Cessez-le-feu: le Golfe dans l'œil du cyclone
Un couple est assis à Creek Harbour, à Dubaï, avec la Burj Khalifa en arrière-plan, le 3 avril 2026. ©Fadel Senna / AFP

Lorsque le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a annoncé dans la nuit du 7 au 8 avril un cessez-le-feu entre Washington et Téhéran, les capitales du Golfe ont réagi avec une unanimité de façade. L'Arabie saoudite a déclaré «accueillir favorablement» l'annonce, espérant qu'elle conduise à une «pacification globale et durable». Le Koweït a exprimé l'espoir d'un «règlement complet et permanent». Le Qatar a qualifié l'accord d'«étape initiale vers la désescalade». Ces formulations disent autant par leur prudence que par leur contenu. Aucune capitale n'a célébré. Aucune n'a exprimé de confiance dans la durabilité de l'accord.

Cette réserve n'a rien de diplomatique. Elle reflète une réalité concrète : même après l'annonce de la trêve, les missiles et drones iraniens ont continué de pleuvoir sur le Golfe. Selon Asharq Al-Awsat, l'Iran a lancé au total 94 drones et 30 missiles supplémentaires sur les États du CCG dans les heures suivant le cessez-le-feu. Le Koweït a descendu 28 drones, Bahreïn a intercepté 6 missiles et 31 drones, les Émirats ont abattu 17 missiles balistiques et 35 drones, tandis que le Qatar signalait l'interception de 7 projectiles.

L'analyste politique saoudien Khaled al-Habbas, interrogé par Asharq Al-Awsat, y voit le signe d'une stratégie délibérée : ces attaques reflètent selon lui «le comportement agressif de l'Iran envers les États du Golfe», exécuté selon un plan préparé à l'avance, indépendamment de tout cessez-le-feu.

Un modèle économique sous les décombres

La prudence des capitales du Golfe s'explique aussi par l'ampleur des dégâts subis. Le complexe gazier d'Habshan à Abou Dabi a pris feu le 8 avril. Le pipeline Est-Ouest saoudien, principale alternative au détroit d'Ormuz, a été frappé par un drone, selon le Financial Times et Reuters.

Ras Laffan, le cœur de l'empire gazier qatari, avait déjà vu 17 % de sa production détruite dans des attaques précédentes, des dégâts qui «prendraient des années à réparer», selon CNBC. Le coût total pour les pays arabes était estimé à plus de 120 milliards de dollars au 31 mars, avant même les frappes du 8 avril.

La question qui obsède

Derrière les communiqués, c'est la question du détroit d'Ormuz qui structure toutes les angoisses du Golfe. Al Jazeera rapporte que l'ensemble des six capitales membres ont conditionné leur soutien à la trêve à la réouverture complète et inconditionnelle du détroit. La raison est simple : l'alternative – un détroit placé de facto sous contrôle iranien, avec des péages et des autorisations de transit – constituerait ce que Hesham Alghannam, expert cité par le média qatari, qualifie de «cauchemar stratégique», exposant le Golfe à un chantage économique permanent et rendant une guerre future plus probable.

Des responsables du Golfe ont confié, anonymement, à Bloomberg que si la trêve avait apaisé les craintes d'une escalade immédiate, «les moteurs sous-jacents du conflit restent non résolus». Le conseiller présidentiel émirati Anwar Gargash avait d'ailleurs prévenu en amont que toute trêve qui ne réglerait pas durablement la sécurité du Golfe serait inacceptable. Bahreïn est allé jusqu'à porter une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU, avant l’annonce du cessez-le-feu, pour autoriser des missions défensives destinées à maintenir le Détroit ouvert.

Une victoire que personne ne revendique

Les Émirats ont tout de même laissé filtrer quelque chose qui ressemble à un soulagement. Le conseiller présidentiel Anwar Gargash a déclaré sur X que les Émirats «sont sortis victorieux d'une guerre qu'ils ont sincèrement cherché à éviter». Formule révélatrice : la victoire revendiquée est celle de la survie, non de la stratégie.

Derrière cette posture défensive se cache une frustration profonde. L'ambassadeur émirati aux États-Unis, Yousef al-Otaiba, avait appelé Washington à obtenir un «résultat conclusif» contre l'Iran, couvrant l'ensemble des menaces : nucléaire, missiles, drones, proxies et contrôle des voies maritimes. Ce qu'offre le cessez-le-feu est infiniment moins que cela. Deux semaines de trêve, une table de négociation à Islamabad, et la certitude que l'Iran, affaibli mais non défait, continuera d'exister comme voisin armé, idéologiquement hostile, et désormais plus conscient que jamais de l'arme que représente le détroit d'Ormuz.

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