La Chine sollicitée sur l’Iran, mais veut-elle un rôle plus grand?
Cette photo de presse, prise le 31 mars 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi (à droite), en conversation avec son homologue pakistanais, Ishaq Dar, à Pékin. ©Ministère pakistanais des Affaires étrangères / AFP

La Chine a joué un rôle clé pour obtenir une trêve entre les États-Unis et l’Iran, mais elle s’est abstenue de crier victoire et maintient l’ambivalence quant à l’opportunité d’un engagement plus direct, soucieuse avant tout de protéger ses intérêts.

Cette position reflète le calcul de Pékin selon lequel une implication plus grande au Moyen-Orient comporterait trop de risques, et que la Chine a tout à gagner d’une situation dans laquelle les États-Unis, qui ont été le garant de la stabilité dans la région durant des décennies, restent engagés dans la sécurité du Golfe, affirment des experts.

Le président américain Donald Trump, peu après avoir annoncé mardi un cessez-le-feu de deux semaines, a affirmé à l’AFP que la Chine avait joué un rôle clé pour amener l’Iran à la table des négociations.

Cela a été confirmé par une source officielle pakistanaise de haut rang, selon qui la Chine «est intervenue et a convaincu l’Iran» d’ouvrir des négociations alors que les espoirs s’amenuisaient.

Mais la Chine reste discrète, prudente, affirmant qu’elle soutient le cessez-le-feu sans pour autant vanter sa propre diplomatie.

Yun Sun, qui dirige le programme Chine au Stimson Center, basé à Washington, observe que l’Iran voit en la Chine un garant potentiel de sa sécurité et «a tout intérêt à donner l’impression que la Chine joue un rôle important, dans l’espoir que celle-ci s’implique dans le respect du cessez-le-feu».

Or, ajoute-t-elle, «la Chine n’offre pas de garanties de sécurité, et comment pourrait-on même essayer de garantir quoi que ce soit avec le président Trump? Cela ne ferait que créer des problèmes pour la Chine à l’avenir».

Le vice-président américain JD Vance doit entamer samedi des pourparlers avec l’Iran au Pakistan, pays qui entretient des relations étroites avec la Chine et qui courtise activement Donald Trump, notamment dans le but d’obtenir un soutien face à l’Inde.

«En tant que grande puissance responsable, la Chine continuera à jouer un rôle constructif et à s’efforcer d’apaiser les tensions et de mettre fin au conflit», a déclaré Liu Pengyu, porte-parole de l’ambassade de Chine à Washington, soulignant que Pékin «salue tous les efforts propices à la paix et soutient le Pakistan dans ses efforts de médiation».

Pour Pékin, priorité à la stabilité

La Chine, deuxième économie mondiale, importe environ la moitié de ses besoins en pétrole du Moyen-Orient, mais a réduit sa dépendance en misant sur les énergies renouvelables.

En 2023, l’Iran et l’Arabie saoudite ont renoué leurs relations diplomatiques lors d’une rencontre à Pékin, bien que les États-Unis, alors dirigés par le président Joe Biden, aient minimisé le rôle de la Chine.

«La stratégie de la Chine au Moyen-Orient a été magistrale. Elle y fait des affaires sans jamais tirer un seul coup de feu mais face aux changements dans la région, elle sait qu’elle a besoin d’un volet politique», avance un diplomate d’un pays du Moyen-Orient.

Pour Lyle Morris, de l’Asia Society Policy Institute, en rendant hommage au rôle de la Chine, le président américain chercherait à apaiser les tensions lui permettant d’avancer d’autres revendications lors de sa visite à Pékin le mois prochain.

Mais, dit-il, le pays a moins d’intérêts en jeu que les États-Unis, l’Iran, Israël ou les États du Golfe.

«La Chine n’est pas un acteur principal dans cette affaire», dit M. Morris. «En fin de compte, elle joue un rôle secondaire en raison de ses capacités et de ses intérêts dans ce conflit».

Même si elle dénonce l’hégémonie américaine, la Chine n’a guère l’habitude de déployer des forces militaires en dehors de l’Asie et ne devrait pas chercher à remplacer la présence sécuritaire américaine au Moyen-Orient.

Pour Pékin, il est plus important de maintenir des forces près de la mer de Chine méridionale et de Taïwan, souligne ainsi Henry Tugendhat, du Washington Institute for Near East Policy.

«En fin de compte, le principal intérêt de la Chine dans la région est simplement la stabilité nécessaire aux relations économiques qu’elle cherche à développer», dit-il.

Pékin pourrait «accepter un retour aux garanties de sécurité américaines comme la moins mauvaise des options», ajoute l’expert.

Par Shaun TANDON / AFP

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