La recension des critiques à l’endroit des politiques américaines et israéliennes est suffisamment instructive sur la nature des objections en question et leurs multiples registres qui évoluent entre le stratégique et l’éthique. Paradoxalement, nulle critique ne débouche sur des alternatives concrètes qui puissent aider à la résolution des conflits en vigueur. Or il ne suffit pas de critiquer les défaillances en question pour traiter des enjeux stratégiques de grande envergure, surtout que le déni et les a priori idéologiques empêchent toute lucidité sur le plan analytique et action conséquente en la matière. Le plus imposant obstacle est celui de la méconnaissance des problèmes et l’abdication en faveur d’un quiétisme prétendument pacifiste qui recèle des équivoques politiques, géostratégiques et morales. On n'a jusque-là pas de réponses aux défis en question alors que les critiques prolifèrent de toutes parts et abondent dans tous les sens.
Les défis sécuritaires et géopolitiques de la stratégie impériale iranienne et ses revers idéologiques ne datent pas d'hier. Ils s’inscrivent plutôt dans une période prolongée, celle d’une révolution qui s’est déclarée d’emblée en faveur d'une politique de subversion à géométrie variable. Toutes les séquences historiques de cette entreprise impériale ont été ponctuées par des guerres, des politiques de déstabilisation et de sabotage de la concorde civile sur l’ensemble du Moyen-Orient. À commencer par la guerre avec l’Iraq, les tentatives de coup d’État dans les pays du Golfe et les pays du Levant au lendemain des printemps arabes, et finir avec les projets d’un contre-ordre altermondialiste et ceux d’un axe néo-totalitaire. La séquence du 7 octobre 2023 a propulsé au-devant de la scène la dernière tentative d’une dictature aux abois ayant perdu toute légitimité et dont les défaillances stratégiques se faisaient de plus en plus saillantes.
Les erreurs de calcul se sont rapidement révélées lorsque la contre-offensive israélienne les a prises de court et a fini par enrayer les “plateformes opérationnelles intégrées” et leurs relais stratégiques et idéologiques. La reprise des conflits en février 2026 remet en relief la volonté du régime islamique iranien de déjouer sa défaite inévitable et de remuer les contradictions d’un ordre international qui se défait ostensiblement. Les défis posés à une Europe aux consensus fragilisés, à l’OTAN en quête de reconfiguration aussi bien politique que géostratégique, et à une géopolitique fictive s’étendant des Amériques latines jusqu’au Moyen-Orient, sont interpellants. En s’installant dans le déni, l'Europe s’interdit toute action militaire alors que toutes les démarches diplomatiques ont fait preuve d’échec. L’action militaire des États-Unis a fait suite à des tentatives diplomatiques qui ont échoué de manière répétée.
Il est offusquant de critiquer la guerre américano-israélienne sous l’angle de l’illégitimité, de l’absence de nécessité et de l’échec sur le plan opérationnel. Nous sommes devant une guerre de nécessité rendue incontournable parce que le régime islamique s’est refusé à tout compromis et a continué sa politique de subversion sans ambages. La destruction de ses plateformes opérationnelles, de ses infrastructures militaires et celle de sa chaîne de commandement s’avèrent suffisamment efficaces pour poursuivre l’éradication d’une dictature totalitaire qui ne dément pas et qui entend continuer son offensive. Les massacres de l’intérieur se poursuivent sans relâche et les tentatives de restauration des relais géopolitiques n’en démordent pas.
L’échec de la médiation diplomatique tentée par Islamabad et les supputations d’une guerre qui tourne court ne sont pas convaincants. Il est inconcevable de céder sur la neutralité du détroit d’Ormuz et de sa juridiction internationale, du contrôle et de la démilitarisation des ressources nucléaires, de la réglementation des armes balistiques, de la libéralisation politique et de la cessation du terrorisme d’État. Les négociations ont déjà rencontré des désaccords de principe qui visent à compromettre leur avancement, au profit d'une réhabilitation du statu quo ante et d'un double dédommagement : la levée des sanctions et la réparation des dévastations causées par la guerre.
L’administration américaine a déjà défini les bornes des négociations et les seuils à ne pas outrepasser. L’état de siège imposé aux ports iraniens fait partie d’une panoplie de mesures coercitives susceptibles de se multiplier au gré des évolutions. L’intransigeance du régime iranien viendrait à terme dans les semaines à venir et les conditions de négociation devraient changer de format et de partenaires. L’attentisme des pays de l’Union européenne devrait conduire à des révisions et à des négociations renouvelées entre l’Union européenne et les États-Unis.
La situation au Liban s’inscrit dans un continuum stratégique avec l’Iran. Les dernières évolutions au Liban font partie des défenses stratégiques mises en place par la politique impériale iranienne. La destruction des plateformes opérationnelles libanaises instrumentalisées par le régime iranien est un complément à la politique de l’endiguement stratégique mise en œuvre par la stratégie américaine. En réengageant la voie diplomatique, le pouvoir libanais opère un virage par rapport au passé récent, en se démarquant pour la première fois du narratif du Hezbollah et de sa stratégie. Cette réorientation devrait cependant s’articuler sur la base d’une stratégie intégrale. Celle-ci vise non seulement à gérer des armistices à répétition, à reporter des guerres, mais aussi à mettre fin aux cycles de violence au profit d’une dynamique évolutive de paix scellée par un traité de paix formelle entre les États libanais et israélien. Contrairement aux Cassandres interpellées au gré des circonstances, l’action militaire est l’unique voie en vue de redonner à la diplomatie un rôle effectif dans la recherche d’une paix viable.




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