une opération présentée comme préventive. Les États-Unis rejoignent la campagne et bombardent Fordo, Natanz et Ispahan. La «Guerre des douze jours» s'achève sur un cessez-le-feu annoncé par Trump le 24 juin.
S'ensuit une impasse structurelle. L'Iran refuse de négocier tant que la demande américaine d'enrichissement zéro reste sur la table. L'Agence internationale de l'énergie atomique se voit refuser l'accès aux sites bombardés. En octobre 2025, le mécanisme de rétablissement automatique des sanctions onusiennes est déclenché. Une nouvelle campagne de frappes américano-israélienne débute en février 2026. Khamenei est tué.
Le 12 avril 2026, à Islamabad, les deux parties se retrouvent face à face pour la première fois depuis 2015. Vingt et une heures de discussions s'achèvent sans accord. Le vice-président américain JD Vance déclare que l'Iran a refusé les termes proposés; le ministre iranien des Affaires étrangères répond que Washington a «déplacé les poteaux». Un blocus naval américain des ports iraniens est aussitôt annoncé. Des médiateurs pakistanais, égyptiens et turcs s'activent en urgence avant l'expiration du cessez-le-feu, prévue pour le 21 avril.
Soixante-huit ans après le premier accord nucléaire irano-américain, la question de fond reste entière: peut-on contraindre une théocratie totalitaire à renoncer à ce qu'elle perçoit comme sa dernière garantie de survie?




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