«Défenseurs de la Patrie»: l’Iran recrute désormais dès 12 ans dans des dispositifs militaires
©Ici Beyrouth

Le déclic est venu d’un communiqué passé presque inaperçu, le 26 mars dernier. Ce jour-là, Rahim Nadali, un responsable de la division opérationnelle Mohammad Rasoul Allah du Corps des Gardiens de la Révolution islamique à Téhéran, annonce le lancement d’une campagne baptisée «Défenseurs de la Patrie». Quelques jours plus tard, des images d’enfants en uniforme, parfois armés, postés à des checkpoints ou participant à des patrouilles dans plusieurs villes iraniennes, commencent à circuler.

L’affaire prend une autre dimension le 29 mars, lorsqu’un garçon de 11 ans, Alireza Jafari, est tué à un barrage tenu par les Gardiens de la Révolution à Téhéran, alors qu’il accompagnait son père, membre du Basij. Son décès devient le symbole de cette nouvelle campagne de mobilisation et déclenche une vague de critiques internationales. Amnesty International et Human Rights Watch accusent alors les autorités iraniennes de recruter et d’utiliser des enfants dans des fonctions paramilitaires, ce qui pourrait constituer un crime de guerre au regard du droit international.

C’est ainsi qu’apparaît, au grand jour, cette organisation des «Défenseurs de la Patrie», structure récente, adossée aux Gardiens de la Révolution et au Basij, créée pour canaliser la mobilisation populaire dans le contexte de la guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël.

Derrière son appellation patriotique, elle organise l’enrôlement de civils, notamment des mineurs dès l’âge de 12 ans, pour des tâches de surveillance, de soutien logistique, de patrouille et de contrôle sécuritaire. Le phénomène suscite aujourd’hui une vive inquiétude internationale, tant par sa nature que par ses implications juridiques.

De quoi s’agit-il?

Contrairement au Basij, structure institutionnalisée depuis 1979, les «Défenseurs de la Patrie» ne constituent pas une organisation autonome ancienne. On rappelle, à cet égard, que les Baisj sont une milice paramilitaire de volontaires intégrée aux Gardiens de la Révolution, chargée de la mobilisation et du contrôle de la société.

Pour reprendre les propos des autorités iraniennes relatifs à la récente campagne de mobilisation, cette initiative répondrait à une demande de participation des adolescents eux-mêmes, dans un contexte de mobilisation patriotique, mais aussi à une double nécessité. Pour les Gardiens de la Révolution, il s’agit, d’un côté, de pallier les besoins croissants en effectifs face aux frappes américaines et israéliennes et, de l'autre, de mobiliser la société civile dans une logique de «défense nationale totale».

Le programme a donc été officiellement présenté comme un cadre permettant à la population, les jeunes surtout, de «défendre la patrie» à travers des rôles de soutien ou de sécurité. Dans les faits, il s’inscrit dans la doctrine iranienne de «défense mosaïque», une stratégie de défense qui repose sur la décentralisation et la mobilisation territoriale en cas de conflit.

Les «Défenseurs de la Patrie»: mode d’emploi  

L’un des aspects les plus controversés du programme réside dans l’abaissement de l’âge minimum de recrutement à 12 ans, officiellement justifié par les autorités par l’afflux de jeunes volontaires. À noter que jusqu’ici, la participation de mineurs au sein des structures paramilitaires iraniennes, notamment le Basij, restait informelle, peu encadrée et généralement associée à des adolescents plus âgés. Si la campagne est aujourd’hui directement supervisée par les Gardiens de la Révolution, elle s’appuie opérationnellement sur le réseau du Basij.

Dans la pratique, le processus d’incitation passe par l’encadrement via les mosquées et les réseaux locaux, la mobilisation idéologique et religieuse, la pression sociale dans certains milieux et la valorisation du sacrifice et de l’engagement. Une fois cette étape franchie, les demandes d’inscription se font dans des mosquées, des centres locaux ou des points d’enregistrement installés dans l’espace public, souvent gérés par le Basij. Les recrues sont ensuite intégrées à des unités locales, sous commandement des structures territoriales des Gardiens de la Révolution, notamment via leurs corps provinciaux.

Les missions confiées relèvent officiellement du soutien, dans le sens où les personnes engagées sont chargées de la tenue de checkpoints, de patrouilles de sécurité, de la collecte d’informations et de travaux de logistique (soins, ravitaillement, assistance aux populations, etc.). Des missions dangereuses pour les mineurs désormais directement exposés à des zones à risque, voire à des opérations armées.

Une violation potentielle du droit international

Cette campagne suscite une condamnation quasi unanime des organisations de défense des droits humains. Selon Human Rights Watch et Amnesty International, le recrutement d’enfants dans des structures militaires ou paramilitaires constitue une violation grave du droit international.

Le droit international humanitaire interdit la participation directe aux hostilités des enfants de moins de 15 ans, un seuil considéré comme un minimum absolu. Toutefois, les normes internationales actuelles, notamment celles des Nations unies, élèvent ce standard à 18 ans pour toute implication dans les conflits armés. Or, dans le cas iranien, les mineurs recrutés ne sont pas cantonnés à des tâches strictement civiles: leur présence sur des checkpoints ou dans des dispositifs sécuritaires les expose directement au danger.

Cette situation apparaît d’autant plus problématique que l’Iran est signataire de la Convention relative aux droits de l’enfant, qui engage les États à protéger les mineurs contre toute implication dans les conflits armés. À mesure que la guerre s’installe et que la pression sécuritaire s’intensifie, la mobilisation des «Défenseurs de la Patrie» révèle une évolution préoccupante: celle d’un État prêt à élargir toujours davantage le périmètre de sa défense, jusqu’à y inclure ses propres enfants.

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