Le secteur éducatif libanais se trouve à la croisée des chemins: comment préserver le droit à l’éducation en temps de guerre, et qui mettra un terme au chaos dans les établissements scolaires? Entre paralysie de la décision publique et fragilisation des institutions éducatives, une question demeure plus pressante que jamais: une génération entière sera-t-elle sacrifiée?
La situation éducative au Liban ne relève plus d’une simple crise passagère ni d’une interruption temporaire des cours. Elle s’inscrit désormais dans une réalité complexe qui menace les fondements mêmes du système éducatif. Les répercussions de la guerre ne se limitent plus aux déplacements de population et aux pertes humaines; elles touchent désormais l’un des piliers essentiels de la société, l’école.
Dans plusieurs régions du pays, de nombreuses écoles publiques ont fermé leurs portes ou ont été transformées en centres d’hébergement pour les déplacés, privant ainsi des milliers d’élèves de leur droit fondamental à l’éducation. Entre un enseignement présentiel discontinu et un apprentissage à distance instable, les élèves se retrouvent plongés dans une profonde désorientation académique, sans vision claire pour rattraper les programmes perdus.
Plus grave encore, selon les informations recueillies, certaines écoles privées, notamment à Beyrouth, ont été directement touchées. Des cas d’intrusion forcée de déplacés y ont été signalés, rappelant les dérives des conflits passés, où les propriétés privées étaient réquisitionnées sous la contrainte de la situation sécuritaire.
Dans ce contexte, Houna Loubnan a recueilli le témoignage d’un responsable d’une école privée à Beyrouth, qui décrit des faits particulièrement préoccupants survenus au début de la guerre: «L’établissement a été pris d’assaut par des déplacés avec l’appui d’un responsable partisan local. L’agent de sécurité a été menacé, une arme pointée sur la tête, pour le contraindre à ouvrir les portes», explique-t-il. La situation ne s’est pas limitée à la transformation de l’école en centre d’accueil: l’établissement aurait été également utilisé pour des cérémonies funéraires, et des bureaux fermés auraient été forcés, en violation flagrante de l’institution éducative et de ses biens.
Selon les informations de Houna Loubnan, les directions de plusieurs établissements concernés ont saisi le bureau de la ministre de l’Éducation, réclamant des solutions urgentes. La réponse s’est toutefois limitée à une promesse d’examen du dossier, sans mesures concrètes immédiates. Par ailleurs, certaines écoles ont tenté de relocaliser les déplacés vers des centres plus adaptés, mais ces initiatives se sont heurtées au refus d’un responsable local affilié au Hezbollah, maintenant ainsi le statu quo et aggravant la crise.
Ces pratiques soulèvent de sérieuses interrogations sur l’absence des autorités compétentes et leur incapacité à protéger les propriétés privées, en particulier celles qui jouent un rôle vital dans la société. L’atteinte aux établissements scolaires, qu’ils soient publics ou privés, ne saurait être justifiée en aucune circonstance, au regard de ses conséquences durables sur le secteur éducatif.
Par ailleurs, la plupart des écoles accusent un retard important dans l’achèvement des programmes, sans qu’un plan clair et unifié ne soit proposé par le ministère de l’Éducation pour remédier à cette situation. Entre tentatives de sauvetage de l’année scolaire et improvisation, l’élève demeure le maillon le plus vulnérable.
Les tensions s’étendent également au plan financier. La demande de certaines écoles privées de percevoir les frais de scolarité, malgré le passage à l’enseignement à distance ou la fermeture des établissements pour raisons sécuritaires, voire leur transformation en centres d’hébergement, a suscité une vive indignation parmi les parents. Beaucoup estiment qu’il est injustifiable de leur imposer une charge financière complète en l’absence d’un enseignement présentiel et de services éducatifs effectifs.
De leur côté, les directions d’établissements font état d’une inquiétude croissante, non seulement face aux pertes financières, mais aussi en raison du manque de sécurité, dans un contexte de flux incontrôlés à l’intérieur des écoles, mettant en péril la sécurité des biens et des personnes.
En définitive, le secteur éducatif libanais se trouve à la croisée des chemins: comment préserver le droit à l’éducation en temps de guerre, et qui mettra un terme au désordre dans les établissements scolaires?
Entre paralysie de la décision publique et fragilisation des institutions éducatives, une question demeure plus pressante que jamais: une génération entière sera-t-elle sacrifiée?



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