Islamabad : des exigences américaines jugées excessives par le régime iranien
Des journalistes travaillent dans un centre d'accueil des médias à la veille des pourparlers de paix entre les États-Unis et l'Iran, à Islamabad, le 11 avril 2026. ©Aamir Qureshi / AFP

Les négociations entre Washington et Téhéran, tenues à Islamabad dans un contexte de cessez-le-feu fragile, ont achoppé sur une série d’exigences américaines particulièrement ambitieuses. Selon Barak Ravid d’Axios, citant un responsable américain, les États-Unis ont fixé des «lignes rouges» strictes, à commencer par l’arrêt total de l’enrichissement de l’uranium et le démantèlement des principales installations nucléaires iraniennes. À cela s’ajoute la récupération de l’uranium hautement enrichi déjà produit.

Ces exigences vont bien au-delà du cadre du Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA), signé en 2015, qui autorisait un enrichissement limité. Elles impliquent concrètement un abandon complet du programme nucléaire sous sa forme actuelle, difficilement acceptable pour les autorités iraniennes. Comme le souligne Al Jazeera, les discussions ont mis en évidence de profondes divergences sur les questions fondamentales, au premier rang desquelles le nucléaire.

Le nucléaire au cœur de l’impasse

Le dossier nucléaire demeure le principal point de blocage. Depuis le retrait américain de l’accord de 2015, l’Iran a progressivement augmenté son niveau d’enrichissement, atteignant des seuils élevés qui suscitent l’inquiétude des Occidentaux. Dans ce contexte, l’exigence américaine d’un arrêt total revient à exiger un retour en arrière complet.

Washington insiste sur la nécessité d’un engagement clair : l’Iran ne doit pas seulement renoncer à l’arme nucléaire, mais également aux capacités qui lui permettraient de s’en doter rapidement. De son côté, Téhéran rejette ces demandes, qu’il qualifie d’«excessives» et contraires à ses droits souverains, tout en réaffirmant le caractère civil de son programme.

Le détroit d’Ormuz, un levier stratégique

Un autre point de friction majeur concerne le détroit d’Ormuz. Les États-Unis exigent une ouverture totale de ce passage maritime stratégique, sans frais de transit, tandis que l’Iran envisage au contraire d’imposer des droits de passage.

Ce différend intervient dans un contexte de perturbation majeure du trafic maritime. Par ce détroit transite une part essentielle du pétrole mondial, et sa fermeture partielle a déjà provoqué une crise énergétique d’ampleur. Le contrôle de cette voie maritime constitue ainsi un instrument de pression central pour Téhéran, mais une ligne infranchissable pour Washington.

Une dimension régionale élargie

Les discussions ne se sont pas limitées au nucléaire. Selon Barak Ravid, citant des sources américaines, les États-Unis auraient également exigé une modification profonde de la politique régionale iranienne, notamment la fin du soutien financier à des groupes armés tels que le Hezbollah, le Hamas et les Houthis.

Washington souhaite en outre inscrire ces négociations dans un cadre plus large de sécurité régionale et de désescalade impliquant ses alliés. Une telle approche élargit considérablement le champ des discussions, que Téhéran considère comme une tentative d’imposer un rééquilibrage stratégique à son détriment.

Des divergences financières persistantes

Enfin, les négociations ont buté sur la question des avoirs iraniens gelés à l’étranger. Le montant susceptible d’être débloqué en cas d’accord fait l’objet d’un désaccord important entre les deux parties.

Au final, ces discussions ont mis en lumière un fossé profond. Là où Washington cherche un accord global redéfinissant à la fois le nucléaire et l’équilibre régional, Téhéran y voit une accumulation d’exigences unilatérales. Faute de compromis sur ces points essentiels, les négociations se sont conclues sans accord, illustrant l’ampleur des divergences qui subsistent entre les deux capitales.

Commentaires
  • Aucun commentaire